Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
La pandémie ne frappe pas les régions du Québec avec la même intensité. Or, pour ne pas compliquer les choses, le premier ministre préconise que le même calendrier scolaire s’applique à la grandeur du Québec.
La pandémie ne frappe pas les régions du Québec avec la même intensité. Or, pour ne pas compliquer les choses, le premier ministre préconise que le même calendrier scolaire s’applique à la grandeur du Québec.

Pas toujours un cadeau les congés supplémentaires

CHRONIQUE / François Legault ne veut manifestement pas jouer le rôle du «Grinch» qui priverait les Québécois de leur Noël. Il veut sauver la fête. S’il décide de prolonger les vacances des écoliers, souhaitons que son gouvernement déploie les moyens nécessaires pour que les jeunes passent une année scolaire digne de ce nom et n’accumulent pas davantage de retard à cause de la pandémie.

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Je veux bien. Toutefois, à écouter lundi le premier ministre en conférence de presse, on pouvait croire qu’ajouter une ou deux semaines de vacances à l’habituel congé des Fêtes n’avait que des conséquences heureuses et ne causait aucun préjudice ou difficulté aux enfants, aux parents, au personnel des écoles.

Le bien-être des jeunes, la réussite éducative et le calendrier scolaire, cela ne pesait pas lourd.

Même si M. Legault a déclaré maintes fois depuis septembre qu’il tenait à ce que les écoles restent ouvertes, la venue prochaine du père Noël et de la fée des étoiles ébranle sa détermination. 

Certes, il faut toujours lutter contre la propagation du virus et éviter que nos hôpitaux soient débordés en janvier et contraints à faire des choix déchirants entre les malades à traiter.

Il est vrai aussi que les autorités doivent parfois jeter du lest pour éviter que les Québécois se découragent et négligent les consignes sanitaires. Se montrer moins rigide sur les rassemblements familiaux permet à l’équipe caquiste de ne pas se mettre des électeurs à dos.

Ce n’est pas simple cependant de trouver un juste équilibre. 

Lorsque le gouvernement présentera son plan de sauvetage de Noël 2020, il sera important qu’il puisse démontrer qu’il ne viendra pas exacerber ou créer des problèmes sur d’autres fronts. 

Les jeunes des écoles primaires et secondaires, particulièrement ceux en difficulté et ceux de milieux défavorisés, ne doivent pas payer la note d’un congé de quatre semaines le reste de l’année et tout au long de leur parcours scolaire.

Québec ne peut faire fi des retards d’apprentissages accumulés par des enfants depuis le printemps dernier. Même après plus de trois mois de présence en classe, le rattrapage n’est pas complété et les difficultés persistent pour certains.

Pour des enfants qui éprouvent des difficultés, une interruption d’enseignement de plusieurs semaines signifie qu’il faut recommencer, au mieux réviser, avant de passer à d’autres apprentissages. 

Des profs et des directeurs d’école vous parleront aussi d’écoliers complètement désorganisés après une absence de deux jours de l’école, leur famille étant incapable de les encadrer et de veiller sur eux le temps d’une fin de semaine. Pour eux, plus de congés aux Fêtes ce n’est pas vraiment un cadeau. 

Autre réalité, la pandémie ne frappe pas les régions du Québec avec la même intensité. Or, pour ne pas compliquer les choses, le premier ministre préconise que le même calendrier scolaire s’applique à la grandeur du Québec.

Une seule directive est certes plus simple à comprendre et à appliquer. Mais, elle enlève du même coup à des enfants vivant hors des zones rouges la possibilité de passer une année scolaire «normale». 

Si Québec va de l’avant avec l’idée d’allonger le congé scolaire, qu’a-t-il prévu par ailleurs pour les parents qui ne peuvent se permettre de prendre des semaines supplémentaires de vacances ou de travailler de la maison? 

Les services de garde scolaires seront ouverts, a avancé le premier ministre. Une forte fréquentation de ceux-ci risque pourtant de réduire l’effet protecteur que recherche Québec en allongeant le congé scolaire. 

Comment et quand seront repris les jours de classe transformés en congés supplémentaires des Fêtes? Les parents et le personnel ont besoin d’avoir rapidement une réponse à cette question. C’est une chose de planifier les vacances de Noël et le nombre de couverts au réveillon, c’en est une autre de concilier obligations familiales et travail.

Québec n’est pas la seule province à jongler avec la prolongation des vacances des Fêtes. L’Ontario a rejeté ce scénario mercredi. Le ministre ontarien de l’Éducation a indiqué qu’une pause plus longue n’était pas nécessaire pour restreindre la propagation de la COVID-19. 

Au Québec, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge mentionnait en octobre en entrevue qu’il ne voyait pas comment l’ajout de congés pourrait contribuer à la réussite éducative. Il soutenait de plus ne pas vouloir baisser la barre ou niveler par le bas à cause de la pandémie.

Reste à voir comment cette position peut s’arrimer à celle du premier ministre et à celle de la santé publique.