Patrick Duquette

Pas tellement éclairant, non

CHRONIQUE / Qu’est-ce qu’on retient de ce premier débat des chefs ?

En tout premier lieu, l’air bête de Mme Chagnon de Mirabel qui a confié d’entrée de jeu aux chefs sa peur de finir dans un CHSLD surchauffé et malodorant comme son mari de 83 ans. Et surtout, sa suave réplique au modérateur Patrice Roy qui lui demandait si les réponses des chefs l’avaient éclairée.

« Pas tellement », a-t-elle lâché – sans se départir de son air de bœuf.

La réponse de Mme Chagnon, qui est vite devenue un mot-clic sur les médias sociaux – #pastellement – a vite résumé l’esprit de ce débat.

Je plains le pauvre citoyen qui essayait de comprendre quelque chose aux échanges très techniques des chefs sur la rémunération des médecins ou le développement de l’industrie éolienne en Gaspésie.

Les candidats donnaient souvent l’impression d’être plus préoccupés à se prendre en défaut et à se traiter de menteurs qu’à éclairer l’électeur moyen sur leurs propositions électorales. Ce n’est rien pour arranger l’opinion de plus en plus répandue, malheureusement, que les politiciens vivent dans des tours d’ivoire et qu’ils sont déconnectés de la réalité.

En tout cas, il n’y a sûrement pas que Mme Chagnon qui avait envie de dire qu’elle n’avait « pas tellement » été éclairée par ce premier débat des chefs. Rien n’est perdu, il y en aura deux autres d’ici l’élection du 1er octobre.

On a aussi beaucoup parlé de l’Ontario, invoqué à maintes reprises comme une sorte de paradis où tout est mieux qu’au Québec, avec un système de santé plus efficace et des impôts moins accablants. Mon Dieu, ont-ils oublié Doug Ford et ses politiques trumpesque ? Et comme l’a souligné Jean-François Lisée, ça coûte 50 $ par jour pour envoyer ton enfant à la garderie.

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Qui a gagné ce débat ?

François Legault devait démontrer qu’il est le candidat du changement et qu’il a la prestance d’un premier ministre. Mais a-t-il seulement parlé de changement ? À part son engagement d’offrir la maternelle 4 ans, qui a été dénoncé par tous ses adversaires, il ne s’est pas clairement distingué sur ce front-là.

Philippe Couillard devait défendre son bilan, et il l’a fait sans grande conviction. Il a rappelé que plus de Québécois avaient un médecin de famille. « Ça donne quoi d’avoir un médecin de famille s’il n’est pas disponible quand tu es malade ? », lui a souligné François Legault. En Outaouais, bien des gens ont dû se reconnaître dans cette réplique…

Le premier ministre sortant a mis du temps à se réchauffer. M. Couillard a semblé désarçonné quand Jean-François Lisée, qui a été comme on s’y attendait le plus à l’aise dans ce débat, l’a accusé de manquer de compassion envers les patients victimes du système de santé. M. Couillard a répliqué… en citant des chiffres. Pas exactement le meilleur moyen d’avoir l’air de compatir à la douleur des autres.

Philippe Couillard a paru se dégeler un peu sur le thème de l’économie. Avec le plein-emploi et une économie qui roule à plein régime au Québec, il avait de quoi se péter les bretelles. Mais c’est toujours difficile pour un premier ministre de s’attribuer les mérites d’une bonne performance économique, surtout quand l’économie mondiale en général va bien.

Manon Massé ? La co-porte-parole de Québec Solidaire n’a pas su marquer ce débat comme savait le faire Françoise David. Et puis, c’est facile de régler tous les problèmes des CPE, des écoles, des urgences et de l’environnement quand tu as autant de millions à dépenser que Québec Solidaire. Lorsqu’est venu le temps de parler d’environnement, c’est cependant elle qui a paru la plus sincère.

« On s’en va droit vers un mur », a-t-elle dit. Malgré leurs belles paroles, les autres chefs n’étaient visiblement pas animés par la même urgence d’agir pour contrer les changements climatiques. Quant au débat sur l’immigration, dont on attendait des étincelles, il est demeuré au ras des pâquerettes.

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Le gagnant ? 

Certainement pas l’électeur moyen qui a dû ressortir de ce débat dans le même état de confusion que Madame Chagnon.

Patrick Duquette

Vol de guerre à Gatineau

CHRONIQUE / Dire que des ti-culs de 19-20 ans partaient à la guerre dans ces gros avions-là. J’ai fait une virée à 200 milles à l’heure dans le ciel de Gatineau, lundi matin, à bord d’un vieux bombardier de la Seconde Guerre mondiale.

L’avion est à Gatineau pour une semaine dans le cadre d’une tournée nord-américaine. Il s’agit d’un B-25 Mitchell toujours en parfait état de marche, 75 ans après ses premières missions de guerre.

L’appareil est de toute beauté avec son fuselage métallique souligné de bleu pâle. Les aviateurs de l’époque avaient baptisé leur appareil Maid in the Shade. D’ailleurs, ils ont peint la plantureuse ménagère en question, langoureusement étendue sous le cockpit.

