Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Dans le cas de jeunes adultes qui se cherchent, qui ne tripent pas sur l’école, quatre mois ressemblent à une éternité.
Dans le cas de jeunes adultes qui se cherchent, qui ne tripent pas sur l’école, quatre mois ressemblent à une éternité.

Décrochage pandémique

CHRONIQUE / Daniel Turmel a tiqué en entendant le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, déclarer lundi qu’il fallait tout faire pour ramener les élèves à l’école.

Vraiment, monsieur le ministre?

La même journée, son fils de 18 ans, apprenait que le cours auquel il s’était inscrit pour la session d’automne à l’école des métiers Asticou était reporté… en janvier.

Raison invoquée par le centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSSPO): la pandémie.

«Eh bien, la pandémie a le dos large!» s’insurge M. Turmel qui ne digère pas, mais pas une miette, que l’annulation du cours d’Installation et de réparation d’équipement de télécommunication laisse son fils à court d’options intéressantes à moins d’un mois de la rentrée scolaire.

Daniel Turmel est enseignant à l’école secondaire Mont-Bleu.

Vous allez me dire: c’est rien, reporter un cours de quatre mois. Son fils se reprendra en janvier. Mais voilà, dans le cas de jeunes adultes qui se cherchent, qui ne tripent pas sur l’école, quatre mois ressemblent à une éternité. C’est amplement de temps pour perdre la motivation, pour décrocher de l’école à tout jamais…

«Je venais de débourser 462 $ pour de l’équipement demandé pour ce cours», laisse tomber M. Turmel. Qui ajoute d’une traite: «De toute manière, ce n’est pas ce qui me fâche, ce n’est pas une question d’argent. Je crois qu’il sera très difficile de ramener mon fils à l’école en janvier 2021, dix mois après le début de la pandémie…»

Son fils qui avait enfin trouvé un cours qui l’intéressait. Même que c’est la perspective de suivre ce cours de métier, cet automne, qui l’avait motivé à terminer son secondaire V. Et voilà que tout tombe à l’eau.

Daniel Turmel n’a pas digéré l’excuse de la pandémie invoquée pour annuler le cours. Vous allez comprendre pourquoi: il est prof à l’école secondaire Mont-Bleu. Depuis deux ans, depuis la fameuse tornade qui a incendié la polyvalente, depuis le déménagement forcé des élèves au centre Asticou, le personnel de Mont-Bleu s’arrange avec les moyens du bord. Les profs enseignent dans des locaux trop petits, avec pas de cafétéria…

Alors une pandémie, vous pensez bien, ce n’est pas une excuse qui va impressionner Daniel Turmel. Il a demandé des explications à la CSSPO. On lui a expliqué que la moitié des inscriptions au cours de son fils était des étudiants étrangers qui ne pourront se rendre au Canada en raison des restrictions. Il ne restait plus que quatre étudiants inscrits au cours, entraînant le report en janvier.

«Quand des élèves s’inscrivent en formation professionnelle, c’est précisé que le cours peut être annulé ou reporté, fait valoir Maude Hébert, porte-parole de la CSSPO. Si son fils est intéressé par une autre formation non contingentée, une inscription est toujours possible.»

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

M. Turmel a vérifié: il reste de la place en carrelage, usinage ou carrosserie. Rien qui intéresse son fils. En conseil de famille, mardi soir, fiston a informé ses parents de sa décision: il met une croix sur l’école pour un an. Il va s’essayer dans le domaine de la construction.

En résumé, il lâche l’école. Peut-être de façon temporaire. Peut-être pas. L’avenir le dira. La question que se pose M. Turmel, que moi je me pose: est-ce que, comme le prétend le ministre Roberge, on fait tout, vraiment tout, pour ramener les élèves à l’école? Est-ce que des circonstances exceptionnelles ne justifient pas des mesures exceptionnelles pour éviter de tels décrochages?