Michel Malette fait du transport scolaire depuis 2010. Le chauffeur a vu plusieurs automobilistes doubler son véhicule lorsque les feux clignotants étaient en fonction.

La fois où c’est passé proche

CHRONIQUE / Le jour où une dame trop pressée a failli faucher un enfant qui sortait de son autobus scolaire, Michel Malette a vu rouge. « Il n’y a rien que je ne lui ai pas dit, à cette femme-là », raconte le chauffeur de la compagnie Bigras Transport à Gatineau.

Il s’en souvient comme si c’était hier, c’était sur le chemin de Chambord, dans le secteur Gatineau. Son autobus clignotait de tous ses feux rouges, le panneau d’arrêt était déployé, de même que le bras d’éloignement.

Comme il le fait toujours, Michel a souhaité une bonne journée à l’enfant qui s’apprêtait à descendre, il lui a peut-être même fait une blague, c’est son genre. L’enfant est sorti, son sac d’école sur le dos, il a trottiné devant le capot de l’autobus…

Et là, bang.

En fait, il n’y a pas eu de bang. Sauf dans la tête de Michel Malette. Sur le coup, il était totalement certain que la pire hantise du chauffeur d’autobus venait de se produire. Un enfant venait de se faire faucher. Par miracle, la conductrice a manqué le bambin d’un poil. M. Malette a eu très peur. Encore aujourd’hui, il se fâche en racontant l’histoire.

« C’est passé tellement proche ! J’étais sûr que l’enfant se faisait frapper. J’en ai tremblé pendant 15 minutes après coup », raconte ce retraité de Bell Canada qui fait du transport scolaire depuis 2010.

À le voir manœuvrer son gros autobus jaune entre les bancs de neige et les voitures stationnées dans le secteur du Cheval-Blanc à Gatineau, aucun doute qu’il a du plaisir à faire son travail. Il salue les enfants par leurs prénoms, s’informe de leur santé.

« Pis, gars, comment va la toux ce matin ? », demande-t-il à un bout de chou qui monte dans l’autobus. À l’arrêt suivant, il tend une paire de gants oubliés la veille dans l’autobus. « Ce ne serait pas à toi par hasard ? », dit-il à une ado qui le remercie d’un sourire. « Le temps qu’ils sont dans mon autobus, ce sont comme mes petits-enfants », raconte-t-il avec de l’affection dans la voix.

La chose qui le fâche le plus, ce sont les automobilistes qui ignorent les feux rouges intermittents de son autobus. « Il peut se passer une semaine sans que ça arrive. Une autre semaine, ça peut se produire 3 ou 4 fois. Si ça arrive une fois, c’est une fois de trop ! », insiste-t-il.

Au volant de son autobus, il pointe les arrêts problématiques. Lorrain-Beauchamp, Pélissier-Maloney… Ou encore devant la nouvelle école du Cheval-Blanc qui ressemble à un joyeux bordel en ce lendemain de tempête de neige. Il manœuvre prudemment son autobus entre des voitures stationnées illégalement et des enfants qui déambulent dans des rues pas de trottoirs, entre de gros bancs de neige. Les pires, poursuit Michel Malette, ce sont les parents qui viennent déposer leur enfant à l’école. Une fois que c’est fait, ils repartent en se foutant des règles, déplore-t-il.

Selon les statistiques recueillies par mon collègue Daniel Leblanc, il y a une fois et demie plus d’infractions en lien avec les autobus scolaires au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord. « D’après moi, c’est parce que les règles ne sont pas assez sévères », avance M. Malette qui serait favorable à l’installation de caméras dans les autobus scolaires. Lui-même renonce à dénoncer les chauffeurs qui ignorent les feux clignotants de son autobus. Trop compliqué. « Faudrait que je me présente au poste de police, que je signe une déposition. Ensuite, il y aurait toute une procédure. Et si ça aboutit en cour, ce sera ma parole contre celle d’un autre. Bien du blabla sans la garantie que quelque chose soit fait », résume-t-il.

Il se souvient d’une fois, 5 ou 6 autobus scolaires étaient stationnés en bordure de la rue, près d’une école, leurs feux rouges clignotants allumés. Malgré la claire interdiction de dépasser, une conductrice a remonté toute la file. Sauf que cette fois-là, une policière était postée à l’intersection. «Oh yes !», a fait Michel Malette. Pour une fois, une trop rare fois, le coupable a été pris en flagrant délit.