Le maire Maxime Pedneaud-Jobin et ses partenaires misent gros sur le projet de train léger dans l’ouest de la ville.

Dans la vie comme au poker

CHRONIQUE / Plus j’écoutais le maire Maxime Pedneaud-Jobin, plus il m’apparaissait clair que Gatineau joue son va-tout avec son projet de train léger dans l’ouest. La Ville et ses partenaires y vont all-in, comme on dit au poker.

Le maire se donne d’ici aux élections fédérales de l’automne pour boucler le financement de son train léger de 2,1 milliards qui partirait d’Aylmer pour se rendre jusqu’au centre-ville d’Ottawa via les ponts Alexandra et Prince-de-Galles.

Bonne chance !

La cagnotte du programme fédéral-provincial pour les infrastructures de transport en commun s’élève à 5,2 milliards pour tout le Québec. Là-dessus, Gatineau voudrait aller en chercher 840 millions. Mais la répartition en fonction de l’achalandage prévoit un montant de 173 millions pour Gatineau. Il en manque donc 667 $ pour boucler sa part. C’est une grosse commande. Surtout que Québec et Montréal, pour ne nommer que ces deux villes-là, ont aussi de beaux projets à faire financer. Tout le monde voudra obtenir sa part et les maires Régis Labeaume et Valérie Plante ne feront pas de cadeau à leur ami Maxime.

Là où Gatineau a peut-être une longueur d’avance, c’est au niveau politique. Alors que les gens de l’Outaouais ont souvent le don de se diviser autour des grands projets (rappelez-vous l’aréna Guertin ou les tours Brigil !), tout le monde semble appuyer le train léger dans l’ouest.

Le député fédéral Greg Fergus est d’accord : il est même l’instigateur du concept. Le nouveau ministre régional Mathieu Lacombe semble déterminé à ce que Québec verse sa part du financement. Même le conseil municipal s’est rallié sans rechigner derrière le maire Maxime Pedneaud-Jobin.

Il ne faut jamais sous-estimer la force d’un consensus en politique.

N’empêche que les coûts du train léger à Gatineau font tiquer. Qu’on y pense un instant : 2,1 milliards, c’est le coût de la phase 1 du train léger à Ottawa. Pour ce prix-là, la capitale fédérale s’est dotée d’une impressionnante infrastructure de 12,5 km dont une grosse partie passe sous terre, à la manière d’un métro. Est-ce que Gatineau peut vraiment se permettre de rêver à un projet d’une telle ampleur, avec une population quatre fois moindre que dans la capitale fédérale ?

Je pose la question.

Surtout qu’une fois ce train léger construit à Gatineau, en admettant que ça se fasse, il faudra l’entretenir. Le maire Pedneaud-Jobin admet déjà que sa ville ne pourrait assumer seule 100 % des coûts d’exploitation et qu’il faudra prévoir de l’aide gouvernementale pour y arriver.

Tout cela donne l’impression que Gatineau joue gros dans ce dossier. Qu’elle mise tout sur le train léger. D’ailleurs, Gatineau et Québec ont déjà commencé à investir des sommes considérables dans des études sans même avoir la garantie que le fédéral financerait le projet.

La vérité, et le maire Maxime Pedneaud-Jobin l’admet sans détour, c’est que Gatineau n’a plus vraiment le choix de tout miser sur le train léger pour solutionner les problèmes de congestion routière qui ne cesseront de s’aggraver dans l’ouest.

Des études ont démontré qu’il n’est pas vraiment envisageable de prolonger le Rapibus dans l’ouest. Le développement s’y est fait de manière trop anarchique, trop dispersé, pour qu’une solution aussi simple soit envisageable. Au contraire, les experts soutiennent que d’ici dix ans, les autobus causeront de la congestion dans ce secteur, au lieu de la réduire !

Dans l’ouest, c’est donc le train léger ou rien. On n’a pas de plan B, admet le maire. All-in!

Pendant des années, les villes ont développé d’abord et planifié ensuite. Gatineau n’a pas fait exception, même si depuis quelques années, on essaie de mieux planifier.

Les nouveaux quartiers poussent les uns après les autres, sans que les écoles, les hôpitaux et le transport en commun suivent le rythme. À force de fuir vers l’avant, on se retrouve un jour à devoir jouer all-in. Au poker comme dans la vie, ce n’est jamais une situation enviable.