Patrick Duquette

L’envahisseur québécois

CHRONIQUE / La dame au bout du fil en a long à dire contre les Québécois de plus en plus nombreux qui vont se faire soigner dans des hôpitaux de l’Ontario pour éviter les attentes à l’urgence.

« Ça n’a plus de bon sens. Les Québécois sont en train d’envahir nos hôpitaux. Des hôpitaux que nous payons avec nos taxes d’Ontariens », s’emporte Gisèle Léger, 74 ans, de Saint-Isidore dans l’Est ontarien.

Patrick Duquette

On leur doit bien ça

CHRONIQUE / Le sénateur André Pratte se dit « consterné » de constater que personne au gouvernement fédéral n’ait été tenu responsable du désastre de Phénix. Il a raison !

C’est ce que j’écrivais après le dépôt du rapport du vérificateur général Michel Ferguson en mai dernier. Ce fiasco n’est la faute de personne et de tout le monde en même temps. Ce qui revient un peu au même.

Plutôt que de pointer des personnes du doigt, le vérificateur général avait préféré invoquer un problème de « culture » à l’intérieur de l’appareil gouvernemental.

Les cadres chargés de mettre en place le nouveau système de paie des employés fédéraux étaient à ce point obnubilés par le respect du budget et des échéanciers qu’ils en ont oublié toute prudence.

Même quand il est devenu évident que le train Phénix fonçait à toute vitesse vers un mur, ces cadres ont préféré mentir à leurs supérieurs plutôt que de lever le drapeau rouge.

Avec les conséquences que l’on sait : un système de paie qui devait permettre d’économiser 70 millions par année coûtera au moins 2,2 milliards juste à « stabiliser ».

C’est sans compter les coûts humains du fiasco et la facture pour remplacer éventuellement Phénix par un autre système plus fiable.

Bref, le sénateur André Pratte a raison de déplorer que personne n’ait été tenu responsable de la débâcle.

En même temps, le comité sénatorial qui s’est penché sur le fiasco Phénix, et dont il faisait partie, a peu fait pour identifier des responsables. Même s’il en avait le pouvoir, ce comité piloté par Percy Mockler a choisi de ne pas faire comparaître les trois cadres responsables de l’implantation de Phénix, ceux-là mêmes qui ont omis de lever les drapeaux rouges quand il en était encore temps.

Les sénateurs ont eu peur que leur comité se transforme en tribunal. Et qu’en rejetant la faute sur trois gestionnaires, on passe à côté du problème plus large de la « culture de gestion » et du manque de mécanisme de surveillance indépendants qui ont miné le projet Phénix. L’argument est valable. Il y avait effectivement un danger que les sénateurs aient l’air de se lancer dans une chasse aux sorcières.

Il reste qu’on est passé à côté d’une belle occasion en refusant de faire témoigner des acteurs clés de la débâcle. Leur comparution aurait permis de clarifier cette fameuse culture de gestion, cette « peur de l’erreur » qui a fait dérailler Phénix et qui demeure pour l’instant un concept intangible.

Or comment changer une culture qu’on est incapable de définir avec clarté ? Une culture, faut-il le rappeler, dont l’existence même est niée par Michael Wernick, grand patron de la fonction publique fédérale et greffier du conseil privé.

Au moins, les sénateurs tentent de remettre un peu d’imputabilité dans l’affaire Phénix.

Des milliers de fonctionnaires vivent encore dans l’incertitude et ignorent le moment où ils seront payés correctement. Le comité sénatorial recommande au gouvernement de s’engager formellement envers ses employés en leur disant à quel moment leurs problèmes de paie seront réglés une fois pour toutes. Se fixer des cibles de la sorte, même au risque de se compromettre, c’est une bonne idée. Le gouvernement fédéral doit bien ça à ses employés.

Patrick Duquette

Nous ne sommes pas des cobayes

CHRONIQUE / Big Brother n’est pas toujours là où on l’attend.

Voilà que des centres commerciaux de la société immobilière Cadillac Fairview se font faits pincer à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale à l’insu de leurs clients au Canada. On avait dissimulé des caméras derrière les écrans tactiles des bornes d’information.

Patrick Duquette

À la conquête du monde virtuel

CHRONIQUE / Il fait nuit. Vous êtes seule, assise dans un abribus de la Société de transport de l’Outaouais. Un individu louche sort du bar d’en face. Quand il vous aperçoit, il entreprend de traverser la rue.

Bien vite, son corps s’encadre dans l’ouverture de l’abribus. Vous réalisez qu’il est trop tard. Que toute retraite est impossible. L’homme s’approche, il s’assoit près de vous. Il avance le bras. Pour vous enlacer. Pour vous coincer. Pour vous forcer.

Patrick Duquette

Erreur sur la personne

CHRONIQUE / Dites-moi, seriez-vous Isabelle par hasard ?

La femme blonde attablée au petit café du département de sciences sociales de l’Université d’Ottawa a tourné son visage vers moi. Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, j’avais compris mon erreur. Ce n’était pas la femme de la photo.

