Patrick Duquette

Comment anéantir l’Ontario français

CHRONIQUE / Au fil du temps, j’ai appris que les Franco-Ontariens possèdent un redoutable talent pour l’autodérision. Un talent très utile lorsque vient le temps de répliquer à la non moins redoutable romancière et chroniqueuse Denise Bombardier.

Vous le savez, Mme Bombardier a créé des vagues d’un bout à l’autre du pays en déclarant à la populaire émission Tout le monde en parle qu’à peu près toutes les communautés francophones du pays avaient disparu. C’est faux, et il s’en est trouvé quelques-uns pour le lui dire.

Patrick Duquette

Mourir avant son temps

CHRONIQUE / Avez-vous lu cette histoire à briser le cœur concernant l’aide médicale à mourir ?

Une dame de la Nouvelle-Écosse, atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, a choisi de devancer la date de sa mort à jeudi de cette semaine — même s’il lui reste encore plusieurs semaines de qualité à vivre.

Audrey Parker, une résidence d’Halifax, est encore pleine de vitalité. S’il n’en tenait qu’à elle, la femme de 57 ans préférerait repousser le jour de l’injection létale à l’an prochain, ce qui lui permettrait de passer un dernier Noël avec les siens.

Mais elle craint que la progression du cancer ou encore l’effet de ses médicaments la prive subitement de la parole ou de sa lucidité. Du coup, elle perdrait aussi le droit à l’aide médicale à mourir. La loi canadienne stipule qu’une personne doit être en mesure de donner son consentement éclairé au médecin au moment même où celui-ci s’apprête à lui faire l’injection mortelle.

« Et moi, je ne veux pas courir ce risque, je ne veux pas manquer ma chance de recevoir l’aide à mourir », a confié Mme Parker au Globe and Mail. La dame a donc fixé la date de sa mort au 1er novembre. Elle avait prévu ingérer un dernier repas — des œufs bénédictines au homard — avant de monter dans sa chambre pour y mourir, entourée de ses proches. Le tout en déplorant amèrement que la loi canadienne l’oblige à quitter cette terre plus tôt qu’elle ne le souhaitait.

L’ironie, c’est que cette exigence légale d’un consentement éclairé immédiatement avant de recevoir l’aide à mourir a été pensée comme un garde-fou. On voulait éviter des dérapages, tout en donnant la possibilité au patient de changer d’idée à la dernière seconde. En pratique, cette disposition provoque des souffrances inutiles, voire inhumaines. Elle va à l’encontre de l’esprit même de la loi qui est de rendre la mort des grands malades plus digne et plus douce. 

C’est complètement absurde que des gens atteints d’un mal incurable, comme Mme Parker, se sentent obligés de sacrifier du temps de qualité avec leurs proches pour éviter de perdre leur droit à l’aide à mourir. C’est tout aussi idiot que des patients très malades cessent de prendre leurs médicaments antidouleur pour demeurer lucides jusqu’au moment fatidique — endurant dans l’intervalle des souffrances atroces et inutiles.

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Le cas de Mme Parker soulève en fait la délicate question du droit des personnes inaptes à recevoir l’aide médicale à mourir. Un sujet complexe, entre autres parce qu’il est impossible de confirmer le désir de mourir à partir d’un certain stade de la maladie. On pense par exemple aux personnes atteintes d’Alzheimer. 

Ni au Canada ni au Québec, on a voulu étendre l’aide médicale aux gens atteints de démence. Sans doute par prudence, mais aussi pour s’assurer d’obtenir un maximum d’adhésion aux nouvelles législations. Mais il faudra un jour ou l’autre se pencher sur cette épineuse question. La réalité va nous rattraper bien assez vite. Le quart des personnes de 85 ans et plus a des chances de souffrir d’Alzheimer. 

Avec le vieillissement de la population, il y en aura de plus en plus. La pression sur les CHSLD et les proches aidants deviendra vite intenable.

Dans ce débat, il est particulièrement intéressant d’entendre ce que les proches aidants ont à dire. Une étude de l’Université de Sherbrooke est éclairante à ce sujet. 

Près de 78 % des proches aidants, ceux-là même qui prennent soin des gens atteints d’Alzheimer, ont soutenu que s’ils avaient eux-mêmes la maladie, ils rédigeraient une demande préalable d’aide à mourir. 

Est-ce la voix du gros bon sens qui se fait entendre à travers eux ?

