Patrick Duquette

D’un scandale à l’autre

CHRONIQUE / Vu d’ici, c’est complètement débile ce nouveau chapitre du débat sur les armes à feu aux États-Unis. Le président Donald Trump reçoit des victimes endeuillées par les armes dans un salon de la Maison-Blanche. Et qu’est-ce qu’il propose comme solution aux fusillades à répétition dans les écoles ? D’armer les profs, en tout cas, ceux qui savent se servir d’une arme.

C’est fou, cette escalade de l’armement. Qu’est-ce que ce sera la prochaine fois ? Un malade débarque dans une école avec une mitraillette. Le prof n’aura qu’un revolver pour répliquer. Qu’est-ce qu’on proposera alors ? D’équiper les écoles avec des bazookas ? D’inclure des gilets pare-balles dans la liste des fournitures scolaires ? De creuser des tranchées dans la cour d’école ?

Patrick Duquette

Dangereux pour les patients, le temps supplémentaire

CHRONIQUE / On parle beaucoup ces jours-ci des conditions de travail pénibles des infirmières dans les hôpitaux du Québec. Or un chercheur de l’Université de Sherbrooke a fait des découvertes intéressantes de ce côté.

Lui-même un ancien cadre du réseau québécois de la santé, Christian Rochefort a démontré que le recours systématique au temps supplémentaire et à du personnel moins qualifié est dangereux pour les patients.

Chroniques

Mystère de guerre

CHRONIQUE / C’est une histoire fabuleuse, qu’on dirait tirée d’un roman.

À partir de l’Outaouais, on vient de résoudre un mystère de la Seconde Guerre mondiale grâce à la technologie moderne et au séquençage de l’ADN. Avec pour résultat qu’un héros inconnu de la célèbre bataille d’Angleterre recevra bientôt les honneurs militaires, 75 ans après avoir disparu avec son avion dans l’océan Atlantique.

Patrick Duquette

Pain blanc ou pain brun?

CHRONIQUE / Commençons par une question existentielle : êtes-vous pain blanc ou pain brun?

La question peut sembler futile, mais laissez-moi aller. Vous verrez qu’elle en dit long sur notre rapport à l’alimentation en Amérique du Nord.

Moi, je suis pain blanc. Même si je sais que le pain brun est plus nutritif. Je ne me suis jamais habitué au goût amer du son qui se marie très mal, à mon sens, avec celui du beurre de pinottes. Mais ma blonde, et combien d’autres s’accommoderont du goût du son. Ils choisiront le pain brun parce qu’ils le jugent meilleur pour la santé.

Tout ça pour dire qu’il y a une notion qui prend de plus en plus de place dans le choix des aliments ces dernières années : sa fonction. À tel point qu’on parle maintenant d’« aliments fonctionnels ». On mange pour se donner de l’énergie, rester en santé, monter son taux de fer, avoir de bons yeux, exhiber une belle silhouette…

Quant à manger pour le simple plaisir, sans se casser la tête avec la teneur en sucre ou en cholestérol, c’est une notion qui se perd, malheureusement.

Voilà plusieurs années que Nicolas Bordenave s’intéresse à la notion d’aliment fonctionnel. Aujourd’hui chercheur à la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa, ce chimiste de profession a travaillé de nombreuses années dans l’industrie agroalimentaire, notamment pour le géant mondial Pepsico.

Originaire de France, il a été déstabilisé à son arrivée en Amérique par cette approche très « fonctionnalisante » des aliments.

« Je me souviens d’une fois, j’étais en repas d’affaires. J’ai commandé un repas de pâtes avec de la crème et du brocoli. Et donc je passe la commande au serveur qui me dit : voudriez-vous quelques protéines en plus ? Il ne m’a pas offert du poisson ou de la viande, mais des protéines. Pour lui, c’était la fonction qui importait ! », rigole-t-il.

Il rit encore en m’offrant un café. « Je nous ai préparé de la boisson fonctionnelle », dit-il en saisissant la cafetière. Peu nutritif, le café est consommé essentiellement pour stimuler le cerveau en Amérique du Nord. « Pourtant, il y a des cultures où on prend du café d’abord pour le goût », remarque-t-il.

