Le «pas tellement» de Mme Chagnon illustre une chose : ce ne sont pas les débats télévisés des chefs qui vont offrir des solutions satisfaisantes à un électorat désabusé.

Pas tellement?

CHRONIQUE / «Pas tellement…»

Cette répartie de Raymonde Chagnon à qui l’animateur Patrice Roy a demandé si elle était satisfaite de la réponse des chefs à sa question a fait le tour des médias. Mais entre vous et moi, à quoi s’attend-on d’un débat télévisé où les politiciens ont 45 secondes chacun pour répondre à des questions complexes, avant d’en débattre dans une cacophonie désagréable?

L’intervention de Mme Chagnon n’était pas une question, c’était un appel de détresse. Après avoir vu la situation pénible de son mari dans un CHSLD, la dame a dit avoir «peur» de terminer ses jours dans ce genre d’établissement parce qu’elle n’a pas les moyens d’aller dans une résidence privée. Mais à quoi s’attendait-on? Que les chefs promettent un transfert à son mari dans une «maison des aînés» de la CAQ ou une résidence privée aux frais de l’État? Que Jean-François Lisée dise que ça irait mieux dans un Québec souverain? Que Manon Massé ajoute un autre milliard $ au cadre financier de Québec solidaire?

Nous avons tous peur de la perte d’autonomie qui afflige l’être humain avant son décès. Et ce n’est pas le changement de nom des CHSLD qui va changer les choses. Ce dont les gens ont besoin à cette période de leur vie, c’est de services attentifs et efficaces pour les accompagner. Et ça, ce n’est pas simple quand le vieillissement de la population impose un fardeau accru aux institutions, et que la pénurie de main-d’œuvre, associée à des conditions de travail difficile, fait qu’on manque de bras dans ce genre de résidence.

Le «pas tellement» de Mme Chagnon illustre une chose : ce ne sont pas les débats télévisés des chefs qui vont offrir des solutions satisfaisantes à un électorat désabusé. Ces rencontres hautement médiatisées sont des spectacles où le but des participants est de faire bonne impression et de dénigrer les adversaires. Je ne dis pas que c’est inutile. Ça montre la personnalité des chefs, leur capacité de débattre et surtout de convaincre. Mais la formule utilisée jeudi soir d’inviter des gens à venir exposer leurs problèmes personnels et d’exiger une réponse en 45 secondes n’était pas idéale. Pas plus, d’ailleurs, que celle de laisser les chefs s’entrecouper continuellement, sans avoir le temps de terminer leurs phrases. Ça donne peut-être des spectacles plus divertissants, mais ça n’ajoute rien à l’information transmise.

Est-il possible de revoir la formule? Dans un monde politique où les enjeux sont généralement très complexes, on gagnerait à laisser aux chefs le temps de s’expliquer convenablement, pour permettre ensuite à des experts de faire le point sur ce qu’ils nous présentent.

Pour le reste, j’ai trouvé bizarre, jeudi soir, d’entendre autant de références au modèle ontarien. On semble avoir oublié bien rapidement que le gouvernement de Kathleen Wynne vient de subir une cuisante défaite aux mains d’un Doug Ford populiste et démagogue. Faut croire que ça n’allait pas si bien que ça chez nos voisins ontariens… 

Par ailleurs, j’ai été déçu de constater à quel point les questions environnementales avaient été escamotées pendant ce débat. En fin de semaine dernière, ma chronique sur le sujet m’a valu 50 courriels de lecteurs inquiets des changements climatiques et désireux de voir nos politiciens s’y intéresser davantage. Cinquante courriels pour une seule chronique, c’est énorme. Mais c’est comme si nos politiciens tenaient pour acquis qu’il n’y a rien de plus à faire. Combien d’ouragans, d’incendies et de vagues migratoires de plus faudra-t-il pour nous convaincre que le temps presse?