Patrick Duquette

La guerre derrière les écrans

CHRONIQUE / La cybersécurité ? C’était pour moi une notion abstraite jusqu’à ce je sois victime d’un vol d’identité, il y a quelques années.

L’affaire s’était réglée sans trop de conséquences fâcheuses grâce à la vigilance de mon institution financière. Quelques coups de téléphone aux agences de crédit, une plainte à la police, et je pensais ne plus en entendre parler. Pour plus de sûreté, j’avais instauré une alerte sur mon dossier de crédit chez Équifax.

Patrick Duquette

Les démons du pot

CHRONIQUE / Le pot? «Avoir su, je n’aurais jamais touché à ça!», laisse tomber Ulrique Collin, un Gatinois de 36 ans atteint de schizophrénie paranoïde.

Une des craintes formulées dans la foulée de la légalisation du cannabis au Canada, c’est que sa consommation augmente le risque de développer des maladies mentales. Or pour Ulrique Collin, il est clair que la substance a accéléré l’apparition de sa maladie alors qu’il fréquentait l’école secondaire de l’Île dans les années 1990.

«Le pot a été le déclencheur», affirme-t-il.

Lui qui entendait déjà des petites voix dans sa tête au début de l’adolescence a senti les symptômes s’accentuer après avoir fumé ses premiers joints de pot dans la cour d’école. Il s’est mis à entendre des voix de plus en plus pressantes. Des voix souvent effrayantes, alors qu’il n’arrivait plus à discerner la ligne entre ses hallucinations et le monde réel.  

«Tout avait l’air vrai dans ma tête. Quand tu crois dur comme fer que le diable te parle, c’est assez épeurant!», a-t-il raconté à un auditoire venu l’entendre raconter son histoire à la cafétéria de l’UQO, plus tôt cette semaine, dans le cadre de la semaine de la santé mentale.

Après ses premiers joints de cannabis, les voix ont enflé au point de devenir un choeur obsédant et destructeur. Il avait l’impression que le monde entier complotait contre lui. Il a cessé de faire du sport et de voir ses amis, sa paranoïa le poussant même à douter de ses parents.

La souffrance l’a poussé à consommer de plus en plus et à attenter à ses jours. Il a plongé dans une psychose si sévère qu’il a cru ne jamais en sortir.

Il aura fallu un séjour prolongé à l’Institut psychiatrique Pinel de Montréal, de même que des années de traitements et de thérapie avant qu’il reprenne le dessus sur la schizophrénie. 

Après son rétablissement, il est devenu pair-aidant pour l’organisme L’Apogée de Gatineau. À ce titre, il vient en aide bénévolement à l’entourage des personnes affectées par des troubles graves de la santé mentale.

Patrick Duquette

On se calme le pompon

CHRONIQUE / Entre 200 et 300 élèves de la polyvalente de l’Île sont sortis manifester jeudi matin. Sont pas contents de partager leur école avec les élèves sinistrés de Mont-Bleu. Pas contents du double horaire décidé dans l’urgence par la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO).

Les jeunes de de l’Île auraient voulu avoir leur cours le matin, et pas l’après-midi. Ils auraient voulu avoir voix au chapitre dans la décision prise par la CSPO. « La solidarité, on veut bien !, nous a expliqué une jeune manifestante de 15 ans. On veut bien leur donner du pain (aux sinistrés), mais sont pas obligés de partir avec tout le repas ! »

Patrick Duquette

Un avertissement du ciel

CHRONIQUE / Quand l’alarme de tornade a retenti sur mon cellulaire vendredi, ma fille mangeait son macaroni dans la cuisine. Ma fille qui a peur du vent et des orages. Chaque fois que la maison craquait à cause d’une rafale, elle rentrait la tête dans les épaules. « C’est quoi ce bruit, papa ? » T’en fais pas ma chérie, c’est juste le vent qui souffle. Je la rassurais, sûr de mon fait, sans me douter qu’à quelques kilomètres de chez moi, des vents furieux arrachaient des toits et jetaient des maisons à terre dans le Mont-Bleu et à Dunrobin.

Plus tard, j’ai vu ce père de famille à la télé. Il racontait comment la tornade a arraché le toit de son logement, dans le Mont-Bleu. Il a retenu le bras de sa fille pour éviter qu’elle parte au vent. La pluie rendait sa prise humide et glissante. Juste au moment où le père allait lâcher prise, le vent a cessé. Je le regardais pleurer à la télé. C’était à vous arracher le cœur. De le voir ainsi revivre les événements, son bras droit levé vers le ciel comme s’il essayait encore de retenir la petite. Une petite qui, comme la mienne, a peur des bourrasques.

