La quasi-totalité de l’allocution d’Alexandre Cloutier, mardi matin, pourra être reprise intégralement dans un an ou deux, s’il décide de postuler à nouveau la direction du Parti québécois.

Partir pour mieux revenir

CHRONIQUE / Ce n’est pas vrai qu’on quitte la politique à 40 ans parce que la route du parc jusqu’à Québec est longue ou épuisante. Quand on a voulu devenir chef de son parti à deux reprises et qu’on n’a plus la motivation nécessaire pour continuer, c’est parce qu’il n’y a plus de grands projets à l’horizon.

À cet égard, la décision d’Alexandre Cloutier de quitter la politique à la fin de son mandat est un constat d’échec pour le Parti québécois (PQ). C’est une admission cruelle que Jean-François Lisée n’a aucune chance de former le gouvernement aux prochaines élections.

Ce n’est pas le cas d’Agnès Maltais ou de Nicole Léger. Toutes deux dans la soixantaine, et après un cancer dans le cas de Mme Léger, il est normal que les deux députées veuillent passer à autre chose et de laisser la place à la relève. Mais le cas de M. Cloutier est différent: il ne voit plus de défi pour lui au sein de l’équipe de Jean-François Lisée.

Il demeure pourtant un passionné de la politique, au point de révéler qu’il pourrait y revenir. «Mes premiers chapitres en politique sont donc écrits, bien qu’en toute sincérité, à 40 ans, je suis incapable d’exclure qu’il y en ait d’autres».

Je vous prédis qu’il y en aura d’autres. En fait, la quasi-totalité de l’allocution d’Alexandre Cloutier, mardi matin, pourra être reprise intégralement dans un an ou deux, s’il décide de postuler à nouveau la direction du Parti québécois. «La politique, tel qu’elle se pratique aujourd’hui, correspond moins à mes idéaux. La partisanerie banalise nos institutions, elle tue l’esprit d’initiative, vise inutilement à tisser des barrières, souvent des barricades de façade, qui ne résistent pas à l’épreuve du temps.»

Question: pourquoi faut-il attendre les démissions pour entendre ce genre de propos de la part de nos élus? C’est tellement dommage…

Je vous passe une autre citation de Cloutier qu’il pourra utiliser à son retour: «Le défi de la politique de demain est de viser davantage sur ce qui unit, marquer l’union plutôt que la division, rassembler les gens qui veulent construire le Québec ensemble, sans aléas d’étiquettes qui divisent d’emblée…»

Vous ne trouvez pas que ça ressemble à un discours de candidature au leadership? Moi si. Alexandre Cloutier a compris que s’il désire revenir un jour en politique, il vaut mieux de projeter l’image d’un candidat du renouveau, et non pas celle du membre malheureux d’une équipe battue aux élections. À son âge, il a le temps d’attendre une défaite des libéraux ou même la fin d’un éventuel gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Au fond, il est parti pour mieux revenir.

Somme toute, l’annonce de ces démissions la même journée ont été un moment difficile à passer pour Jean-François Lisée. Mais il valait mieux le passer plus tôt que tard. Le chef aura l’occasion de se reprendre ce mercredi, lors de l’annonce de la candidature de Nathalie Leclerc, la fille de Félix.

Il y aura d’autres annonces similaires, notamment au Parti libéral qui cherche lui aussi à faire de la place pour la relève. Mais ce qu’on a vu dans les annonces au PQ, c’est le début des rouages menant au déclenchement officiel de la campagne électorale. À cette étape, tous les chefs ont besoin de connaître les intentions de leurs députés, afin de savoir où présenter leurs recrues.

Le défi des partis, dans ce contexte, est de préserver les acquis. C’est notamment le cas pour le PQ dans Taschereau, ce «village gaulois» qui a résisté à tous les assauts sous Agnès Maltais. Mais la majorité de la députée a été réduite à 451 voix aux dernières élections. S’il fallait que le «village» tombe aux mains des «Romains» de la CAQ ou du PLQ, ce serait dramatique pour Jean-François Lisée.