Patrick Duquette

Dans la vie comme au poker

CHRONIQUE / Plus j’écoutais le maire Maxime Pedneaud-Jobin, plus il m’apparaissait clair que Gatineau joue son va-tout avec son projet de train léger dans l’ouest. La Ville et ses partenaires y vont all-in, comme on dit au poker.

Le maire se donne d’ici aux élections fédérales de l’automne pour boucler le financement de son train léger de 2,1 milliards qui partirait d’Aylmer pour se rendre jusqu’au centre-ville d’Ottawa via les ponts Alexandra et Prince-de-Galles.

Patrick Duquette

Prêt à se battre pour son fils

CHRONIQUE / Il y a ce père, Michel Bourque, qui me téléphone l’autre jour. Il s’inquiète de voir dépérir son grand garçon atteint de schizophrénie.

Son fils qui s’appelle Jean*, 26 ans. C’est le cannabis qui a déclenché les premières psychoses, qui a plongé ce petit garçon brillant, allumé, dans une spirale infernale. Pour faire taire les voix qui le hantent, il va consommer toutes sortes de cochonneries, en plus de mener une vie de plus en plus dissolue, d’un appartement à un autre, puis d’un trou à un autre, allant même jusqu’à vivre dans les rues de Montréal, en plein hiver.

Ce qui a peut-être sauvé la vie de Jean, c’est justement qu’il était devenu un danger pour sa propre personne. Depuis maintenant presque trois ans, par ordre de la cour, il est suivi par le système de santé. Enfin, suivi... C’est justement le problème, le père ne sait pas trop s’il est suivi et bien suivi. Il m’a montré deux photos de Jean prises à un an d’intervalle. Le contraste est frappant entre le beau jeune homme de la première, et le zombie amaigri, cerné, livide, de la seconde.

Jean habite dans une résidence supervisée par des travailleurs sociaux qui sont censés s’assurer qu’il prend ses médicaments. Mais il a des rechutes. Et si le père le sait, ce n’est pas parce que le système de santé l’en avise. C’est parce que le cellulaire de son fils pète. « C’est mon signal d’alarme », m’a-t-il expliqué. Juste dans la dernière année, Jean a passé 7 ou 8 cellulaires. Là-dessus, il a été hospitalisé 4 ou 5 fois. Chaque fois, le père est descendu de Montréal pour comprendre ce qui se passait.

Jean vit dans une résidence supervisée pour personnes « autonomes ». Le personnel s’assure qu’il prend son médicament. Pour le reste, il s’arrange seul. Et c’est bien là le problème, selon son père. La dernière fois qu’il est venu le visiter, la toilette était bouchée, l’odeur était insupportable, des déchets et des canettes vides traînaient partout dans l’appartement surchauffé. Jean couchait par terre, à côté d’une pile de vêtements jetés pêle-mêle, le chauffage réglé à fond. Il se fait cuire du bœuf haché directement sur le rond de poêle…

L’appartement typique d’un schizophrène qui ne va pas bien, mais pas bien du tout.

Juste ça, le chauffage à fond, l’appartement immonde, le fait que Jean se nourrit à grands coups de boissons caféinées aurait dû sonner une cloche. Mais non. Après chaque rechute, son père a remarqué que les séjours à l’hôpital s’écourtaient, que Jean était renvoyé à son appartement encore groggy, sous l’effet de puissants médicaments. 

« Avant de le laisser à lui-même, faudrait l’accompagner davantage, lui réapprendre à faire son lit le matin, à préparer sa bouffe, raconte son père. Là, c’est comme s’il était un plongeur coincé au fond de la mer et que tu le remontais d’un coup, sans faire les paliers. Il capote pas à peu près ! »

Le père voudrait placer son fils dans une chambre de réadaptation. Mais les places sont rares en Outaouais, et les listes d’attente à l’avenant. Il a tenté d’en savoir plus auprès du psychiatre de son fils, de son avocat, de l’avocat du CISSSO… À cause des règles de confidentialité, il n’a pas accès au dossier médical et les professionnels ne peuvent lui parler librement. Vous imaginez la frustration pour un père qui cherche à aider son fils ?