Patrick Duquette

Pas tellement éclairant, non

CHRONIQUE / Qu’est-ce qu’on retient de ce premier débat des chefs ?

En tout premier lieu, l’air bête de Mme Chagnon de Mirabel qui a confié d’entrée de jeu aux chefs sa peur de finir dans un CHSLD surchauffé et malodorant comme son mari de 83 ans. Et surtout, sa suave réplique au modérateur Patrice Roy qui lui demandait si les réponses des chefs l’avaient éclairée.

« Pas tellement », a-t-elle lâché – sans se départir de son air de bœuf.

La réponse de Mme Chagnon, qui est vite devenue un mot-clic sur les médias sociaux – #pastellement – a vite résumé l’esprit de ce débat.

Je plains le pauvre citoyen qui essayait de comprendre quelque chose aux échanges très techniques des chefs sur la rémunération des médecins ou le développement de l’industrie éolienne en Gaspésie.

Les candidats donnaient souvent l’impression d’être plus préoccupés à se prendre en défaut et à se traiter de menteurs qu’à éclairer l’électeur moyen sur leurs propositions électorales. Ce n’est rien pour arranger l’opinion de plus en plus répandue, malheureusement, que les politiciens vivent dans des tours d’ivoire et qu’ils sont déconnectés de la réalité.

En tout cas, il n’y a sûrement pas que Mme Chagnon qui avait envie de dire qu’elle n’avait « pas tellement » été éclairée par ce premier débat des chefs. Rien n’est perdu, il y en aura deux autres d’ici l’élection du 1er octobre.

On a aussi beaucoup parlé de l’Ontario, invoqué à maintes reprises comme une sorte de paradis où tout est mieux qu’au Québec, avec un système de santé plus efficace et des impôts moins accablants. Mon Dieu, ont-ils oublié Doug Ford et ses politiques trumpesque ? Et comme l’a souligné Jean-François Lisée, ça coûte 50 $ par jour pour envoyer ton enfant à la garderie.

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Qui a gagné ce débat ?

François Legault devait démontrer qu’il est le candidat du changement et qu’il a la prestance d’un premier ministre. Mais a-t-il seulement parlé de changement ? À part son engagement d’offrir la maternelle 4 ans, qui a été dénoncé par tous ses adversaires, il ne s’est pas clairement distingué sur ce front-là.

Philippe Couillard devait défendre son bilan, et il l’a fait sans grande conviction. Il a rappelé que plus de Québécois avaient un médecin de famille. « Ça donne quoi d’avoir un médecin de famille s’il n’est pas disponible quand tu es malade ? », lui a souligné François Legault. En Outaouais, bien des gens ont dû se reconnaître dans cette réplique…

Le premier ministre sortant a mis du temps à se réchauffer. M. Couillard a semblé désarçonné quand Jean-François Lisée, qui a été comme on s’y attendait le plus à l’aise dans ce débat, l’a accusé de manquer de compassion envers les patients victimes du système de santé. M. Couillard a répliqué… en citant des chiffres. Pas exactement le meilleur moyen d’avoir l’air de compatir à la douleur des autres.

Philippe Couillard a paru se dégeler un peu sur le thème de l’économie. Avec le plein-emploi et une économie qui roule à plein régime au Québec, il avait de quoi se péter les bretelles. Mais c’est toujours difficile pour un premier ministre de s’attribuer les mérites d’une bonne performance économique, surtout quand l’économie mondiale en général va bien.

Manon Massé ? La co-porte-parole de Québec Solidaire n’a pas su marquer ce débat comme savait le faire Françoise David. Et puis, c’est facile de régler tous les problèmes des CPE, des écoles, des urgences et de l’environnement quand tu as autant de millions à dépenser que Québec Solidaire. Lorsqu’est venu le temps de parler d’environnement, c’est cependant elle qui a paru la plus sincère.

« On s’en va droit vers un mur », a-t-elle dit. Malgré leurs belles paroles, les autres chefs n’étaient visiblement pas animés par la même urgence d’agir pour contrer les changements climatiques. Quant au débat sur l’immigration, dont on attendait des étincelles, il est demeuré au ras des pâquerettes.

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Le gagnant ? 

Certainement pas l’électeur moyen qui a dû ressortir de ce débat dans le même état de confusion que Madame Chagnon.

