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Léa Martin
Les Coops de l'information
Léa Martin
Depuis quelques mois, OnlyFans semble être sur toutes les lèvres, mais beaucoup de gens ne savent pas de quoi il s’agit.
Depuis quelques mois, OnlyFans semble être sur toutes les lèvres, mais beaucoup de gens ne savent pas de quoi il s’agit.

OnlyFans: sexe, indépendance et lien social

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CHRONIQUE / À son passage à Tout le monde en parle dimanche dernier, Hélène Boudreau, l’étudiante poursuivie par l’UQAM pour avoir montré sa poitrine sur sa photo de finissante et l’avoir diffusée en ligne, a affirmé gagner près de 100 000$ par mois grâce au contenu qu’elle produit sur OnlyFans. Après une ou deux blagues un peu lourdes de la part des animateurs de l’émission, une question retentit dans mon salon: «mais c’est quoi exactement Onlyfans?», me demande mon père. 

Il est vrai que depuis quelques mois, OnlyFans semble être sur toutes les lèvres, mais beaucoup de gens ne savent pas de quoi il s’agit. Pas de panique mes technonéophytes! Pour vous, je suis allée parler à des connaisseuses, histoire de vous expliquer un peu tout ça!

En gros, OnlyFans est un site d'abonnement qui permet aux créateurs de contenu de monétiser ce qu’ils font (avec des abonnements mensuels ou des pourboires). La plateforme voit le jour en 2016, mais ça fait environ deux ans qu’on en entend parler dans les médias grand public. On peut y trouver des influenceurs fitness, des chefs, des musiciens, mais pour être franche, la majorité du contenu disponible est plutôt NSFW (not safe for work). 

Étant beaucoup moins restrictif que d’autres réseaux sociaux, OnlyFans est très vite devenu un refuge pour les créateurs de contenus pour adulte. Une réalité qui est exacerbée depuis le début de la pandémie qui a précarisé plus que jamais les travailleurs et travailleuses du sexe. 

OnlyFans est un site d'abonnement qui permet aux créateurs de contenu de monétiser ce qu’ils font avec des abonnements mensuels ou des pourboires.

Qui est là-dessus? 

Des personnes majeures et vaccinées. Autant des travailleuses du sexe aguerries que des amateurs en passant par les influenceurs et les stars internationales. D’ailleurs, l’actrice Bella Thorne avait fait beaucoup parler l’été dernier alors qu’elle a amassé 1 million de dollars en une journée sur la plateforme. Un événement qui a poussé Onlyfans a limiter le prix des abonnements mensuels à 49.99$ US… Mais bon, il ne faut pas croire que tout le monde fait des millions sur Onlyfans. 

« Il n’y a personne dans mon entourage qui fait autant de cash qu’Hélène », indique Stella* propriétaire du compte Instagram et du OnlyFans @pourunex. Étudiante à la maîtrise, elle publiait déjà des photos osées et des poèmes sur Instagram, mais Onlyfans lui permet de partager plus de contenu sans censure. 

« Une composante positive de Onlyfans, c’est qu’il y a une plus grande liberté de choix, de l’horaire et du contenu publié, explique la directrice des communications de l’organisme Les 3 sex* , Mylène de Repentigny-Corbeil. Ça met de l’avant l’agentivité et “l’empowerment’’ des travailleurs et travailleuses du sexe ».

C’est aussi une plateforme qui permet de normaliser le fait de payer pour du contenu sexuel sur internet. Parce que oui, tout le monde (ou presque) consomme du contenu pornographique, mais quand il vient temps de payer, c’est une autre histoire. OnlyFans retient 20% des revenus générés par les abonnements sur son site. Ça peut sembler beaucoup, mais pour les femmes à qui j’ai parlé, ce n’est pas si cher payé pour les services offerts par le site qui rend leur travail plus simple et sécuritaire. 

Un emploi prenant 

« À 8 heures du matin, la première chose que je fais, c’est ouvrir mon ordi et je reste connectée toute la journée », raconte Stella. « Je viens d’atteindre les 100 fans et je crois que c’est aussi parce que je suis très disponible. C’est omniprésent dans ma vie », ajoute-t-elle. Pour la jeune femme qui a décidé de préserver son anonymat sur ces différentes plateformes, OnlyFans est un projet temporaire qu’elle compte garder jusqu’à la fin de ses études. 

Pour Geneviève, ou @missmilord sur Instagram, c’est une passion qui pourrait devenir un emploi à temps plein. « J’ai un travail, mais je m’emmerdais », dit-elle en riant. « J’aime m’afficher, je dirais que je suis un peu exhibitionniste, et j’avais des demandes pour en montrer plus», ajoute-t-elle. 

Ça fait maintenant un mois qu’elle est sur la plateforme qui lui a permis d’amasser quelques centaines de dollars. En plus de sa carrière, de sa vie de couple et de sa vie de famille, Geneviève passe deux à trois heures par jours à entretenir sa relation avec ses fans. « Je suis bien à l’aise avec ça. Mes collègues et mon conjoint sont au courant », précise-t-elle. « Je vais avoir 40 ans, je crois que les choix que je fais sont réfléchis, mais c’est certain qu’il faut savoir se défendre quand on reçoit des demandes insistantes pour jouer dans des films X ou que tu prennes des clients par exemple ». 

Il ne faut pas penser qu’il suffit de publier quelques photos pour se bâtir une communauté, et ça, les deux femmes avec qui j’ai parlé en ont bien conscience. « C’est un travail exigeant, c’est quelque chose de quotidien, indique Mylène de Repentigny-Corbeil. Il faut mettre du contenu, penser au type de format, interagir avec les fans. Comme n’importe quels réseaux sociaux, pour avoir du succès, il faut être constamment présent».

Socialiser en pandémie

Lors d’une période aussi solitaire que celle que nous sommes en train de vivre, ce type de plateforme devient également une source de lien social, autant pour le client que pour les créatrices de contenu. « Je suis une personne très sociale, j’adore les gens et en période de COVID je me suis retrouvée toute seule chez nous », raconte-t-elle. Grâce à la plateforme, elle a pu entrer en contact avec des gens qui apprécient son contenu et son art. « C’est vraiment d’interagir avec les gens qui me fait tripper […] ça me permet de passer au travers de la pandémie ».

Pour Geneviève, c’est aussi une façon de se sentir désirable. « On sort plus, on a plus le regard, le désir des autres. Ça va faire 15 ans que je suis en couple. Quand on sort au restaurant, on se met belle, on a un jeu de séduction qui est présent qu’on n'a plus maintenant », explique-t-elle. « J’ai aussi des gars qui m’envoient des photos et qui me demandent comment je les trouve ». 

Ce que je retiens de ces entretiens, c’est que la plateforme permet beaucoup de liberté, démocratise d’une certaine façon le travail du sexe, mais peut à la fois l’invisibiliser. Le moteur de recherche n’est pas fait pour trouver facilement les petits créateurs. Les premières pages mises de l’avant sont souvent les moins sexuelles ou les comptes de stars comme celui de Cardi B. 

Mylène de Repentigny-Corbeil précise aussi que comme les réseaux sociaux sont à l’image de notre société, les travailleurs et travailleuses du sexe ne sont pas à l’abri de discriminations sur leur page. 

Je crois que ce que confirme OnlyFans, c’est notre besoin d’authenticité et d’interactions humaines dans un monde à la fois connecté, mais distancé. Et vous, vous voyez-vous payer pour ce type de contenu en ligne? 

*pseudonyme utilisé sur le web