Patrick Duquette

Le vélo qui libère les souvenirs

CHRONIQUE / Vous avez peut-être entendu parler de ces vélos stationnaires équipés d’un écran qui reproduisent virtuellement le trajet du Tour de France. À l’Institut de recherche Bruyère d’Ottawa, on teste ces jours-ci un vélo similaire. À la différence qu’il est conçu pour motiver les personnes âgées à faire de l’activité physique.

Le principe est simple. Pendant que la personne âgée pédale, des images de télévision filmées à Singapour, Paris, Oslo, Dubaï ou Pékin défilent en temps réel sur un grand écran. L’illusion est totale. Pour peu qu’on s’abandonne, on a vraiment l’impression de rouler dans les rues d’une grande cité du monde. On se surprend à observer les piétons ou même à ralentir quand une auto arrive en sens inverse.

J’ai testé la nouvelle technologie lors d’une conférence de presse vendredi. Non seulement c’est réaliste, mais c’est plus intéressant que de rouler sur un vélo stationnaire avec, en toile de fond, un mur blanc d’hôpital.

C’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette technologie qui fait pour la première fois l’objet de tests cliniques au Canada. Son effet bénéfique serait double: non seulement elle favorisait l’activité physique chez les aînés, les paysages filmés stimuleraient également la mémoire des gens atteints de démence.

Patrick Duquette

La génération des clics

CHRONIQUE / Dans mon jeune temps, on aspirait à devenir vedette de cinéma ou de la télévision. Aujourd’hui, bien des jeunes rêvent plutôt d’accéder au statut de YouTubeur vedette comme Collins Key ou Jack Paul, qui ont 11 et 14 millions d’abonnés aux États-Unis. Ou encore la Québécoise Emma Verde, qui en compte 741 000.

Dans mon jeune temps, on écoutait surtout la télévision. C’est peut-être pourquoi je me suis senti vieux en rencontrant ces six adolescents de l’école secondaire Béatrice-Desloges du secteur Orléans à Ottawa.

Patrick Duquette

Le travail, c’est la santé ?

CHRONIQUE / C’est une mesure perdue dans l’immensité du budget Leitao : 63 millions pour favoriser la pratique du sport au travail au Québec.

Voilà une idée qui m’apparaît excellente pour procurer non seulement des économies aux employeurs, mais aussi pour soulager un système de santé surchargé.

Patrick Duquette

Les mamans robots

CHRONIQUE / Au début, j’hésitais entre en rire et en pleurer.

Un lecteur m’a transmis un devoir d’anglais soumis à des élèves de 4e année d’une école de l’Outaouais. Intitulé Robot Mothers, il semble tout droit tiré d’un manuel scolaire des années 1950 tellement il est bourré de stéréotypes sexistes.

Patrick Duquette

T’as pas mis ton ti-casque?

CHRONIQUE / Volte-face surprenante cette semaine de l’Institut national de santé publique du Québec qui ne recommande plus le port obligatoire du casque à vélo. Une décision pleine de bon sens, à mon avis.

Vous savez ce qui m’horripile le plus dans le vieux débat sur l’obligation de porter le casque ? Trop souvent, je trouve qu’on met tous les cyclistes dans le même paquet. Allez hop, le casque obligatoire pour tout le monde ! Comme si le vélo était un sport dangereux en tout lieu et en toutes circonstances. Comme s’il n’y avait pas de nuances possibles.

Patrick Duquette

L’amour au prix fort

CHRONIQUE / « Elle me disait qu’elle m’aimait. »

C’est facile de juger les gens qui se font prendre dans des stratagèmes amoureux sur le Web. On se dit qu’ils sont naïfs de succomber aux ruses grossières des fraudeurs.

Patrick Duquette

Pas si néfastes, les jeux vidéos

CHRONIQUE / Vous savez tout le mal qu’on dit des jeux vidéos. Le discours ambiant en fait une espèce de maladie honteuse. Ils sont néfastes pour la santé, créent une dépendance, propagent des stéréotypes sexistes et racistes. Quand ils n’incitent pas carrément à la violence… Au mieux, c’est une perte de temps, un plaisir coupable, une activité pour meubler les vides de la vie quotidienne.

Or voilà qu’une prof en cinéma de l’Université Carleton vient d’écrire un livre capable de nous réconcilier — un peu ! – avec les jeux vidéos. Plutôt qu’un moyen d’échapper à la réalité, les jeux vidéos viendraient reproduire des sentiments, des émotions, des états d’âme qu’on ressent dans la vraie vie, avance Aubrey Anable, auteure de Playing with Feelings. Mieux, les jeux vidéos sont en voie de devenir la forme d’expression artistique la plus importante du XXIe siècle. Un art à part entière, au même titre que la peinture, le cinéma ou la littérature le furent à d’autres époques.

Candy Crush Saga, ce jeu populaire qui consiste à ordonner des bonbons colorés, serait donc une forme… d’art ?