Ce rapport goût/bénéfice, si l’on peut dire, est au centre de bien des recherches, autant dans les cercles universitaires que dans l’industrie agroalimentaire.

Malgré la technologie moderne, créer un aliment industriel qui est à la fois nutritif et bon au goût représente un immense défi. Avec Pepsico, en Angleterre, Nicolas Bordenave a travaillé jadis sur un projet pour développer de nouveaux craquelins aux céréales entières, qu’on voulait moins fades que ceux disponibles sur le marché.

Après consultation d’un panel de consommatrices, on avait déterminé qu’il fallait créer des craquelins ayant à la fois les valeurs nutritives des crackers… et le goût fondant, la texture dorée des biscuits Ritz !

Or cette recette idéale, qui marierait la saveur des Ritz avec les bienfaits des crackers, est une barrière que tous les gros joueurs de l’industrie agroalimentaire rêvent d’abattre.

« Mais on n’arrive pas à le faire, la technologie n’est pas suffisamment avancée pour y arriver », note Nicolas Bordenave.

Il y a des exceptions. Voilà quelques années, l’un des concurrents de Pepsico, Mondelez, a cassé la barrière en mettant sur le marché les biscuits belVita aux céréales de blé entier. L’entreprise avait fait des recherches démontrant que les glucides à action lente contenus dans ses biscuits se relâchaient sur une période de 4 heures dans l’organisme humain. Assez pour permettre à ceux qui en consommaient au déjeuner de faire le pont jusqu’au lunch, sans passer par la collation de milieu d’avant-midi.

« Les gens ont commencé à l’acheter pour cette fonction-là, dit Nicolas Bordenave. Ils ont fait un carton sur le marché, tant aux États-Unis qu’en Angleterre, parce que ces biscuits répondaient à la demande d’énergie des consommateurs, en plus d’avoir un goût acceptable. »

Pepsico n’est pas resté les bras croisés devant l’innovation de son concurrent. « On s’est demandé comment on pourrait avoir ce même type de fonction. Alors on a fait de la recherche, énormément de recherche », raconte Nicolas Bordenave. L’entreprise a démontré que son gruau d’avoine Quaker apportait lui aussi la satiété pour 4 heures. Match nul…

Cette course pour ajouter des « fonctions » aux aliments se poursuit sans relâche. C’est vrai pour les pâtisseries, mais aussi pour les croustilles, le café, les fruits et légumes…

Les géants de l’agroalimentaire sont prêts à payer cher pour afficher la petite inscription qui distinguera leur produit de la concurrence.

Quant aux consommateurs, plus que jamais intéressés par la nutrition, ils deviennent les victimes consentantes de ce système qui promet de les rendre plus beaux, plus forts et plus en santé.

Mais je vous le redemande : et le simple plaisir de manger dans tout cela ?

Nicolas Bordenave donne une conférence sur le processus de création et de mise en marché des aliments fonctionnels le jeudi 22 février, à 19 h, à l’Université d’Ottawa. Inscription gratuite au cnfs.ca.

Patrick Duquette

La vie en bitcoins

CHRONIQUE / En 2010, un homme a acheté deux pizzas pour un total de 10 000 bitcoins, une monnaie virtuelle peu connue à l’époque. La légende veut que ce soit la toute première tentative répertoriée d’acheter un bien au moyen d’une cryptomonnaie.

On connaît la suite.

Le cours du bitcoin n’a cessé de grimper depuis. D’autres cryptomonnaies comme l’ethereum ou le ripple ont fait leur apparition. Quant à la valeur du bitcoin, elle a flirté avec les 20 000 $US en décembre, avant de redescendre aux alentours de 10 000 $US jeudi.

C’est donc dire qu’au cours actuel, le gars de 2010 aurait déboursé l’équivalent de 100 millions US $ pour ses deux pizzas. Fou, hein ?

