Le professeur à l’École des médias de l’UQAM, Jean-Hugues Roy a calculé qu’en 2017, Facebook à lui seul est allé chercher 33,7 millions $ en revenus publicitaires à partir du contenu produit par les médias québécois, sans débourser un traître sou noir pour produire ledit contenu.

Surtout ne pas emmerder les pirates

CHRONIQUE / L’analogie n’est pas de moi, elle est de Jean-Thomas Léveillé, vice-président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), il a comparé la crise des médias à un livreur qui garderait l’argent pour lui seul. «C’est comme si vous aviez un restaurant et que moi, j’avais une entreprise de livraison et que je livrais vos repas en gardant tous les revenus. Vous diriez que c’est du vol. C’est ça, c’est du vol.»

C’est court, mais c’est ça.

Et je poursuis que si, par malheur, le restaurateur devait s’en plaindre et réclamer son dû pour pouvoir continuer à payer les aliments et ceux qui cuisinent, on lui dirait sèchement de repenser son modèle d’affaires.

Marche ou crève.

Ça résume, en gros, ce qui se passe avec les médias qui se font siphonner leurs revenus depuis des années par les Facebook, Twitter et Google de ce monde, tellement qu’ils en sont contraints aujourd’hui à implorer l’aide de l’État, État qui préfère éteindre les feux plutôt que de mettre au pas ceux qui les ont allumés.

Allez pirates, continuez à pirater.

Professeur à l’École des médias de l’UQAM, Jean-Hugues Roy a calculé qu’en 2017, Facebook à lui seul est allé chercher 33,7 millions $ en revenus publicitaires à partir du contenu produit par les médias québécois, sans débourser un traître sou noir pour produire ledit contenu.

Jamais les médias n’ont été aussi «consommés», jamais ils n’ont tiré si peu d’argent pour produire l’information.

Le livreur est mort de rire.

Le resto se meurt.

Bizarrement, les concepts de redevances et de droits d’auteurs qui compensent la production d’à peu près tous les types de contenu ne s’appliquent pas aux producteurs de nouvelles, comme si ça allait de soi, comme si ce qui est juste pour la musique et la littérature ne l’était pas pour les médias.

Il faudrait chanter nos manchettes.

Il faudrait du courage politique et le gouvernement fédéral n’en a pas, incapable de mettre son pied à terre devant les géants. On l’a vu avec Netflix, qui a même eu droit à un traitement de faveur, une exemption à appliquer la taxe de vente, sous le fumeux prétexte de ne pas taxer davantage les Canadiens.

La chose est possible, pourtant. Le mois dernier, le parlement français a adopté une loi créant un «droit voisin» que devront verser ceux qui s’enrichissent avec le contenu à ceux qui le produisent. La France devient ainsi le premier pays à légiférer pour un partage des profits, elle devrait être suivie par d’autres États, la directive émanant de l’Union européenne.

Le Canada, lui, fait du surplace. Justin Trudeau a dit jeudi ne pas vouloir de «solution à la pièce» en indiquant que le sujet serait «certainement» abordé pendant le G7 qui a eu lieu en fin de semaine à Biarritz.

Trump est contre, évidemment.

Le plus frustrant dans l’histoire, c’est que la Loi canadienne des droits d’auteurs protège déjà, en théorie, le contenu des médias, c’est écrit noir sur blanc sur le site de Copibec, qui gère au Québec les droits de reproduction des œuvres. «Les droits d’auteur appartiennent de manière exclusive au titulaire de droits. Une autorisation est donc nécessaire pour reproduire, présenter ou communiquer une œuvre tels un livre, un article de journal ou de périodique.»

Les auteurs reçoivent un chèque chaque année du programme fédéral du droit de prêt public (DPP), un montant pour compenser l’accès gratuit des lecteurs à leurs livres dans les bibliothèques.

Pour l’accès aux nouvelles sur Facebook et Twitter, rien.

C’est «bar ouvert».

Et les gens se posent la question, toute légitime, pourquoi je payerais pour lire le journal alors que je peux tout avoir gratuitement? Parce que ce qui donne la valeur au journal n’est pas le papier, mais ce qui est écrit dedans.

Et ça, ça coûte de l’argent.

Je pose cette question, «pourquoi trouve-t-on normal de payer Netflix pour nous divertir, mais pas un média pour nous informer?»

Je ne sais pas ce qui émergera de la commission parlementaire québécoise qui se penche ces jours-ci sur l’avenir et le financement des médias, j’espère seulement que le contribuable ne sera pas le seul à casquer. Il faut aller chercher l’argent que nous perdons à ceux qui le prennent.

Allons, emmerdons les pirates.