Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Pendant que la libérale Dominique Anglade opposait les chiffres actuels de contamination de l’Ontario et du Québec, le solidaire Gabriel ­Nadeau-Dubois demandait au gouvernement Legault de s’inspirer des présentations publiques faites par les autorités ontariennes. Ici, le premier ministre ontarien Doug Ford.
Pendant que la libérale Dominique Anglade opposait les chiffres actuels de contamination de l’Ontario et du Québec, le solidaire Gabriel ­Nadeau-Dubois demandait au gouvernement Legault de s’inspirer des présentations publiques faites par les autorités ontariennes. Ici, le premier ministre ontarien Doug Ford.

On aime tous l’Ontario!

CHRONIQUE / Tout le monde aime l’Ontario. En ces temps de pandémie, on envie tous l’Ontario à l’Assemblée nationale du Québec. Tous les partis s’y sont énormément référés cette semaine.

Depuis des lunes, les comparaisons avec l’Ontario portaient essentiellement sur des dossiers économiques : taux de chômage, croissance du PIB et des investissements privés, productivité des entreprises, etc.

Depuis le printemps, c’est en matière de soins de santé que les comparaisons avec l’Ontario vont bon train. Elles ne sont pas à l’avantage du Québec, on le sait.

Mercredi, François Legault a insisté sur l’«exception» que constitue Toronto dans le triste palmarès COVID-19 des grandes villes du Nord-Est américain. Une façon pour lui de dire que ce n’est pas le Québec qui est plus mauvais que les autres, mais la province voisine qui est meilleure.

«Je n’ai pas trouvé jusqu’à présent un expert capable de me donner la recette de Toronto et de l’Ontario», a laissé tomber le premier ministre québécois.

Cet argument de l’exception ontarienne, il l’avait déjà avancé le printemps dernier.

Avec une population bien plus importante que celle du Québec, l’Ontario était déjà omniprésente dans les débats politiques québécois en raison d’un bilan beaucoup moins lourd lors de la première vague.

À toutes les sauces

Cette semaine, pendant que la libérale Dominique Anglade opposait les chiffres actuels de contamination de l’Ontario et du Québec, le solidaire Gabriel ­Nadeau-Dubois demandait au gouvernement Legault de s’inspirer des présentations publiques faites par les autorités ontariennes, car ces dernières dévoilent «les données qui mènent aux décisions».

Dans la même veine, le péquiste Pascal Bérubé a réclamé les avis de la Santé publique du Québec en notant que «Doug Ford a dit qu’il voulait voir les avis avant de fermer les restaurants à Toronto».

En début de semaine, le gouvernement Legault a indiqué avoir adopté le système Alerte COVID en soulignant qu’il avait fait ses preuves en Ontario.

Le ministre québécois de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a évoqué la discipline générale des Ontariens pour expliquer les différences de contamination entre les deux provinces.

Il ne s’agit pas ici d’évaluer la pertinence des arguments des uns et des autres. Tous ne se valent d’ailleurs pas. Il s’agit de constater que tous évoquent l’Ontario. Et pas dans n’importe quel domaine, insistons là-dessus; dans ce qui était censé faire la force du Québec, soit son système de services publics.

Évidemment, chacun a pris le plat du menu ontarien qui lui plaisait le plus. Québec solidaire, qui a vanté la «transparence» ontarienne, n’a pas invoqué la province voisine pour s’opposer pendant quelques jours à l’application Alerte COVID.

L’Ontario à toutes les sauces, mais aux sauces que l’on choisit.

Œil au beurre noir

Ces derniers jours, les partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont fait comme si les relatives bonnes données ontariennes, très enviables jusqu’au milieu de la semaine, n’augmenteraient à peu près jamais. Ne tirons pas de conclusions hâtives sur les comparaisons liées à cette deuxième vague.

Peut-être que le Québec et l’Ontario sont seulement dans des phases différentes de cette seconde vague.

Malgré tout, une chose est certaine : au prorata de la population, ce ne serait vraiment pas tout de suite que les chiffres de l’Ontario pourraient être aussi mauvais que ceux du Québec sur une base par exemple hebdomadaire. C’est déjà significatif en soi.

Une autre chose est absolument certaine : lorsqu’on regarde l’impact de cette pandémie dans ces deux provinces, et qu’on le fait sans oublier notre terrible printemps, la prétendue supériorité étatique et organisationnelle du 

Québec en prend pour son rhume. Elle a pris une claque. Pensons au nombre de morts.

Si le sujet n’était pas aussi grave, si on voulait être léger, on pourrait parler d’une blessure d’amour-propre pour le Québec. Mais c’est beaucoup plus profond et justement bien plus grave que cela.

Les causes de la situation au Québec sont nécessairement multiples. Le degré de discipline générale des Québécois et des Ontariens, évoqué par Christian Dubé, en est peut-être une. Le retard pris dans certaines décisions du gouvernement Legault peut aussi expliquer pourquoi la situation du Québec s’est détériorée beaucoup plus rapidement que celle de l’Ontario cette fois encore.

Mais, surtout, surtout, le Québec a payé le printemps dernier pour des années et des années d’incurie et de décisions discutables. Et cela dépasse de loin la gouvernance de l’actuelle équipe au pouvoir.

Les pénuries de personnel ne sont pas nées par génération spontanée.

Le dévouement des employés ne peut tout pallier.

Pendant des années, nous nous sommes trop souvent imaginés meilleurs que les autres. Nous pensions avoir le meilleur modèle. Nous nous sommes gargarisés.

Le Québec n’avait jamais de leçons à recevoir de qui que ce soit.

Nous sommes désormais en rattrapage.

Notre fierté, si souvent brandie, si souvent affichée, arbore désormais et pour longtemps un gênant et triste œil au beurre noir.