Michel Bourque m’a invité à visiter la place où Jean habite. Un bel endroit, propre, avec sécurité. Jean est venu nous rejoindre à la réception. Le même gars au teint livide que sur la photo. Il a refusé que je rentre dans son appartement. Son père y est allé seul. Je suis resté avec Jean, visiblement déstabilisé par ma présence. « T’es bien ici ? », ai-je risqué. « Oui », a-t-il répondu, sans me regarder, en buvant nerveusement son Coke.

Je trouve Jean chanceux d’avoir un père qui se bat pour lui obtenir des services. Qui a porté plainte auprès du CISSSO. Qui a écrit au ministre délégué à la Santé. Qui ne lâche pas le morceau une seconde. C’est bien beau les droits des patients. Mais c’est anormal qu’ils empêchent des proches de leur venir en aide. Je plains les autres, les damnés de la terre, qui n’ont pas comme Jean la chance d’avoir des parents prêts à se battre pour eux.

* nom fictif

Patrick Duquette

Que s’est-il passé?

CHRONIQUE / Est-ce que la tragédie d’OC Transpo, qui a fait 3 morts et 23 blessés vendredi, a miné la confiance de la population envers le transporteur public ?

C’était la grande question au lendemain de la tragédie, alors que la compétence de la conductrice, de même que la sécurité des autobus à deux étages se retrouvent sur la sellette.

Patrick Duquette

Mieux vivre avec l’immigration

CHRONIQUE / « Immigrants sans toit », titrait la une du Droit de vendredi. D’une certaine manière, le phénomène des migrants, qui bouleverse profondément l’Europe et les États-Unis, est en train de rattraper Gatineau par la bande.

Voilà que des organismes peinent à loger les réfugiés qui arrivent à Gatineau, surtout les familles nombreuses. Faute de place, une famille syrienne de 5 enfants loge dans un organisme communautaire. Une autre, qui s’en venait à Gatineau, a été détournée vers Sherbrooke. Avec un taux d’inoccupation d’à peine 1,2 %, la région est en train de plonger dans une crise du logement comme au début des années 2000.

Patrick Duquette

Je comprends Claude Bonhomme, mais...

CHRONIQUE / Je comprends Claude Bonhomme de s’opposer au prolongement des heures de fermeture des bars au centre-ville de Gatineau. Avoir son vécu, je penserais probablement comme lui.

L’ex-conseiller municipal, qu’on a surnommé le «Elliott Ness» de la promenade du Portage, a connu la sombre époque des bagarres entre Anglos et Francos à la fermeture des bars dans les années 1980 et 1990.

Patrick Duquette

Un vent d’ambition

CHRONIQUE / C’est rafraîchissant de discuter avec le nouveau ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau. Mathieu Lacombe a de l’ambition pour sa région. Une ambition qu’il n’hésite pas à exprimer spontanément, et sans complexe, en entrevue éditoriale avec LeDroit.

Le jeune élu caquiste et son parti ont promis de grandes choses à l’Outaouais. Un nouvel hôpital de 170 lits, une autoroute 50 plus sécuritaire et à 4 voies, de nouveaux programmes en éducation postsecondaire, un train léger dans l’ouest de Gatineau, et j’en passe.

Patrick Duquette

Patiner dans les bois

CHRONIQUE / Jamais Dave Mayer n’aurait osé rêver d’un tel succès populaire. L’entrepreneur en construction a eu une idée folle en 2016 : aménager un sentier glacé de 3 km en pleine forêt, sur sa terre de Lac-des-Loups, en Outaouais. « Je m’attendais à avoir peut-être 3000 personnes la première année. Mais il en est venu 20 000 », raconte-t-il.

Au départ, son épouse Monique Robert et lui souhaitaient simplement partager la beauté du terrain boisé qui jouxte leur résidence et propriété familiale depuis 200 ans. M. Mayer s’est donc équipé d’un camion de pompier et d’une Zamboni pour entretenir sa patinoire en forêt. Avec l’appui du maire de l’époque, il a glacé son sentier, sans savoir si le public allait répondre à l’appel.

Or ils sont venus. En masse. Des vieux, des jeunes, des familles, en provenance surtout d’Ottawa et de Gatineau. Mais aussi des touristes qui ont eu vent de cet endroit extraordinaire via les réseaux sociaux ou par des amis. Des gens venus d’aussi loin que de l’Angleterre, l’Australie ou Israël, séduits par cette idée de patiner en pleine nature, entre les épinettes et les pins blancs, à 60 km de la capitale canadienne.