N’empêche que cette première transaction pour acheter une pizza à l’aide de bitcoins, une monnaie électronique qui n’existe que dans l’espace virtuel, a peut-être changé le cours de l’histoire.

« C’était la preuve qu’il était possible de créer une monnaie alternative, à l’abri des banques et des gouvernements, et que ça pouvait fonctionner. Ça démontrait qu’on pouvait faire des transactions de gré à gré avec cette monnaie », raconte Éric Pichette, directeur d’Innovation Gatineau, un organisme qui s’intéresse de près aux cryptomonnaies.

Il n’est pas le seul.

L’an dernier, Hydro-Québec a été approché par de gros joueurs asiatiques de l’industrie des cryptomonnaies. Ils cherchent des endroits où installer leurs centres informatiques, particulièrement gourmands en électricité. 

Pour ces « mineurs » de bitcoins, qui vérifient les transactions sur le réseau au moyen de puissants ordinateurs, l’énergie propre et bon marché produite au Québec est un atout intéressant.

Le bitcoin suscite aussi beaucoup d’intérêt en raison de la technologie des « blockchains » qui y est associé. Cette semaine, le nouveau président d’Investir Ottawa, Michael Tremblay, en a parlé comme d’un secteur d’avenir. Le gouvernement fédéral s’y intéresse aussi de près.

« La blockchain, ou chaîne de blocs, c’est comme un grand livre de comptabilité, ouvert à tous, qui retrace toutes les transactions faites sur un bitcoin depuis les débuts, en 2009 », relate Michael-Anthony Clement, directeur du programme de démarrage d’entreprises chez Innovation Gatineau.

Cet ingénieur en photonique salive en imaginant la nouvelle génération d’applications qu’on pourrait développer à partir des blockchains. « On peut penser à un nouveau PayPal pour les cryptomonnaies ou encore à un logiciel capable de retrouver des transactions à l’intention des gouvernements et des agences de sécurité ».

Après avoir été associé au blanchiment d’argent et à la contrebande, le bitcoin a de nouveau la cote. Le grand public suit avec un mélange de curiosité et de fascination les fluctuations spectaculaires des cryptomonnaies.

Malgré les mises en garde répétées des autorités financières, de petits investisseurs tentent leur chance sur le marché des bitcoins qui demeure peu réglementé, volatile et en proie à une féroce spéculation.

« Comme investisseur, il faut être capables de vivre autant avec les hauts qu’avec les bas du cours des cryptomonnaies », explique Patrice Boulais, un consultant en communications qui s’est associé avec Innovation Gatineau pour démystifier le phénomène de la cryptomonnaie. Il donnera d’ailleurs une conférence à ce sujet le 8 février prochain à Gatineau. 

Une simple rumeur peut faire varier les cours de manière spectaculaire. Pendant l’entrevue dans les bureaux d’Innovation Gatineau, la valeur du bitcoin a subitement plongé de 1000 $US, apparemment plombée par des informations voulant que la Corée du Sud interdise les plates-formes d’échange des cryptos.

C’est sans compter que les marchés sont manipulés par des « baleines », de mystérieux investisseurs capables d’inonder le marché de milliers d’unités et de faire varier les prix en leur faveur.

Alors, à quand une usine de bitcoins à Gatineau ? Ou, mieux, une nouvelle cryptomonnaie créée en Outaouais ?

Éric Pichette avoue que ce sont deux idées qui ont été envisagées à Innovation Gatineau. Mais compte tenu de la méconnaissance et des réticences qui persistent au sujet du bitcoin, l’organisme a décidé d’y aller graduellement. 

On veut d’abord organiser des formations. Et s’associer avec des experts pour créer un « hub » sur les cryptomonnaies à Gatineau.

Parce qu’à leurs yeux, le buzz actuel autour du bitcoin n’est qu’un prélude. Ils veulent être prêts le jour où la vraie vague déferlera. 

Le jour où les masses décideront d’utiliser les cryptomonnaies pour payer l’épicerie ou la pizza, le jour où l’on pourra traduire un contrat, un testament voire une émotion en chaînes de blocs.

