Le Pignon bleu fournit du matériel scolaire aux enfants allant dans les 16 écoles les plus défavorisées de la région. L’organisme a aussi intégré les vêtements, comme des habits d’hiver.

Sacs d’école et paniers de Noël

CHRONIQUE / Vous n’avez probablement pas le goût que je vous parle de Noël ni de la prochaine rentrée scolaire.

Tant pis.

Je vais vous en parler quand même parce que chaque année à Québec, des enfants se rendent à l’école sans rien, sans sacs d’école, ou avec des crayons cheaps qui se brisent à les regarder. 

Avec des souliers si petits que leurs orteils sont pliés dedans. 

Claude Ferron a été informé de cela il y a trois ans par la fille d’une amie qui enseigne à l’école primaire Sainte-Odile, il a mis sur pied un fonds d’aide aux écoliers. «J’ai parti ça parce que la pauvreté, ça crée des stress pour les enfants. En les aidant, on peut peut-être empêcher qu’ils aient des problèmes plus tard.»

Avec des amis, il a amassé 12 000 $ pour acheter du matériel scolaire, des vêtements, des souliers, tout ce dont les enfants peuvent manquer. 

Il a pensé aux autres écoles.

C’est là qu’entre en scène l’organisme Le Pignon bleu, qui s’occupe des petits ventres vides depuis 25 ans, qui fournit entre autres des collations dans les 16 écoles les plus défavorisées de la région. En un quart de siècle, il en a distribué 10 millions, à plus de 20 000 enfants.

Le Pignon bleu a embarqué à pieds joints dans le projet de Claude Ferron, qui est une suite logique à ce qu’il fait déjà. «On a décidé d’élargir notre mission et d’offrir aux écoles que nous desservons déjà. Au début, on n’offrait que du matériel scolaire, mais on a rapidement intégré les vêtements, comme des habits d’hiver», explique Roseline Roussel, directrice générale de l’organisme.

Il arrive, par - 30 °C, que des enfants se pointent à l’école avec des gants magiques, avec des pantalons d’hiver qui arrêtent à mi-mollet.

Ou avec des sandales.

Ils ont sondé les 16 écoles desservies, ont identifié une vingtaine d’élèves en moyenne dans chacune d’elle. Ils ont besoin de presque tout, des vêtements pour faire du sport, des espadrilles. «Il y en a qui passent l’année avec la même paire de souliers même si leurs pieds grandissent. Ils se plaignent que ça fait mal…»

Quand ça arrive, le personnel de l’école va dans la réserve où se trouve tout ce dont les enfants ont besoin. «On voulait que le matériel soit disponible sur place, que l’enfant puisse l’avoir tout de suite. Dans des situations comme celle-là, il faut pouvoir intervenir sur-le-champ.»

On fournit des livres aussi pour les classes, les bouquins qui ne sont pas des manuels sont «des besoins qui ne sont pas officiels».

Le budget alloué de 200 $ est vite dépensé.

Michèle Duchesneau enseigne en première année à la Grande-Hermine dans Limoilou, où les items achetés grâce au fonds sont plus que bienvenus. «Avant, c’était les enseignants qui apportaient le linge de leurs enfants quand il ne faisait plus ou qui en payaient avec leur argent.»

Il arrive encore qu’ils partagent leur lunch avec un enfant. «On le voit surtout dans les sorties où il faut apporter un lunch froid. Des fois, il n’y a pas de lunch du tout, des fois il n’y a presque rien à manger…» C’est là où les collations du Pignon bleu peuvent venir en renfort, quand il en reste.

Et quand il y en a. Certaines écoles, en raison de contraintes budgétaires, n’ont pas les moyens de financer les collations pour toute l’année. «Cette année, l’école Saint-Malo n’arrivait pas à se rendre jusqu’à la fin de l’école, ils avaient prévu arrêter avant. Il y a un joueur du Rouge et Or qui a fait une campagne personnelle pour aller au bout de l’année, il a ramassé 10 000 $. Il en avait bénéficié quand il était jeune, ça l’avait aidé.»

Cet hiver, Claude Ferron a dû acheter 150 paires de bottes d’hiver. «J’ai cherché une entreprise qui en fabriquait, j’ai trouvé Hichaud. C’est une compagnie où ils engagent des gens avec des handicaps pour les fabriquer. Ils nous les ont faits au prix coûtant, et ça encourage l’économie sociale.»

Claude essaye toujours de dénicher de «bonnes affaires», des commandites ou des échanges de bons procédés. L’an dernier, le fonds a amassé autour de 15 000 $ plus environ 30 000 $ en contributions de toutes sortes, ce qui a permis d’aider plus de 300 enfants qui manquent de presque tout.

Il y en aurait tellement plus. «Nous avons fait un sondage pour voir les besoins dans d’autres écoles. C’est certain qu’il y en a, mais il faut prioriser…»

Par manque de fonds, donc, des élèves passent leur tour.

Et c’est ici que j’arrive à vous parler de Noël, parce qu’à peu près toutes les campagnes de financement ont lieu un peu avant, en capitalisant sur un mélange de générosité et de culpabilité. Et pourtant, c’est à la rentrée que les besoins sont les plus criants, quand il faut remplir le sac d’école, la boîte à lunch. 

Bien avant la guignolée.

Claude m’avait d’ailleurs contactée une première fois au début décembre, se disant qu’«un article, si possible avant les Fêtes, cela pourrait nous aider énormément à combler les besoins criants de ces enfants». La pauvreté est là toute l’année, la générosité devrait l’être tout autant. 

Il ne faudrait pas tout mettre dans le même panier.

De Noël.

* Sur ce, je prends une petite pause de quelques semaines, de retour début juillet...

** Si vous voulez donner un coup de main, vous pouvez faire un don à www.pignonbleu.org en indiquant dans la section «message» que c’est une contribution au fonds d’aide aux écoliers.