« Il y a des gens de Londres qui sont venus chez nous pour goûter spécifiquement ce qu’ils appelaient l’expérience canadienne. C’est drôle, parce qu’à la fin de leur séance de patinage, ils ont dit : tant qu’à être ici, aussi bien aller visiter Ottawa. C’est juste à côté », raconte M. Mayer en riant de bon cœur.

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Patrick Duquette

Des choix insignifiants

CHRONIQUE / Jean-Paul Perreault s’impatiente parce que la Ville de Gatineau tarde à honorer la mémoire des auteurs Bernard Assiniwi et Serge Dion. Le président d’Impératif français n’a pas tort de taper du pied.

Au rythme où se développe la Ville de Gatineau depuis 15 ans, les occasions n’ont pas manqué d’honorer la mémoire de ces deux personnalités marquantes de la sphère culturelle, que ce soit en baptisant à leur nom une nouvelle rue, un nouveau parc ou un nouvel édifice.

Dans le style grandiloquent qu’on lui connaît, M. Perreault accuse la Ville de manquer à son « devoir de mémoire » en « laissant pourrir dans son cimetière de noms » d’importantes figures locales. Je trouve qu’il y va fort (M. Dion n’est décédé qu’en 2013 !), mais sur le fond, je partage largement sa frustration.

Lorsque vient le temps d’attribuer de nouveaux noms de rue ou d’endroit, la Ville de Gatineau fait encore trop souvent le choix de l’insignifiance. Pas toujours, mais souvent. Sa banque de toponymie regorge pourtant de figures locales ou de dénominations qui évoquent avec force le patrimoine, les métiers, la faune, la flore ou la géologie propre à notre région.

Un exemple d’insignifiance ?

La dernière fois que le comité exécutif de la Ville de Gatineau a attribué de nouveaux noms de rues, c’était en avril 2018, dans le quartier du Plateau de la capitale. Je vous donne le nom des rues en mille : la rue de Saint-Pétersbourg, la rue d’Anvers, la rue de Rotterdam, la rue de Liverpool, la rue de Dunkerque…

Des noms prestigieux de grandes villes européennes qu’on devine choisis parce qu’ils sonnent bien dans un bureau des ventes. Un petit condo sur la rue de Saint-Pétersbourg, Monsieur, Madame, ça vous dirait ? À moins que vous préfériez une maison en rangée sur la rue de Rotterdam ?

Comment ces noms européens, sans aucun espèce de rapport avec l’histoire locale et les gens d’ici, ont-ils pu passer le test du comité de toponymie ? Ça me dépasse. Le choix des noms de rue ne devrait pas se faire en fonction d’aider des vendeurs de maisons à mieux péter de la broue auprès de leurs clients.

Un autre exemple d’insignifiance ? Quand est venu le temps de baptiser le nouveau parc du Plateau, la Ville de Gatineau a pris la peine de consulter la population. Les gens ont soumis une vingtaine de suggestions. Des bonnes et des moins bonnes. Après avoir soupesé le pour et le contre, quel nom a retenu le comité de toponymie ?

Le parc… Central. 

Zéro originalité. Zéro consonance locale. Pour désigner un parc pas si central que cela. Et quand je vous parlais de pétage de broue : l’un des arguments retenus en faveur du nom « parc Central », c’est qu’« il avait été repris par les entreprises Junic pour désigner le nouveau projet de construction domiciliaire situé à proximité du parc ». Je n’invente rien, je vous cite, mot pour mot, le rapport du comité de toponymie.

L’autre nom en lice pour le parc central, c’était le parc des Forestières. Une désignation qui aurait rendu hommage aux femmes anonymes ayant contribué, de près ou de loin, à l’industrie du bois dans la région. Voilà qui aurait été un choix plus signifiant.

Ceci dit, la Ville de Gatineau n’est pas toujours mal inspirée en matière de toponymie, loin de là.

Toujours dans le quartier du Plateau, le comité exécutif a attribué à une rue le nom de Seto en 2017. Vous vous demandez de quelle sorte d’oiseau il s’agit? C’est le nom de la première famille d’origine chinoise d’Aylmer. Le père a eu un restaurant sur la rue Principale pendant la crise économique des années 1930. Ses fils ont contribué à la petite histoire sportive locale. Voilà un choix de nom intéressant et évocateur.