Patrick Duquette

Jouer dans la ruelle

CHRONIQUE / Gatineau veut permettre le jeu libre dans la rue? Je suis pour. Envoye du hockey dans la ruelle. Pis du basket. Pis du soccer. Comment veux-tu être contre un projet pareil? En même temps, vous en voyez beaucoup, vous, des enfants qui jouent dans la rue? On ne les laisse même plus marcher tout seul jusqu’à l’école.

T’es cynique, m’a dit quelqu’un. Mais non, pas cynique. Réaliste.

Comme parent, on a la nostalgie de ces années d’enfance où on s’épivardait dans la rue avec les petits voisins. J’en ai passé des heures à jouer au hockey, au baseball, au tennis… D’ailleurs, on ne jouait pas que dans la rue. On jouait dehors, point. Dans le gazon, dans la cour d’école, au parc, dans le jardin du voisin. Hiver comme été. Après le petit déjeuner, ma mère nous envoyait dehors. Allez, ouste!

On ne joue plus beaucoup dans la rue, pour toutes sortes de bonnes et de mauvaises raisons. Peut-être parce que nous vivons dans une société obsédée par la sécurité. On ne s’imagine plus envoyer nos enfants jouer dans la rue ou au parc sans supervision.

D’ailleurs, je note que le projet-pilote de Gatineau se préoccupe beaucoup de sécurité. Ce serait permis seulement sur les rues peu passantes, avec un éclairage adéquat, à certaines heures, et sous la supervision d’un adulte dans le cas des très jeunes enfants. Il y aurait aussi une signalisation appropriée. Je lisais que certaines villes s’inquiétaient de leur responsabilité civile en cas d’accidents. Voyez ? La sécurité, encore et toujours.

Avec fiston, il nous arrive de jouer au badminton dans la rue. Jamais très longtemps. Pas que ce soit dangereux. Mais toutes les deux minutes, il y a une voiture qui tourne le coin de rue pour interrompre notre partie. Sans compter le vent qui fait virevolter le volant de manière imprévisible. On préfère jouer dans le gymnase de l’école voisine, les dimanches après-midi.

On pense pouvoir recréer un esprit communautaire dans les quartiers et sortir nos jeunes de la sédentarité en les envoyant jouer dans la rue. Essayons-le, on n’a rien à perdre. Même si j’ai l’impression que cette mesure s’inspire un peu du fantasme de l’adulte nostalgique.

Parce que les temps ont changé. Nos enfants sont de plus en plus embrigadés dans des activités organisées. 

Quand ils reviennent à la maison, après avoir fait du vélo au camp de jour, c’est pour mieux se brancher sur un écran.

Dans le questionnaire en ligne de la Ville de Gatineau, on évoque un « code de conduite » pour encadrer le jeu libre. Les jeunes qui jouent dans la rue devront respecter certaines règles : se tasser pour laisser passer un véhicule, ramasser les filets de hockey après la partie, évoluer sous la supervision d’un adulte quand il y a de jeunes enfants, etc.

Le gros bon sens.

Il y a aussi ce concept : les enfants devront éviter le bruit « excessif ». Excessif ? Voilà qui me semble un concept à géométrie variable. Dans une ville, il y aura toujours des gens qui ne souhaitent qu’une chose : avoir la paix.

Ceux-là, juste à l’idée que des enfants pourraient rire, crier, taper un ballon devant chez eux, et envoyer rouler une balle dans leurs belles plates-bandes fleuries, ils en feront des boutons. D’ailleurs, il me revient d’avoir écrit une chronique à propos d’une dame. Elle se plaignait du bruit que faisait le ballon de son petit voisin en rebondissant sur l’asphalte.

Boing, boing, boing… Ça la dérangeait.

Alors j’y pense : faudrait aussi rédiger un code de conduite pour le voisinage. Avec, inscrit quelque part, le mot : tolérance.

Patrick Duquette

J’ai cru au canular

CHRONIQUE / Mais bien sûr que j’ai cru à l’histoire de cette Torontoise de 11 ans. C’est ce qu’on nous dit de faire sur toutes les tribunes, ces jours-ci. De croire les victimes lorsqu’elles dénoncent leur agresseur.

