On se calme le pompon

CHRONIQUE / Entre 200 et 300 élèves de la polyvalente de l’Île sont sortis manifester jeudi matin. Sont pas contents de partager leur école avec les élèves sinistrés de Mont-Bleu. Pas contents du double horaire décidé dans l’urgence par la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO).

Les jeunes de de l’Île auraient voulu avoir leur cours le matin, et pas l’après-midi. Ils auraient voulu avoir voix au chapitre dans la décision prise par la CSPO. « La solidarité, on veut bien !, nous a expliqué une jeune manifestante de 15 ans. On veut bien leur donner du pain (aux sinistrés), mais sont pas obligés de partir avec tout le repas ! »

Et vive la solidarité…

J’aurais aimé saluer ces jeunes pour exercer leur droit démocratique de manifester. Je leur dirai plutôt de réfléchir avant de ruer dans les brancards. Un droit démocratique vient avec la responsabilité de réfléchir un peu, rien qu’un peu, avant d’en user.

En faisant la baboune parce qu’ils devront partager leurs locaux avec les élèves de Mont-Bleu, les jeunes manifestants ont surtout eu l’air d’une bande de bébés gâtés. Ils ne susciteront la sympathie de personne en faisant une sortie à l’emporte-pièce contre des élèves qui ont, dans certains cas, perdu leur foyer dans la tornade. Pire, ils amènent de l’eau au moulin à ceux qui prétendent que notre société individualiste produit des enfants centrés sur leur petite personne (et sur leur téléphone intelligent !)

Je ne crois pas que notre jeunesse soit pétrie d’égoïsme au point d’oublier toute valeur de solidarité et d’entraide. Ce n’est pas la jeunesse que je connais. Surtout pas à la polyvalente de l’Île qui dessert un quartier défavorisé. Certains manifestants nous disaient d’ailleurs travailler le soir pour aider leur famille à boucler le budget. Ces ados ne correspondent pas tout à fait au profil du bébé gâté. Et pourtant c’est l’image qu’ils ont projetée en sortant en meute, jeudi matin.

C’est dommage, mais il n’est pas trop tard pour se reprendre.

Des élèves ont promis de former un comité d’accueil aux élèves de Mont-Bleu qui viendront étudier à de l’Île vers le 9 octobre. À les entendre, on a compris qu’ils souhaitaient leur bloquer la route. Plutôt que de leur brandir le poing, ils causeraient une belle surprise en leur tendant la main.

La décision de la CSPO de déménager les 1500 élèves de Mont-Bleu à la polyvalente de l’Île a aussi mécontenté des parents et des professeurs qui verront leur quotidien chamboulé par cette décision.

Ce qui n’a pas arrangé les choses, c’est que la décision de la CSPO de réserver la plage du matin aux élèves de Mont-Bleu a été prise entre autres pour accommoder ses 300 élèves inscrits en sports-études.

Pourquoi le sort de 3000 étudiants se décide-t-il en fonction d’une minorité de privilégiés ? se sont indignés des parents sur les médias sociaux. La question est pertinente.

Le directeur de la CSPO, Jean-Claude Bouchard, a expliqué qu’il lui était impossible de faire autrement sans chambouler les horaires de 50 à 60 professeurs impliqués. Il dit avoir pris la meilleure décision pour éviter un ingérable chaos.

N’oublions pas que la tornade a pris tout le monde par surprise. La CSPO a dû agir vite pour relocaliser les élèves de Mont-Bleu. Elle n’a pas eu le temps de défendre et d’expliquer sa décision qui devait tenir compte d’une foule d’éléments complexes. Les parents ont raison de se montrer inquiets. Leurs questions sont légitimes. La CSPO a promis d’y répondre la semaine prochaine.

En attendant, on se calme le pompon, d’accord ?