Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Malgré des salles d’attente vides et une blessure apparente à la tête, André n’a pu se faire soigner à deux cliniques «sans rendez-vous», car... il n’avait pas de rendez-vous.
Malgré des salles d’attente vides et une blessure apparente à la tête, André n’a pu se faire soigner à deux cliniques «sans rendez-vous», car... il n’avait pas de rendez-vous.

Pas de «sans rendez-vous» sans rendez-vous

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Si vous débarquez dans une clinique sans rendez-vous avec la tête fendue, avec des serviettes sur le front pour juguler le saignement, vous vous attendez à ce que quelqu’un regarde ça.

Surtout s’il n’y a pas un chat dans la salle d’attente.

C’est aussi ce que croyait André, 73 ans, quand il s’est pointé tôt un dimanche matin de décembre à la Clinique médicale Saint-Louis près de chez lui. Une heure plus tôt, il s’était levé du lit trop vite, avait perdu pied et sa tête était venue frapper la table de chevet. Après avoir repris ses esprits, André a vu que le sang giclait à partir de son arcade sourcilière gauche.

Il hésitait à appeler l’ambulance, s’est dit qu’il était capable de se rendre à la clinique en voiture, il savait qu’il y a du sans rendez-vous. «Au Québec, on ne cesse de nous demander d’éviter d’engorger les urgences. C’est à cela que j’ai d’abord pensé en choisissant de me rendre à la clinique.» 

Il s’y est donc rendu avec un œil, une main tenant le volant, l’autre pressant la serviette et le Ice Pack.

«J’arrive à la Clinique Saint-Louis, je me dirige vers l’étage du sans rendez-vous, me raconte André par courriel. Il est 7h45, c’est ouvert, aucun client dans la salle d’attente. QUEL BONHEUR me dis-je! Un jeune homme est au comptoir d’accueil. Je le salue et je tente de lui expliquer le pourquoi de ma présence, avec ma main gauche tenant le Ice Pack et les serviettes sur le côté de mon front. J’ai bien dit : “je tente d’expliquer”, car le charmant jeune homme m’a interrompu en me demandant : “À quelle heure, votre rendez-vous?”»

André, évidemment, n’en avait pas.

Voyez-vous, il n’avait pas de rendez-vous pour le sans-rendez-vous, c’est comme ça que ça fonctionne dans plusieurs cliniques maintenant, il faut appeler la veille ou aux petites heures pour avoir une place. Le préposé, ne reculant pas devant l’absurdité de la situation, a dit à André qu’il aurait dû en prendre un la veille, qu’il pouvait en prendre un pour le lendemain.

On se rappelle que l’homme devant lui saigne de la tête.

Voyant le regard ébaubi d’André, le préposé finit par lui suggérer de tenter sa chance au sans rendez-vous de la clinique à Place de la Cité. Cinq minutes plus tard, «j’arrive, toujours avec mon Ice Pack et mes serviettes (qui ont commencé à rougir…) sur le front. Il est 8h05, il n’y a personne dans la salle d’attente... Quelle chance! Un autre charmant jeune homme me reçoit en me demandant machinalement : “À quelle heure, votre rendez-vous?”»

Rebelote. «Il m’explique lui aussi que, sans rendez-vous, je ne peux pas m’assoir dans la salle d’attente du sans rendez-vous et que je dois quitter l’endroit.» André bout. «Dans ma tête, je revois l’affiche de garder son calme, sinon on peut fermer votre dossier et vous interdire la clinique! Je vais exploser, mais je me retiens!»

Le préposé «a la bonté de m’indiquer qu’il y a un hôpital, en face». Alors André, qui voulait éviter d’aller engorger l’urgence, y aboutit, toujours avec ses serviettes et son Ice Pack. Et là, finalement, quelqu’un s’occupe de lui. Au CHUL, on lui a fait passer des radiographies pour s’assurer que sa boîte crânienne est intacte, on a vérifié sa pression.

Il est ressorti avec sept points de suture.

Et bien des questions. À quoi sert une clinique sans rendez-vous s’il faut un rendez-vous pour s’y pointer? Je suis allée voir sur le site Web des deux cliniques. À la clinique Saint-Louis, quand on clique sur «sans rendez-vous», on est dirigé vers une page «prendre rendez-vous». À la Cité médicale de Sainte-Foy, il faut cliquer sur «prendre rendez-vous au sans rendez-vous».

Je suis allée voir d’autres cliniques, même affaire.

Pour désengorger les urgences, on repassera. «Même le personnel du CHUL a été surpris que les cliniques aient refusé de me traiter, il y a plusieurs dangers qui me guettaient après ma chute du lit et le coup à la tête. Je me demande quelle est la responsabilité d’une clinique qui refuse de recevoir et de traiter un patient malgré une blessure évidente à la tête et qui saigne. J’aurais pu avoir une perte de conscience, un accident d’auto ou quoi d’autre? Et si j’avais eu un accident d’auto, la clinique aurait-elle été responsable des conséquences de m’avoir refusé un traitement?»