La jeune écolière prétendait qu’un inconnu avait découpé son hijab avec des ciseaux alors qu’elle était sur le chemin de l’école. Il l’a même attaquée à deux reprises, a-t-elle raconté avec aplomb lors d’une conférence de presse convoquée à son école de Scarborough, quelques heures après la présumée agression. La jeune fille a même ajouté ce détail terrifiant à son récit : l’homme a souri avant de s’enfuir.

J’ai cru à son histoire, comme j’ai cru aux larmes de sa mère éplorée alors qu’elle pleurait à ses côtés sur les images à la télévision. J’ai pensé à mes propres enfants. À ma réaction s’ils étaient attaqués sur le chemin de l’école. Je serais horrifié. Et pourquoi n’aurais-je pas cru à son histoire ? Tout avait l’air si véridique. La présence d’une policière de Toronto à la conférence de presse ajoutait un vernis de crédibilité à toute l’histoire. 

J’y ai cru, comme les premiers ministres Justin Trudeau et Kathleen Wynne qui se sont empressés de dénoncer un geste lâche et incompatible avec les « valeurs canadiennes ». « Aucun enfant ne devrait craindre de se faire attaquer sur le chemin de l’école en raison de ce qu’il est », a renchéri le maire de Toronto, John Tory. Leur intervention a vite donné un retentissement national à toute l’affaire, qui a fait les bulletins de nouvelles d’un bout à l’autre du pays.

Or voilà, c’était un canular.

Il n’y a pas eu d’agression, pas de crime haineux.

Pas d’Asiatique âgé dans la vingtaine, avec des lunettes et une fine moustache. Pas d’attaque par-derrière pour découper un hijab. That « did not happen », a fait savoir lundi matin la police de Toronto dans un laconique communiqué. Pour la police, l’enquête est close. On ne déposera pas d’accusations contre la jeune fille.

Alors c’est tout ? On ne saura pas la fin de l’histoire ? 

Pourquoi la jeune fille a-t-elle menti ? Voulait-elle cacher quelque chose ? A-t-elle été manipulée par des adultes autour d’elle ? Si on en reste là, la porte est grande ouverte à toutes les théories du complot. L’affaire est peut-être classée aux yeux de la police de Toronto. Mais la famille doit, si ce n’est des excuses, au moins des explications à tous ceux qui ont sympathisé avec la jeune fille vendredi dernier.

Toute cette histoire a de quoi faire réfléchir à plus d’un titre. Justin Trudeau, Kathleen Wynne, le maire de Toronto ont dénoncé un geste avant même que l’enquête policière soit conclue. Aujourd’hui, ils ont l’air d’avoir réagi trop vite. Qu’est-ce que ça dit sur notre société ? Qu’à l’ère des médias sociaux, la pression est forte sur les politiciens pour commenter vite, alors que la nouvelle est encore brûlante d’actualité. Surtout quand le sujet est chaud et qu’il s’accorde avec notre discours politique.

Depuis l’affaire Weinstein, nous sommes plus que jamais à l’heure des dénonciations. Sur toutes les tribunes, on nous dit de croire les victimes sur parole. Et il faut continuer de le faire. Les statistiques prouvent que, la majorité du temps, les victimes disent la vérité. Mais c’est inévitable, une fois de temps en temps, un gros mensonge va nous péter en pleine face. Le plus triste, c’est qu’il vient semer le doute sur un prochain témoignage qui, lui, a toutes les chances d’être véridique.

Patrick Duquette

Une approche clémente du pot

CHRONIQUE / J’ai l’impression que le débat sur la marijuana va se polariser de plus en plus à mesure qu’on s’approche de la date d’entrée en vigueur de la légalisation au Canada.

Voilà déjà que le maire de Saint-Jérôme s’énerve et souhaite interdire la consommation de cannabis dans les lieux publics.

S’il n’en tenait qu’à lui, on irait plus loin que les interdictions en vigueur pour le tabac.

