Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Pour répondre concrètement à l’indignation soulevée par la mort de Joyce Echaquan sous les insultes racistes, François Legault a promis que son gouvernement s’assurera qu’une «formation culturelle» soit offerte au personnel de l’hôpital de Joliette, ainsi qu’à des milliers d’employés de l’État québécois.
Pour répondre concrètement à l’indignation soulevée par la mort de Joyce Echaquan sous les insultes racistes, François Legault a promis que son gouvernement s’assurera qu’une «formation culturelle» soit offerte au personnel de l’hôpital de Joliette, ainsi qu’à des milliers d’employés de l’État québécois.

Nos décideurs mal informés, mal outillés

CHRONIQUE / On part de loin. Pour répondre concrètement à l’indignation soulevée par la mort de Joyce Echaquan sous les insultes racistes, François Legault a promis que son gouvernement s’assurera qu’une «formation culturelle» soit offerte au personnel de l’hôpital de Joliette, ainsi qu’à des milliers d’employés de l’État québécois. Très bien. Mais pour bien faire, et puisqu’ils sont nos législateurs et nos décideurs, nos députés devraient également et urgemment suivre une formation sur les réalités autochtones.

Beaucoup de nos 125 élus de l’Assemblée nationale l’ignorent, mais le projet de réforme parlementaire présenté en début d’année par le ministre Simon Jolin-Barrette propose justement qu’«une formation sur les réalités autochtones» leur soit offerte.

L’Assemblée nationale doit participer «activement à la réponse de l’État en outillant mieux les parlementaires dans leur rôle de législateurs ainsi que de représentation auprès des peuples autochtones», peut-on lire dans le document accompagnant ce projet présenté en février dernier.

Cette proposition en dit long sur la situation actuelle. Elle dit à quel point on part de loin. Mais il faut passer par là.

À vrai dire, la méconnaissance générale de nos parlementaires reflète la nôtre. Leur ignorance des réalités autochtones est la nôtre.

Il y a des exceptions dans la société comme à l’Assemblée nationale. Pensons à la solidaire Manon Massé. Mais de façon générale, un abîme existe.

La méconnaissance crée trop souvent de l’indifférence; l’ignorance crasse, trop souvent de la bêtise et du racisme.

Requise en soi

Si les députés sont nombreux à ignorer cette proposition concernant une formation qui devrait leur être offerte sur les réalités autochtones, c’est précisément parce qu’elle figure dans le vaste projet de réforme parlementaire du ministre Jolin-Barrette. Ce n’est pas nécessairement là qu’on l’attendait.

Dans ce document, Simon Jolin-Barrette propose que cette formation spéciale soit établie en «collaboration avec des groupes autochtones». Il recommande qu’elle «favorise la sensibilité, la compétence et la sécurisation culturelles». Et que tous les parlementaires la suivent au début de chaque nouvelle législature. 

C’est pour répondre à l’esprit des «appels à l’action» portant les numéros 25 et 26 du rapport de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, présidée par le juge Jacques Viens, que le ministre a inséré cette proposition dans son projet. Ces appels à l’action s’appuient sur l’idée d’offrir des formations aux cadres et aux employés de l’État susceptibles d’être en contact avec les personnes issues des communautés autochtones.

C’est très bien d’avoir élargi cette idée aux députés.

Le hic, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il adviendra de ce projet de réforme parlementaire, qui concerne le fonctionnement comme tel de l’Assemblée nationale; autrement dit, de la place et des prérogatives de chaque groupe politique.

Mais une telle formation destinée à nos députés n’a pas besoin de l’adoption d’un tel projet pour être mise en place. Elle se tient en soi. Elle est requise en soi.

Simon Jolin-Barrette a voulu bien faire, mais cette partie de son plan devrait en être détachée et lancée urgemment, bien avant la prochaine législature.

Pour être mieux outillés, nos décideurs doivent être mieux informés, mieux sensibilisés.

Comme beaucoup d’entre nous, au fond.