Vous apprenez que fiston est autiste, il aura besoin de services. Armez-vous de patience au public, il faut parfois compter en années pour en obtenir.

www.clinique-privee.ca

CHRONIQUE / Je suggère au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de faire une petite recherche sur Google, «clinique médicale privée Québec». La liste est longue, il y a même un site Web qui les recense, qui résume les services qui sont offerts. On clique, on y est, on a les coordonnées et tout.

Simple comme bonjour.

Le ministre n’a pas besoin de brandir l’épouvantail d’une médecine à deux vitesses advenant l’élection de la CAQ, comme il l’a fait jeudi, c’est chose faite. Il y a déjà, au Québec, une médecine pour les riches, une pour les pauvres. 

Le système privé, au Québec, commence dès le test de grossesse positif. On peut aller passer une échographie au privé et certains tests qui ne sont pas remboursés au public.

On accouche, c’est gratuit.

Il faut lui trouver un médecin, à cet enfant. Vous pouvez l’inscrire au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) et attendre, vous risquez d’attendre longtemps. Ou vous pouvez simplement vous tourner vers une clinique privée, vous avez l’embarras du choix, qui se fera un plaisir de le suivre.

Une centaine de dollars pour ouvrir le dossier, un peu plus pour une consultation. Il y a souvent des forfaits annuels, ça peut tourner autour de 500 $ pour une famille, ce qui vous donne droit à un rabais sur les consultations — en personne ou au téléphone —, à la vaccination contre la grippe, etc. Vous aurez des rendez-vous quand vous voulez, on vous servira même, à certains endroits, le café.

Visa? Ça va.

L’enfant arrive, grandit. Vers l’âge de deux ou trois ans, on remarque que fiston fixe le ventilateur qui tourne, il ne regarde personne dans les yeux. On veut savoir ce qui se passe, avoir un test au public peut prendre des mois, quelques jours au privé. 

Moyennant quelques centaines de dollars.

Vous apprenez que fiston est autiste, il aura besoin de services. Armez-vous de patience au public, il faut parfois compter en années pour en obtenir. Au privé? Les cliniques spécialisées dans le suivi et l’accompagnement de ces enfants se multiplient. À condition de sortir le chéquier.

Vos hanches vous font souffrir, vous allez voir votre médecin de famille qui vous prescrit une résonance magnétique pour y voir plus clair. Vous appelez à l’hôpital, on vous inscrit sur la liste d’attente, et vous attendez. Il faut parfois plusieurs mois, voire un an, avant d’avoir un retour d’appel. 

Au privé, pour environ 600 $, vous avez un rendez-vous en 48 heures.

L’IRM est claire, vos hanches sont bouffées par l’arthrose, vous devez être opéré pour qu’on les remplace par une prothèse. Vous appelez en orthopédie pour obtenir un premier rendez-vous avec un spécialiste, sachez que le délai moyen au Québec avant de passer au bistouri est d’au moins six mois.

Même chose pour le genou.

Si vous avez quelques dizaines de milliers de dollars, l’affaire sera réglée en moins d’un mois avec, souvent, un suivi de réadaptation. Si la chirurgie a lieu au public, vous devrez fort probablement passer au privé pour la physiothérapie. L’attente, au public, risque de compromettre le succès de l’opération.

Vous prenez votre retraite, vous êtes actif, mais vos oreilles commencent à faire des siennes. Vous allez voir un audioprothésiste, qui vous demande près de 100 $ pour une première consultation. Il vous prescrit un test d’audition, vous donne le choix entre attendre des semaines au public ou prendre rendez-vous, la semaine prochaine. C’est la porte juste à côté.

À condition de payer, bien sûr.

Vous revenez voir l’audioprothésiste, il confirme que vous êtes dur de la feuille, il vous propose des prothèses auditives. Il vous informe que la RAMQ vous rembourse un seul appareil, comme pour tous les retraités ou les personnes de 19 ans et plus qui ne travaillent pas. Les autres ont droit à deux.

Mais, évidemment, ce ne sont pas les meilleurs appareils. On vous offre le modèle bas de gamme pour une seule oreille, vous devez payer l’autre si vous voulez entendre en stéréo. Si vous voulez entendre mieux, par exemple suivre une conversation en groupe, on vous suggère d’autres produits, ça tourne entre 5000 $ et 7500 $ pour deux oreilles. 

Avec option Bluetooth.

Ceux qui présentent l’option gratuite de la RAMQ vendent les autres appareils, ils ont intérêt à ce que vous sortiez avec une facture. Et on ne déduit pas du montant ce que valent les appareils gratuits. 

C’est à prendre ou à laisser.

Vous vieillissez encore. La résidence privée où vous habitez n’offre pas les services dont vous avez besoin, vous êtes mûrs pour le CHSLD. Rebelote, vous revoilà sur une liste d’attente, beaucoup plus longue pour les endroits qui ont bonne réputation. Ça se compte en années.

Il y a aussi des CHSLD complètement privés, qui sont généralement de grandes maisons situées dans des quartiers résidentiels. À un de ces endroits, chaque résident a un préposé à lui tout seul pendant le jour, les repas sont mitonnés par un chef. Et ceci : «cocktails servis avant le souper, sélection de vins, champagnes.»

À condition d’y mettre le prix.

Quoiqu’en dise le ministre Gaétan Barrette, quand on est malade, la carte de crédit est parfois plus efficace que la carte-soleil.