On n’aurait pas le droit de fumer du pot dans les festivals, pas le droit d’en fumer dans la rue. Tout ça sous prétexte que l’on connaît mal les effets de la fumée secondaire de la marijuana.

« Autoriser immédiatement le cannabis dans les espaces publics, ce serait une erreur majeure », insiste le maire Stéphane Maher.

Alors qu’on s’approche de la date fatidique, il va s’en trouver beaucoup pour « redémoniser » le pot, me faisait remarquer Yves Séguin, directeur du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de Gatineau.

Des gens vont insister sur les préjugés et les craintes liés à la drogue. Au point de faire oublier les raisons qui ont mené à la légalisation du pot. Notamment que la prohibition, en plus d’être inefficace, cause beaucoup de dommages.

Après tout, les gens qui consomment aujourd’hui du pot de manière responsable, sans en abuser, doivent se cacher pour s’approvisionner au marché noir. Et ils ne sont jamais sûrs de la qualité et de la composition du produit qu’ils achètent.

Quant à ceux dont la consommation est problématique, ils se retrouvent avec des casiers judiciaires. Alors qu’au fond, ils ont souvent davantage besoin d’aide que d’un séjour en prison.

Rappelez-vous ce juge de la Cour du Québec, à Gatineau, qui s’était fait solidement taper sur les doigts, en 2015, après avoir dénoncé sur le banc les lois « désuètes et ridicules » sur la marijuana au Canada. Ce jour-là, ces lois l’obligeaient à condamner un homme malade pour possession illégale d’une certaine quantité de marijuana.

« On est dans une société où on accuse les gens de possession et consommation de marijuana alors que plus de la moitié de la population en a déjà consommé », s’était emporté le juge Pierre Chevalier.

« Ce sont des lois qui sont désuètes et ridicules, avait-il ajouté. On est en présence de lois où il faudrait que plus de la moitié de la population ait un dossier criminel au Canada… Alors je pense qu’il est temps qu’on regarde de façon beaucoup plus clémente les choses qui se passent. »

C’est en plein ce qu’on est sur le point de faire aujourd’hui : regarder de façon plus clémente ce qui se passe. Trop vite au goût de certains, mais ça, c’est une autre histoire !

J’en entendais s’inquiéter de l’exemple qu’on donnera aux enfants avec la légalisation de la marijuana. Pauvres petits, qui verront des adultes s’allumer des pétards en toute impunité dans l’espace public.

Mais en quoi ce sera différent de la bière ou du vin ?

Quand on s’ouvre une petite frette devant les enfants, par une belle soirée de canicule, on a le choix. On peut montrer à nos enfants l’exemple d’un adulte qui boit comme un trou. Ou on peut leur enseigner que la modération a bien meilleur goût.

Quant à la marijuana dans les festivals, il y a moyen de prévoir des espaces où la fumée secondaire n’incommodera pas les non-fumeurs.

À partir du moment où, comme société, on décide de légaliser le pot, allons-y.

Si toutes les villes se mettent à interdire par la porte d’en arrière ce qu’on s’apprête à autoriser par la porte d’en avant, on n’en sortira pas.

Si mes enfants sont pour consommer de la marijuana un jour, ce n’est pas leur vieux père qui les en empêchera. J’aime autant qu’ils s’approvisionnent de manière légale, avec un produit supervisé, et dans un environnement où ils ne seront pas obligés de se cacher s’ils ont besoin de soutien.

Patrick Duquette

Changer les habitudes

CHRONIQUE / Voilà des années que je traîne mes sacs réutilisables à l’épicerie. C’est devenu une habitude.

Pour qu’un sac de coton soit plus écologique qu’un sac en plastique, il faut l’utiliser au moins 173 fois, selon certaines statistiques. Je passe le test: certains de mes sacs sont tellement usés qu’ils ont commencé à se décomposer…

J’ai l’air d’un militant écolo? Pas vraiment. Mon choix d’utiliser des sacs réutilisables a si peu à voir avec des considérations environnementales. Je les trouve simplement plus pratiques que les sacs en plastique. Plus solides aussi. 

