Yves Michaud a, au début des années 70, été haut-commissaire à la Coopération au ministère des Affaires intergouvernementales du Québec, puis, de 1979 à 1984, délégué du Québec en France.

Une pétition pour Yves Michaud

CHRONIQUE / Vendredi soir chez une amie, on prend un verre avant d’aller voir Daniel Lanois au Grand Théâtre. J’adore Daniel Lanois, presque autant que Cohen.

— T’écris sur quoi demain?

— Yves Michaud

— Qui?

— Yves Michaud

— Le Robin des banques?

Exact. Ce Yves-là, celui qui a fondé en 1995 ce qui deviendra le MÉDAC, Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires, qui existe encore aujourd’hui. Qui continue à se battre pour les petits épargnants.

Yves Michaud a aussi, au début des années 70, été haut-commissaire à la Coopération au ministère des Affaires intergouvernementales du Québec, puis, de 1979 à 1984, délégué du Québec en France.

Il a été député libéral de 1966 à 1969, est devenu souverainiste après.

Il y a aussi cette «affaire» qui porte son nom depuis presque 17 ans. Une histoire qui a commencé pendant une entrevue à CKAC le 5 décembre 2000, quand Michaud a raconté à Paul Arcand une discussion qu’il avait eue avec le sénateur Léo Kolber, celui-là même qui vient d’être éclaboussé par les Paradise Papers.

«Je suis allé chez mon coiffeur, il y a à peu près un mois. Il y avait un sénateur libéral [...], il me demande : “Es-tu toujours séparatiste, Yves?” J’ai dit : “Oui, oui, je suis séparatiste comme tu es juif. Ça a pris à ton peuple 2000 ans pour avoir sa patrie en Israël.” Et j’ai ajouté : “Moi, que ça prenne 10 ans, 50 ans, 100 ans de plus, ça peut attendre.” Alors, il me dit : “Ce n’est pas pareil.” Ce n’est jamais pareil, pour eux. Alors, j’ai dit : “Ce n’est pas pareil? Les Arméniens n’ont pas souffert, les Palestiniens ne souffrent pas, les Rwandais ne souffrent pas.” Je lui ai dit : “C’est toujours vous autres. Vous êtes le seul peuple au monde qui a souffert dans l’histoire de l’humanité.”»

C’est venu aux oreilles de Lucien Bouchard, alors premier ministre, qui avait déjà une dent contre Michaud.

Il ne le voulait pas comme candidat du Parti québécois dans Mercier.

Une semaine plus tard, Yves Michaud prononçait une allocution devant les États généraux de la langue française. Il a dit ceci : «Mes propres concitoyens devraient suivre l’exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif. Le chanoine Groulx disait et nous invitait, et je le cite : “à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale”. Et l’historien donnait alors l’exemple du peuple juif comme modèle à suivre pour que les Québécois affirment leur propre identité nationale et assument, et assument pleinement, l’héritage de leur histoire, ajoutant que l’anti­sémitisme était «une attitude anti­chrétienne et que les chrétiens sont, en un sens, spirituellement des Sémites”.»

On est loin de l’appel à la haine.

Et pourtant. 

Le lendemain, cette motion a été soumise aux députés. «Que l’Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l’égard des communautés ethniques, et en particulier, à l’égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l’occasion des audiences des États généraux sur le français le 13 décembre 2000.»

On n’a pas donné aux députés le verbatim des propos dont il était question, ni à Yves Michaud la possibilité de s’expliquer.

Lucien Bouchard a gagné par K.-O.

Dix ans plus tard, Paul Bégin a écrit une lettre d’excuses à Michaud, signée par 19 autres députés. Depuis, plus d’une cinquantaine de péquistes ont exprimé des regrets, dont Pauline Marois, Bernard Landry et Jean-Pierre Charbonneau, qui était à l’époque président de l’Assemblée nationale.

Ça ne suffit pas.

L’erreur a été commise par l’Assemblée nationale, elle doit être corrigée par l’Assemblée nationale. 

Depuis ce matin, une pétition est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale pour demander au gouvernement de «référer le dossier d’Yves Michaud, pour étude, à la commission parlementaire des institutions ou à toute autre commission que l’Assemblée nationale jugera pertinente.»

Voilà une autre belle occasion pour l’actuel président, Jacques Chagnon, de s’élever au-dessus de la mêlée. Il en a fait une belle démonstration fin octobre, quand il s’est porté à la défense de Guy Ouellette, en dénonçant le précédent créé par l’UPAC par l’arrestation du député Guy Ouellette.

Yves Michaud a été condamné sans procès.

Jacques Chagnon, dans un discours que plusieurs (sauf Pierre Moreau) ont qualifié d’historique, a déploré le doute semé par les policiers en arrêtant le député sans l’accuser. «Que des accusations soient portées ou que des excuses publiques soient faites. Qu’on accuse ou qu’on s’excuse.»

Michaud a été faussement accusé.

Qu’on s’excuse maintenant.