Patrick Duquette

Vol de guerre à Gatineau

CHRONIQUE / Dire que des ti-culs de 19-20 ans partaient à la guerre dans ces gros avions-là. J’ai fait une virée à 200 milles à l’heure dans le ciel de Gatineau, lundi matin, à bord d’un vieux bombardier de la Seconde Guerre mondiale.

L’avion est à Gatineau pour une semaine dans le cadre d’une tournée nord-américaine. Il s’agit d’un B-25 Mitchell toujours en parfait état de marche, 75 ans après ses premières missions de guerre.

L’appareil est de toute beauté avec son fuselage métallique souligné de bleu pâle. Les aviateurs de l’époque avaient baptisé leur appareil Maid in the Shade. D’ailleurs, ils ont peint la plantureuse ménagère en question, langoureusement étendue sous le cockpit.

Patrick Duquette

L’envahisseur québécois

CHRONIQUE / La dame au bout du fil en a long à dire contre les Québécois de plus en plus nombreux qui vont se faire soigner dans des hôpitaux de l’Ontario pour éviter les attentes à l’urgence.

« Ça n’a plus de bon sens. Les Québécois sont en train d’envahir nos hôpitaux. Des hôpitaux que nous payons avec nos taxes d’Ontariens », s’emporte Gisèle Léger, 74 ans, de Saint-Isidore dans l’Est ontarien.

Patrick Duquette

On leur doit bien ça

CHRONIQUE / Le sénateur André Pratte se dit « consterné » de constater que personne au gouvernement fédéral n’ait été tenu responsable du désastre de Phénix. Il a raison !

C’est ce que j’écrivais après le dépôt du rapport du vérificateur général Michel Ferguson en mai dernier. Ce fiasco n’est la faute de personne et de tout le monde en même temps. Ce qui revient un peu au même.

Plutôt que de pointer des personnes du doigt, le vérificateur général avait préféré invoquer un problème de « culture » à l’intérieur de l’appareil gouvernemental.

Les cadres chargés de mettre en place le nouveau système de paie des employés fédéraux étaient à ce point obnubilés par le respect du budget et des échéanciers qu’ils en ont oublié toute prudence.

Même quand il est devenu évident que le train Phénix fonçait à toute vitesse vers un mur, ces cadres ont préféré mentir à leurs supérieurs plutôt que de lever le drapeau rouge.

Avec les conséquences que l’on sait : un système de paie qui devait permettre d’économiser 70 millions par année coûtera au moins 2,2 milliards juste à « stabiliser ».

C’est sans compter les coûts humains du fiasco et la facture pour remplacer éventuellement Phénix par un autre système plus fiable.

Bref, le sénateur André Pratte a raison de déplorer que personne n’ait été tenu responsable de la débâcle.

En même temps, le comité sénatorial qui s’est penché sur le fiasco Phénix, et dont il faisait partie, a peu fait pour identifier des responsables. Même s’il en avait le pouvoir, ce comité piloté par Percy Mockler a choisi de ne pas faire comparaître les trois cadres responsables de l’implantation de Phénix, ceux-là mêmes qui ont omis de lever les drapeaux rouges quand il en était encore temps.

Les sénateurs ont eu peur que leur comité se transforme en tribunal. Et qu’en rejetant la faute sur trois gestionnaires, on passe à côté du problème plus large de la « culture de gestion » et du manque de mécanisme de surveillance indépendants qui ont miné le projet Phénix. L’argument est valable. Il y avait effectivement un danger que les sénateurs aient l’air de se lancer dans une chasse aux sorcières.

Il reste qu’on est passé à côté d’une belle occasion en refusant de faire témoigner des acteurs clés de la débâcle. Leur comparution aurait permis de clarifier cette fameuse culture de gestion, cette « peur de l’erreur » qui a fait dérailler Phénix et qui demeure pour l’instant un concept intangible.

Or comment changer une culture qu’on est incapable de définir avec clarté ? Une culture, faut-il le rappeler, dont l’existence même est niée par Michael Wernick, grand patron de la fonction publique fédérale et greffier du conseil privé.

Au moins, les sénateurs tentent de remettre un peu d’imputabilité dans l’affaire Phénix.

Des milliers de fonctionnaires vivent encore dans l’incertitude et ignorent le moment où ils seront payés correctement. Le comité sénatorial recommande au gouvernement de s’engager formellement envers ses employés en leur disant à quel moment leurs problèmes de paie seront réglés une fois pour toutes. Se fixer des cibles de la sorte, même au risque de se compromettre, c’est une bonne idée. Le gouvernement fédéral doit bien ça à ses employés.