Pas nécessairement, reconnaît Aubrey Anable. N’empêche que ce jeu, auquel elle s’adonnait pour tuer le temps dans l’autobus, a été le point de départ de ses recherches. « Je voyais tout le monde jouer à ces jeux-là. Mais peu de gens s’intéressaient au véritable rôle qu’ils jouaient dans nos vies. On avait tendance à les écarter rapidement. Un chroniqueur du New York Times les qualifiait de «blank spaces». Des espaces vides. Je n’étais pas d’accord. »

En étudiant ces jeux « occasionnels » comme Saga Crash, Plants vs Zombie ou Diner’s Dash, elle a découvert un parallèle étonnant avec la vie quotidienne. Le but est toujours le même : remettre de l’ordre dans le chaos. Dans Candy Crush, ce sont des bonbons qu’il faut remettre en ordre. Dans Diner’s Dash, il faut gérer un restaurant bondé de monde. Dans tous ces jeux, le joueur n’a pas sitôt réussi à ramener l’ordre que le chaos renaît, sans cesse grandissant.

Comme dans la vraie vie, quoi. L’ordre règne quand on se lève. Puis le petit refuse de s’habiller. Le boss nous attend avec une urgence imprévue. Faut aller porter le char au garage. Passer chercher du lait. Aller chercher le petit malade à la garderie. Entre deux affaires à régler, on joue à un jeu vidéo qui nous propose, lui aussi, de ramener de l’ordre dans le chaos. 

Aubrey Anable y voit une sorte d’humour pervers, une critique sociale de nos vies passées à courir comme des fous sans jamais en voir la fin. Malgré tout, un jeu comme Candy Crush demeure un refuge contre les tracas du quotidien. « C’est que le jeu nous donne des objectifs simples à atteindre et on est récompensés immédiatement pour nos efforts. Alors que dans la vraie vie, les objectifs à atteindre sont compliqués, et la gratification, pas immédiate. »

Alors que les jeux vidéos sont souvent dévalorisés et considérés comme une perte de temps, Aubrey Anable les voit devenir un art à part entière, avec ses propres codes et modes d’expression. « C’est une forme d’expression qui se différencie du film et du roman qui deviendra de plus en plus importante au cours des prochaines années », prédit-elle. Le cinéma aussi, à son époque, a mis du temps à acquérir ses lettres de noblesse. « On disait que les films, ce n’était pas de l’art, parce que ça servait à faire de l’argent. Plus personne ne sert ce genre d’argument aujourd’hui. Tout le monde admet que le cinéma est une forme d’art. C’est aussi vrai pour les jeux vidéos. Il y a des créateurs de jeux indépendants à Montréal, Ottawa et ailleurs, qui utilisent les jeux vidéos comme moyen d’expression. À Ottawa, une artiste se sert du vieux jeu Space Invaders pour faire une critique de la colonisation des peuples autochtones. »

La morale de cette histoire ? La prochaine fois que vous jouerez à Candy Crush, faites-le sans arrière-pensée. « Il n’y a pas de raison de se sentir coupable ! », assure Aubrey Anable.

Patrick Duquette

Les amitiés extraordinaires de Gil

CHRONIQUE / C’est une capsule vidéo d’une minute à peine qui montre un gars en train de passer la vadrouille dans un dépanneur. Une capsule qui devrait être d’une banalité sans nom et qui, pourtant, ne l’est pas.

Il y a dans la douceur des images, dans le texte aussi qui les accompagne, une sorte de poésie qui accroche le regard. De cette scène plus qu’ordinaire se dégage quelque chose d’extraordinaire. Et il faut un moment avant de comprendre à quoi tient la magie de cette série documentaire diffusée depuis peu sur les médias sociaux et qui s’intitule Mon ami Gil.

Patrick Duquette

D’un scandale à l’autre

CHRONIQUE / Vu d’ici, c’est complètement débile ce nouveau chapitre du débat sur les armes à feu aux États-Unis. Le président Donald Trump reçoit des victimes endeuillées par les armes dans un salon de la Maison-Blanche. Et qu’est-ce qu’il propose comme solution aux fusillades à répétition dans les écoles ? D’armer les profs, en tout cas, ceux qui savent se servir d’une arme.

C’est fou, cette escalade de l’armement. Qu’est-ce que ce sera la prochaine fois ? Un malade débarque dans une école avec une mitraillette. Le prof n’aura qu’un revolver pour répliquer. Qu’est-ce qu’on proposera alors ? D’équiper les écoles avec des bazookas ? D’inclure des gilets pare-balles dans la liste des fournitures scolaires ? De creuser des tranchées dans la cour d’école ?

Patrick Duquette

Dangereux pour les patients, le temps supplémentaire

CHRONIQUE / On parle beaucoup ces jours-ci des conditions de travail pénibles des infirmières dans les hôpitaux du Québec. Or un chercheur de l’Université de Sherbrooke a fait des découvertes intéressantes de ce côté.

Lui-même un ancien cadre du réseau québécois de la santé, Christian Rochefort a démontré que le recours systématique au temps supplémentaire et à du personnel moins qualifié est dangereux pour les patients.