L’église Saint-Roch subit présentement d’importants travaux.

Pas de salut sans aide publique

CHRONIQUE / Croire que le diocèse peut faire beaucoup plus pour les églises et le patrimoine religieux tient d’un vœu pieux.

Il n’y a pas tant d’argent caché dans les jubés et les sacristies. Les fabriques de Québec sont ici comme ailleurs plus souvent qu’autrement dans le rouge. Leurs revenus déclinent, leur fréquentation est famélique et les coûts d’entretien ne cessent de croître.

Il est difficile de penser changer la donne avec l’argent de la vente des églises excédentaires, comme le suggère le maire de Québec.

Le produit de ces ventes sert déjà à éponger les dettes des fabriques et à entretenir les églises restantes.

L’idée d’une «fiducie d’utilité sociale» pour veiller sur les églises patrimoniales part d’une bonne intention et semble faire consensus.

Mieux vaut une vision cohérente et à long terme que des décisions à la pièce dans l’urgence et l’émotion du moment.

Mais une fiducie, aussi imaginative soit-elle, nous ramènera toujours au même problème, fondamental : qui va payer?

La ville de Québec vient de promettre 15 millions $ en 10 ans pour huit églises et fait sa large part pour éteindre les feux (ex : clocher de l’église Saint-Sauveur). Le gouvernement du Québec mettra aussi 15 millions $, ce qui en fera 30. 

C’est significatif, mais pas assez, constate John Porter, dans le rapport du Groupe de travail sur la préservation du patrimoine à caractère religieux.

On aimerait que les églises soient financées par leurs fidèles, des mécènes, entreprises privées ou dons particuliers, mais il y a longtemps qu’on sait le patrimoine religieux en danger et ça ne s’est pas beaucoup bousculé au porche. Reste l’argent public.

Depuis des décennies, le Québec a déployé beaucoup d’imagination pour recycler des églises. 

On nous cite d’ailleurs en exemple dans le grand rapport sénatorial de 2015 sur le financement des lieux de culte en France. (1) 

Salles de spectacles, école de cirque, bibliothèques, résidences, centre funéraire, commerces, salles de sport, musées, etc. 

Le Québec n’a pas eu de tabous ou de jugement moral sur l’utilisation des anciennes églises. 

On note cependant que l’argent public a souvent été nécessaire pour réussir ces conversions. Il risque d’en être encore ainsi à l’avenir.

Ne reste qu’à définir les modalités. 

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En France, les villes et communes sont depuis 1905 propriétaires des 40 000 églises catholiques et en assument l’entretien. Les 87 cathédrales sont aussi propriété de l’État. Là comme ici, la disproportion est grande entre le nombre d’églises et la pratique religieuse, mais il est difficile de dire non.

L’aide publique y sert non seulement à conserver des lieux de culte, mais à en construire de nouveaux. 

Ce soutien n’empêche pas que plusieurs centaines d’églises y sont menacées faute d’entretien adéquat.

En Grèce et en Belgique, l’État paie des salaires au clergé, ai-je lu dans La Croix, qui a dressé en 2012 un portrait du financement des églises en Europe.

En Allemagne, des länders consacrent aux églises jusqu’à 9 % de l’impôt sur le revenu. 

Au Danemark, pays modèle de l’urbanisme, l’Église nationale (luthérienne) perçoit un impôt pouvant atteindre 1,5 % des revenus, etc.

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Une telle aide publique pour des «opérations» religieuses serait impensable ici.

Soutenir des bâtiments patrimoniaux qui ont marqué l’histoire et le paysage des villages et quartiers, n’a par contre rien d’immoral. Ça semble même inévitable.

(1) Les collectivités territoriales et le financement des lieux de culte, Hervé Maurey, Sénat, 2015