C’était la toute première fois que des chercheurs se penchaient sur les effets combinés du sommeil, du temps d’écran et de l’activité physique sur le comportement impulsif des jeunes.

Jouer moins, dormir plus

CHRONIQUE / Vos enfants manquent de sommeil et jouent trop longtemps sur leurs écrans ?

C’est un coquetel qui risque de les rendre plus impulsifs et de leur faire prendre de mauvaises décisions, ont découvert des chercheurs de l’institut de recherche du CHEO à Ottawa.

Leur étude est publiée dans le numéro du mois d’août de la revue Pediatrics. Vous n’êtes pas surpris de leurs conclusions ? Moi non plus !

Comme parent, j’ai réalisé depuis longtemps qu’un enfant qui a eu une nuit écourtée a la mèche plus courte. Et si ma progéniture s’éternise à pitonner sur ses jeux vidéo, j’observe au bout d’un moment des mouvements d’impatience et de frustration. Vous aussi, sans doute !

Bref, les chercheurs du CHEO ont étudié un groupe de 4524 enfants nord-américains de 8 à 11 ans.

Pour démontrer que les enfants qui dorment suffisamment, tout en limitant le temps quotidien passé devant un écran, prennent de meilleures décisions et réfléchissent avant d’agir.

C’était la toute première fois que des chercheurs se penchaient sur les effets combinés du sommeil, du temps d’écran et de l’activité physique sur le comportement impulsif des jeunes. Jusqu’à maintenant, les effets de ces trois facteurs avaient été étudiés séparément.

L’impulsivité est associée à plusieurs troubles de santé mentale et de toxicomanie. Les chercheurs ont découvert que pour la réduire, il fallait insister sur deux des trois facteurs : soit d’associer de bonnes nuits de sommeil (entre 9 et 11 heures) à moins de temps passé devant les écrans (pas plus de 2 heures par jour).

« L’un ne va pas sans l’autre », résume Jean-Philippe Chaput, professeur agrégé au département de pédiatrie de l’Université d’Ottawa, et chercheur associé à l’étude.

Le troisième facteur d’impulsivité, l’activité physique, ne fait pas une grande différence. 

Une conclusion étonnante alors qu’on insiste tant sur l’importance de faire bouger les garçons à l’école pour évacuer leur surplus d’énergie !

« Ça peut sembler surprenant, concède le Dr Chaput. Le fait que l’enfant bouge ou non n’aura pas de conséquences additionnelles sur l’impulsivité. Attention, on ne dit pas aux jeunes d’arrêter de bouger ! Au contraire, l’activité physique apporte toutes sortes de bienfaits. Mais elle semble avoir peu d’effet sur l’impulsivité. »

L’étude vient confirmer les directives canadiennes sur la santé optimale des jeunes. Pour passer le test d’un 24 heures « sain », les 5 à 17 ans devraient bouger 60 minutes par jour, dormir suffisamment et passer moins de 2 heures devant un écran.

« Dans le fond, il faut voir cela comme un tout, insiste le Dr Chaput. Une mère qui félicite son fils d’avoir passé une heure au gym en lui offrant de la pizza ou en l’autorisant à s’écraser devant la télé irait à l’encontre de ce principe. »

Et ce qui vaut pour les enfants vaut aussi pour les parents, poursuit le Dr Chaput. 

« Des adultes vont couper dans leur nuit de sommeil pour aller faire du jogging tôt le matin. Ce n’est pas mieux ! »

D’ailleurs, l’importance d’une bonne nuit de sommeil est sans doute le déterminant de la santé le plus négligé au pays. 

Un tiers des Canadiens dort moins que les heures recommandées, note le Dr Chaput.

« Les gens qui font la grasse matinée ou des power naps sont vus comme des paresseux. Alors que toutes les études prouvent qu’un sommeil suffisant (7 à 9 heures par jour pour les adultes) est bénéfique pour la santé et améliore l’espérance de vie. »

Sur ce, je vous quitte. Le temps d’une petite sieste. Faut bien donner l’exemple aux enfants…