Si on demandait 25 sous du sac de plastique à l’épicerie, ça reviendrait à 2,50 $ par semaine, à 130 $ par année.

Changer les habitudes

CHRONIQUE / Voilà des années que je traîne mes sacs réutilisables à l’épicerie. C’est devenu une habitude.

Pour qu’un sac de coton soit plus écologique qu’un sac en plastique, il faut l’utiliser au moins 173 fois, selon certaines statistiques. Je passe le test: certains de mes sacs sont tellement usés qu’ils ont commencé à se décomposer…

J’ai l’air d’un militant écolo? Pas vraiment. Mon choix d’utiliser des sacs réutilisables a si peu à voir avec des considérations environnementales. Je les trouve simplement plus pratiques que les sacs en plastique. Plus solides aussi. 

Accessoirement, oui, j’ai l’impression de faire ma petite part pour l’environnement. Quand je vois un sac en plastique qui ballotte au vent ou qui flotte sur un océan lointain, je me dis: au moins, ce n’est pas mon sac qui finira dans l’estomac d’une baleine.

Bref, je n’ai pas eu de misère à effectuer la transition, il y a quelques années, quand les épiceries se sont mises à facturer cinq sous le sac en plastique. Pas eu de problème non plus quand la Société des alcools du Québec les a bannis de ses succursales en 2009. Je me suis acheté une dizaine de sacs réutilisables, et voilà tout.

J’avais l’impression que la grande majorité des gens s’étaient aussi convertis. En entendant que Gatineau songeait à imiter Montréal et à interdire les sacs de plastique, ma première réaction a été: mais pourquoi? Pourquoi sortir le bâton quand la sensibilisation a si bien fait le travail?

Parce que, justement, la sensibilisation n’a pas si bien fait le travail. 

Jeudi, je suis arrêté à l’épicerie IGA de mon quartier. J’ai intercepté le gérant: « Dites-moi, monsieur, quelle proportion de vos clients utilisent des sacs réutilisables?»

Il a réfléchi un moment. «Je dirais… 50%? » Je me suis étonné: « Seulement la moitié?» Un emballeur qui passait par là a renchéri: «Et encore, 50%, c’est généreux. Moi je dirais moins que la moitié.»

« En tout cas, a calculé le gérant, des sacs en plastique, j’en passe encore 15 000 par semaine. C’est quand même un nombre considérable… »

En effet. Surtout quand on sait qu’un sac de plastique mettra des siècles à se décomposer dans un site d’enfouissement. Dans un centre de tri, c’est à peine mieux. Ils se coincent dans la machinerie, le prix de revente est très bas… Pas étonnant que de grandes quantités de nos sacs en plastique soient envoyées à l’étranger. Pas assez payant !

Au Provigo du quartier voisin, on fait la même évaluation: la moitié des clients réclament encore des sacs en plastique. L’assistante-gérante a sa petite théorie: «Ils ont manqué leur coup, il y a quelques années, en facturant les clients pour les sacs en plastique. C’est à ce moment-là qu’il aurait fallu les interdire. Les gens auraient suivi sans rechigner…»

Le monsieur à la caisse a mis son grain de sel: «Je suis Européen et, là-bas, les magasins n’ont pas de sacs en plastique. Si tu oublies tes sacs dans ta voiture, tu ressors, tu vas les chercher. Pas le choix ! Alors qu’ici, tu les oublies dans le coffre, tu dis à l’emballeur: donne-moi des sacs en plastique. À cinq sous du sac, ça ne vaut pas la peine de retourner à la voiture…»

Peut-être que la conseillère Maude Marquis-Bissonnette a raison et que Gatineau doit interdire les sacs de plastique. «C’est un pollueur sur lequel on peut agir assez rapidement et assez facilement, tout cela dans l’optique de devenir une ville plus verte», a-t-elle déclaré à Radio-Canada. Benoît Delage du Conseil régional de l’environnement (CREDDO) est du même avis: «On est rendus là comme société.»

À moins que la solution soit de facturer plus cher? 

Si on demandait 25 sous du sac de plastique à l’épicerie, ça reviendrait à 2,50 $ par semaine, à 130 $ par année… Ça commencerait à faire pas mal d’argent. Assez pour que bien des gens changent leurs habitudes!