Le recours systématique au temps supplémentaire et à du personnel moins qualifié est dangereux pour les patients.

Dangereux pour les patients, le temps supplémentaire

CHRONIQUE / On parle beaucoup ces jours-ci des conditions de travail pénibles des infirmières dans les hôpitaux du Québec. Or un chercheur de l’Université de Sherbrooke a fait des découvertes intéressantes de ce côté.

Lui-même un ancien cadre du réseau québécois de la santé, Christian Rochefort a démontré que le recours systématique au temps supplémentaire et à du personnel moins qualifié est dangereux pour les patients.

Ainsi, dès que le nombre d’heures supplémentaires des infirmières augmente de 5 %, les décès des patients grimpent de 3 %. Lorsque les équipes d’infirmières baissent de 5 %, alors la mortalité augmente aussi de 5 %.

Pour en arriver à ces résultats, M. Rochefort a analysé plus de 6,5 millions de quarts de travail effectués auprès de 125 000 patients dans les hôpitaux du Québec depuis 2010.

Voilà qui donne à méditer, n’est-ce pas, alors que les infirmières se plaignent d’être épuisées et surchargées?

D’autant plus que ce recours au temps supplémentaire obligatoire, cette façon de gérer avec un minimum de ressources, c’est précisément ce que les infirmières de l’Outaouais dénonçaient dans leur livre noir, la semaine dernière.

Le personnel soignant y signalait un « mode de gestion par le risque » au CISSS de l’Outaouais. « On met le moins de personnel possible et l’on doit gérer comme on peut lorsqu’un grand nombre de patients nécessitant des soins critiques se présentent à l’urgence », écrivait une infirmière dans ce document.

L’étude de Christian Rochefort soulève donc plusieurs questions intéressantes. Ainsi combien d’heures d’affilée une infirmière peut-elle travailler tout en assurant la sécurité des patients ? Avec les heures supplémentaires, le niveau de vigilance et la capacité d’attention sont réduits, ce qui peut entraîner des erreurs de la part du personnel soignant.

En Outaouais, les infirmières réclament notamment des ratios infirmière-patients sécuritaires. Là-dessus, l’équipe du Dr Rochefort souligne que le Québec a des leçons à apprendre de la Californie devenu, en 2004, le premier état américain à implanter ce genre de ratio dans les hôpitaux.

Autre question soulevée par les travaux du Dr Rochefort : combien d’infirmières diplômées, d’auxiliaires et de préposés aux bénéficiaires avons-nous besoin pour éviter des complications médicales évitables ? Aux États-Unis, les instituts de médecine ont recommandé qu’au moins 80 % du personnel infirmier aient une formation universitaire de premier cycle afin d’éviter les événements malheureux.

Voilà autant de questions criantes de pertinence pour les hôpitaux de Gatineau où le taux de mortalité hospitalière était plus élevé que la moyenne québécoise en 2015-2016, selon l’Institut canadien d’information sur la santé. « Il est pressant que nos décideurs conçoivent et établissent des politiques capables d’attirer et, surtout, de retenir plus d’infirmières afin que de tels ratios puissent être respectés au Québec », affirmait M. Rochefort la semaine dernière.

Sauf qu’il faudra de l’argent pour soutenir ce genre de ratios. Or LaPresse + rapportait mardi que les hausses de salaire consentis aux médecins spécialistes mettent énormément de pression sur le budget de la santé. À tel point que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pourrait manquer de fonds dans le prochain budget provincial pour régler la crise avec les infirmières. Réjouissant, n’est-ce pas ?