La décision de Doug Ford nous renvoie au discours classique des gens qui n’ont que l’économie en priorité : pour eux, une taxe sur le carbone augmente les coûts de production de nos industries, donc leur capacité concurrentielle à l’international.

Pas de changements climatiques en Ontario…

CHRONIQUE / Prévisible, mais tellement décevant : l’Ontario se retire du marché du carbone. Il fallait un Ford, de la famille automobile du même nom, pour nous infliger une telle décision. Je comprends que le nouveau premier ministre ontarien en ait fait une promesse électorale, mais on aurait pu espérer qu’il y réfléchisse un peu, qu’il analyse soigneusement la question avant d’aller de l’avant. Mais non.

Nous avons vécu la même déception lorsque Donald Trump a retiré son pays de l’accord de Paris sur les changements climatiques. Mais au moins, les États américains ne le suivent pas tous dans sa décision. C’est différent dans le cas de l’Ontario : toute la province devra suivre la politique du gouvernement de la province.

«Nous sommes la première génération à constater les changements climatiques, et nous sommes la dernière génération qui peut faire quelque chose à ce sujet», avait déclaré Barack Obama à la Conférence de Paris. Tous les espoirs semblaient alors permis. Les leaders de la planète semblaient convaincus qu’il fallait agir, et qu’il en coûterait beaucoup moins cher d’intervenir immédiatement au lieu de ne rien faire et d’attendre les dégâts. L’autre grande conclusion de cette conférence était que le virage vers les énergies vertes entraînerait la création de nouveaux secteurs industriels très payants pour les pays qui accepteraient de le prendre.

Doug Ford n’était pas à Paris. Je parie qu’il n’a même pas suivi les travaux de cette conférence. Mais peu importe, sa décision nous renvoie au discours classique des gens qui n’ont que l’économie en priorité : pour eux, une taxe sur le carbone augmente les coûts de production de nos industries, donc leur capacité concurrentielle à l’international. Elle cause aussi une hausse du prix de l’essence à la pompe, ce qui est vrai. Mais qui a dit que la lutte aux gaz à effet de serre se ferait sans difficultés et sans investissements de la part des gouvernements, des entreprises et des individus? Personne! Il était clair, à Paris, que la réduction des GES demanderait des efforts considérables à tous les niveaux. Alors vous comprenez que si un pays riche comme le Canada se dit incapable d’assumer sa part de cet effort international, personne ne le fera.

Le plus surprenant, c’est que le gouvernement ontarien devra dépenser une fortune pour sortir du marché du carbone. Les entreprises ontariennes ont déjà investi 2,9 milliards $ pour acquérir les droits d’émission sur ce marché auquel l’Ontario s’était joint, aux côtés du Québec et de la Californie. Or il leur est maintenant interdit de revendre ces droits ou crédits puisque leur province s’en retire. Elles pourraient donc réclamer une forme de compensation auprès de leur gouvernement. Une belle bataille juridique en perspective.

D’autre part, Doug Ford devra s’engager dans une longue querelle avec le gouvernement Trudeau qui imposera sa taxe sur le carbone à compter du 1er janvier, aux provinces qui n’en auront pas. Doug Ford entend contester cette taxe jusqu’à la Cour suprême. À moins que les tribunaux n’ordonnent au fédéral de surseoir à l’application de cette nouvelle taxe, ce qui n’est pas acquis, le gouvernement Ford verra celui d’Ottawa empocher et redistribuer à sa guise des revenus qui auraient normalement dû être encaissés par la province.

Si les politiciens sont incapables de mener la lutte contre les changements climatiques, il faudra s’en remettre aux nouvelles technologies pour réduire les émissions. Il se fait de belles choses de ce côté, mais ce sera trop tard. Si ce ne l’est pas déjà…