Jean-Paul Perreault en met plus que le client en demande quand il accuse la Ville de Gatineau de manquer à son « devoir de mémoire ». Mais il y a matière à amélioration, aucun doute là-dessus.

Chroniques

La vie sans écrans

CHRONIQUE / L’idée m’a traversé l’esprit alors que nous étions chez ma sœur, l’autre jour, avec le beau-frère, les cousins, les cousines… Nous étions rassemblés autour de la table, riant et parlant fort, à jouer à ce jeu de dés qui ressemble au bridge et dont j’oublie le nom. C’était le bonheur et je me suis dit : on est-tu bien, des fois, sans nos écrans.

Tout à coup, il n’y avait plus que le plaisir d’être ensemble qui comptait. Sans sonnerie pour interrompre à tout moment les conversations. Sans les regards furtifs sur le cellulaire pour vérifier une liste de courriels, un statut Facebook ou la dernière notification qui vient d’entrer.

Patrick Duquette

Quel genre d’hôpital voulez-vous ?

CHRONIQUE / Vous savez que la CAQ a promis de bâtir un troisième hôpital urbain à Gatineau ? Le projet serait déjà bien sur les rails, à en croire le ministre régional, Mathieu Lacombe. Il attend un rapport d’expert avant d’en dire plus sur l’endroit où serait construit ce nouvel établissement de 170 lits.

Justement, avant que le projet ne soit déjà si avancé qu’il ne reste plus rien à décider, je trouve qu’on devrait consulter la population sur le futur hôpital de l’Outaouais.

On devrait laisser la chance aux gens de donner leur avis sur ce projet au lieu de tout leur imposer — comme on l’a fait avec cette réforme Barrette qui a vidé les régions au profit de l’urbain, en plus de paralyser l’administration pendant des années.

C’est un beau projet de société, un nouvel hôpital. Une belle occasion de mobiliser la population. Un projet rassembleur qui a le potentiel d’attirer des spécialistes de la santé, mais aussi de la main-d’œuvre en quête d’une région bien desservie en matière de soins de santé.

Peut-être qu’on serait surpris de ce que les gens ont à dire sur nos hôpitaux. Qui sait, les gens en ont peut-être marre des hôpitaux beiges et gris, aseptisés et sans âme ? Je comprends qu’un hôpital est un lieu très spécialisé et qu’on ne peut pas le concevoir n’importe comment. L’aspect fonctionnel et sécuritaire doit primer sur le reste. 

Mais on n’a rien à perdre à demander l’opinion des gens. Ne serait-ce que pour les mobiliser autour d’un projet de cette ampleur. En Outaouais, les gens sont habitués de chialer contre le système de santé. C’est presque rendu un sport national.

En les consultant sur un projet d’hôpital, on leur donnerait l’occasion de s’exprimer dans un contexte plus constructif. Il y a peut-être là une belle occasion d’insuffler un peu d’espoir dans le débat autour des soins de santé.

Surtout que la santé est un domaine qui soulève les passions en Outaouais. La dernière fois qu’on a construit un nouvel hôpital dans l’urbain, c’était l’hôpital de Gatineau au début des années 1980. Il y a près de 40 ans !

Un débat public permettrait aussi à la population de se prononcer sur l’urgence même de construire un troisième hôpital urbain. Tout le monde s’entend sur le fait qu’il manque de lits de courte durée dans la région. Mais la solution passe-t-elle vraiment par ce troisième hôpital ? 

L’Outaouais manque cruellement de personnel médical pour combler les besoins dans les hôpitaux existants. On entend que les infirmières sont débordées et à bout de souffle. Un troisième hôpital qui manque d’infirmières et de personnel médical, aussi beau soit-il, n’ira pas très loin.

Et puis, est-ce que l’apparition d’un nouvel hôpital en zone urbaine ne relancerait pas les querelles de médecins qui ont suivi la fusion des deux hôpitaux de Gatineau ? Plusieurs se posent la question.

Je suis convaincu que les gens de l’Outaouais auraient des propositions ou des suggestions à soumettre si on se donnait la peine de les consulter.

L’exercice s’impose, surtout qu’il n’y a pas eu réellement de débat public autour de ce nouvel hôpital que la CAQ a sorti de son chapeau de magicien durant la dernière campagne électorale.