Jean-Marc Salvet
Tout le monde déconfine graduellement. Le Québec pouvait difficilement faire bande à part, y compris dans la région de Montréal, qui demeure un point rouge sur la carte du Canada et même sur celle du monde.
Tout le monde déconfine graduellement. Le Québec pouvait difficilement faire bande à part, y compris dans la région de Montréal, qui demeure un point rouge sur la carte du Canada et même sur celle du monde.

On espère que ça va bien aller, mais on n'en sait rien

CHRONIQUE / On espère que ça va bien aller. On l’espère, mais on n’en sait rien.

Tout le monde déconfine graduellement. Le Québec pouvait difficilement faire bande à part, y compris dans la région de Montréal, qui demeure un point rouge sur la carte du Canada et même sur celle du monde.

La santé publique n’est pas une science exacte. C’est une science en quelque sorte politique — dans le bon sens du terme. Elle doit tenir compte de toute une série de facteurs. Et François Legault aussi.

Pour le Grand Montréal, le premier ministre devait prendre en compte l’impatience de nombreux citoyens (et pas seulement des commerçants) et les effets négatifs des restrictions; tout comme il l’avait fait pour le reste du Québec. 

Un peu partout en Occident, on déconfine de plus en plus. Les Québécois le lisent, le voient à la télé, l’entendent à la radio. Difficile, dans ces conditions, de ne pas le faire ici aussi. D’autant que la situation sanitaire paraît s’améliorer.

Mais on ne sait pas si ça ira bien et si ça ira mieux longtemps. Ni les autorités de la Santé publique, ni le premier ministre et son entourage ne le savent. Il existe des risques. M. Legault n’a pas cherché à les éluder.

On ne sait pas si ça va bien aller. Et pour cause : on est encore au tout début de cette pandémie.

Pour les nouvelles étapes qui s’ouvriront et pour la suite des choses, ayons à tout le moins à l’esprit que ce n’est pas seulement la maladie «des autres». Le Dr Michel de Marchie, intensiviste à l’Hôpital général juif, l’a très bien exprimé dans La Presse+ ces derniers jours. Ce n’est pas une maladie qui attaque exclusivement les personnes âgées en CHSLD, a-t-il insisté. Et de relater qu’il a «eu un patient de 34 ans, des femmes enceintes qui ont été très malades, des gens de 40 à 60 ans sans facteur de risque», etc.

Pendant les mois à venir, sans pour autant dramatiser, il faudra être prudent un peu comme si chaque jour était un sursis au milieu de cette épidémie. D’où la nécessité des gestes barrières dont on parle et reparle.

Au moins, ne nuisons pas!

Le tout premier précepte moral dans la vie est tout simple; il est de ne pas nuire — de ne pas nuire aux autres. «Ne pas nuire» est un fondement de nos vies en société. Il doit l’être en tout cas. Alors, ne nuisons pas au moins!

Il faudra être prudent et vigilant pour soi et pour les autres. Il faudra l’être au nom entre autres des préposés aux bénéficiaires, des infirmières, des médecins, de l’ensemble du personnel hospitalier, des soignants en général. Il faudra l’être pour aider notre système de santé à faire inéluctablement ou éventuellement face à une recrudescence des cas de COVID-19 sans qu’il soit submergé et sans qu’il doive abandonner tout le reste.

Le plus difficile sera de ne pas se laisser emporter par l’insouciance estivale. Ce sera de concilier la relative et douce insouciance qu’apporte l’été — relative parce que son degré varie en fonction des sensibilités de chacun, de son milieu de vie, de ses conditions socio-économiques, de son réseau de relations, etc. — et la nécessité de la vigilance constante.

Mais c’est possible avec en tête l’idée de «ne pas nuire». Ça, on le sait.