« Non, désolé », m’a-t-elle répondu en souriant gentiment, sans doute pour soulager mon embarras. J’ai rougi en réalisant que j’avais l’air du gars qui fait erreur sur la personne lors d’un rendez-vous galant.

J’ai retraité sans demander mon reste.

C’est ironique parce que j’étais à l’Université d’Ottawa non pas pour une blind date, mais pour faire une entrevue avec une chercheuse dont le domaine est justement… la reconnaissance faciale. Un champ de recherche fascinant à notre époque où les enjeux de sécurité prennent toute la place.

Quand la vraie Isabelle Boutet est arrivée — une blonde aux yeux bleus, avec des fossettes sur les joues, comme sur sa photo de profil universitaire — je lui ai raconté ma méprise. J’ai pointé discrètement la femme qui lui ressemblait, à l’autre bout du café.

Elle a ri, en remarquant que je m’étais fié à ses cheveux pour l’identifier. Alors que ce sont les yeux qui offrent le plus d’indices pour reconnaître un visage familier, m’expliquera-t-elle en entrevue.

Dans leurs plus récentes recherches, Mme Boutet et son équipe du département de psychologie se sont intéressées à une question fascinante : pourquoi se trompe-t-on lorsque vient le temps d’identifier un visage qui nous semble familier ?

La question peut sembler anecdotique.

Mais elle ne l’est pas lorsqu’on est policier, douanier ou encore le témoin oculaire d’un crime.

Dans de telles situations, la capacité de reconnaître correctement un visage est vitale, que ce soit pour assurer la sécurité du pays ou pour guider le tribunal vers la vérité.

C’est dans ce domaine que Mme Boutet et son équipe ont fait une percée intéressante. Deux types d’erreurs peuvent survenir lors de la reconnaissance faciale.

Soit on prend un étranger pour quelqu’un qu’on connaît. Soit on ne reconnaît pas quelqu’un qu’on connaît. Les jeunes adultes commettent les deux types d’erreurs. Mais pas les adultes de 55 ans et plus. C’est ça la découverte d’Isabelle Boutet : les plus vieux sont coupables seulement de la première erreur. Ils ont tendance à confondre de parfaits étrangers avec des connaissances.

Ce n’est pas si grave, vous dites ?

Pas si ça se produit une fois ou deux. Mais ce genre de méprises, si elles surviennent à répétition, peuvent amener une personne âgée à douter de sa santé mentale et la plonger dans l’isolement, explique la chercheuse. Et ça, c’est plus grave. Surtout que la sénilité n’aurait rien à voir avec ce type d’erreur sur la personne.

La coupable, ce serait plutôt la vue qui baisse avec l’âge.

Ça, et le fait que les gens âgés ont emmagasiné tellement de visages dans leur mémoire qu’il leur est plus facile de les confondre entre eux.

« L’affaiblissement de la vision serait un des principaux facteurs à l’origine des erreurs de reconnaissance faciale, contrairement à la croyance selon laquelle la perte de mémoire serait généralement en cause », explique Mme Boutet.

Avec ses études, Isabelle Boutet vient ajouter son grain de sel à d’autres recherches réalisées ailleurs dans le monde. En Allemagne, des recherches ont démontré que les douaniers d’expérience performent moins bien que les novices lorsqu’il s’agit de reconnaître un visage sur un passeport. 

Une autre étude a démontré le même phénomène chez des notaires. Un résultat inattendu que les chercheurs peinent à s’expliquer.

Est-ce parce que les employés plus vieux sont blasés ? Moins attentifs ?

L’étude de Mme Boutet vient apporter un éclairage nouveau. Ces douaniers vieillissants auraient peut-être intérêt à porter davantage leurs lunettes pour mieux accomplir leur travail et éviter un départ à la retraite prématuré. Quant à moi, il me faudrait sans doute m’en procurer une bonne paire pour éviter d’autres rencontres embarrassantes !

Chronique

Les 180 gestes du Dr Nault

CHRONIQUE / La chirurgie, c’est un peu comme le tennis. À force de toujours répéter des milliers de fois les mêmes gestes précis, toujours dans le même ordre, on finit par devenir bon. Très bon même.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Patrice Nault a eu l’occasion de peaufiner sa technique au cours des 15 dernières années passées au département de chirurgie vasculaire de l’hôpital de Hull.

Patrick Duquette

C’est mieux que de ne rien faire

CHRONIQUE / Ainsi, Starbucks a fermé ses établissements au Canada lundi après-midi pour donner une formation sur le racisme à ses employés. Bravo ! On ne peut pas être contre la vertu. Plus on abordera de front des questions épineuses comme la discrimination raciale, mieux la société s’en portera.

Mais ne soyons pas naïfs. Si Starbucks est soudainement si pressé de sensibiliser son personnel à l’« inclusion sociale », tant au Canada qu’aux États-Unis, ce n’est pas un hasard. Il y a aussi là-dedans une opération de relations publiques visant à redorer une image mise à mal par l’arrestation injustifiée de deux Noirs dans un établissement de Philadelphie en avril dernier.