Accessoirement, oui, j’ai l’impression de faire ma petite part pour l’environnement. Quand je vois un sac en plastique qui ballotte au vent ou qui flotte sur un océan lointain, je me dis: au moins, ce n’est pas mon sac qui finira dans l’estomac d’une baleine.

Bref, je n’ai pas eu de misère à effectuer la transition, il y a quelques années, quand les épiceries se sont mises à facturer cinq sous le sac en plastique. Pas eu de problème non plus quand la Société des alcools du Québec les a bannis de ses succursales en 2009. Je me suis acheté une dizaine de sacs réutilisables, et voilà tout.

J’avais l’impression que la grande majorité des gens s’étaient aussi convertis. En entendant que Gatineau songeait à imiter Montréal et à interdire les sacs de plastique, ma première réaction a été: mais pourquoi? Pourquoi sortir le bâton quand la sensibilisation a si bien fait le travail?

Parce que, justement, la sensibilisation n’a pas si bien fait le travail. 

Jeudi, je suis arrêté à l’épicerie IGA de mon quartier. J’ai intercepté le gérant: « Dites-moi, monsieur, quelle proportion de vos clients utilisent des sacs réutilisables?»

Il a réfléchi un moment. «Je dirais… 50%? » Je me suis étonné: « Seulement la moitié?» Un emballeur qui passait par là a renchéri: «Et encore, 50%, c’est généreux. Moi je dirais moins que la moitié.»

« En tout cas, a calculé le gérant, des sacs en plastique, j’en passe encore 15 000 par semaine. C’est quand même un nombre considérable… »

En effet. Surtout quand on sait qu’un sac de plastique mettra des siècles à se décomposer dans un site d’enfouissement. Dans un centre de tri, c’est à peine mieux. Ils se coincent dans la machinerie, le prix de revente est très bas… Pas étonnant que de grandes quantités de nos sacs en plastique soient envoyées à l’étranger. Pas assez payant !

Au Provigo du quartier voisin, on fait la même évaluation: la moitié des clients réclament encore des sacs en plastique. L’assistante-gérante a sa petite théorie: «Ils ont manqué leur coup, il y a quelques années, en facturant les clients pour les sacs en plastique. C’est à ce moment-là qu’il aurait fallu les interdire. Les gens auraient suivi sans rechigner…»

Le monsieur à la caisse a mis son grain de sel: «Je suis Européen et, là-bas, les magasins n’ont pas de sacs en plastique. Si tu oublies tes sacs dans ta voiture, tu ressors, tu vas les chercher. Pas le choix ! Alors qu’ici, tu les oublies dans le coffre, tu dis à l’emballeur: donne-moi des sacs en plastique. À cinq sous du sac, ça ne vaut pas la peine de retourner à la voiture…»

Peut-être que la conseillère Maude Marquis-Bissonnette a raison et que Gatineau doit interdire les sacs de plastique. «C’est un pollueur sur lequel on peut agir assez rapidement et assez facilement, tout cela dans l’optique de devenir une ville plus verte», a-t-elle déclaré à Radio-Canada. Benoît Delage du Conseil régional de l’environnement (CREDDO) est du même avis: «On est rendus là comme société.»

À moins que la solution soit de facturer plus cher? 

Si on demandait 25 sous du sac de plastique à l’épicerie, ça reviendrait à 2,50 $ par semaine, à 130 $ par année… Ça commencerait à faire pas mal d’argent. Assez pour que bien des gens changent leurs habitudes!

Patrick Duquette

Madame, pouvez-vous répéter ?

CHRONIQUE / Vous savez, quand on dit que les petits gestes font une grande différence ?

J’étais dans une classe spécialisée de l’école primaire Saint-Jean-Bosco mardi matin.

Une classe d’enfants sourds et aveugles. Six sourds, dont deux avec une vue diminuée. Des enfants intelligents. Mais ils ne pourraient suivre le rythme en classe régulière où leurs appareils auditifs sont inefficaces. Alors qu’ici, avec une enseignante et une technicienne en éducation spécialisée, ils évitent de prendre trop de retard.