Dans certaines relations malsaines, la femme finit par prendre soin de son conjoint plus que d'elle-même.

Pourquoi es-tu en couple?

CHRONIQUE / «Si j'ai besoin de m'accoter sur toi pour tenir debout, t'as pas le droit de t'enlever. Je te donne un pouvoir énorme sur moi. J'ai besoin de toi parce que si tu t'en vas, je tombe. Et tu brises l'entente qu'on avait.»
Un pacte tacite.
Denis Dubé est coordonnateur clinique chez Authonommie, un centre d'aide qui ramasse à la petite cuillère des gars qui ont le coeur brisé. «Dans 80% des cas, c'est la femme qui met fin à la relation. Quand le gars arrive, il est sous le choc. Il n'a rien vu venir ou il n'a pas voulu le voir. Quand on fouille, on se rend compte qu'il y a eu des signes. On lui demande s'il a déjà entendu la phrase classique : «faudrait qu'on se parle»».
Ah oui.
Il n'a pas porté attention.
Comme cette fois où madame est allée prendre une petite pause chez sa mère, le mois où il a dormi sur le sofa du salon. 
Il s'est dit que ça s'arrangerait. 
Denis s'occupe du groupe Rupture, mis sur pied pour ces hommes écorchés. «Les hommes réalisent dans quel genre de relation ils étaient pris. Quand on est en couple, il faut se demander pourquoi on fait un bout de chemin avec l'autre personne. C'est important de se poser cette question-là. Un couple qui est une réunion de faiblesses ne peut pas fonctionner.»
Un couple toxique, ou malsain, est voué à l'échec. «Mets 100 personnes dans une salle et dans le groupe, mets un gars toxique et une fille toxique. Le toxique va trouver la toxique. Le gars va trouver sa biche à sauver et elle prendra son rôle de victime. Te voilà avec le poids d'être le sauveur... et ça continue dans cette trajectoire.»
La pression monte.
L'union devient à la fois un cercle vicieux et un triangle dramatique. C'est le triangle de Karpman, dans lequel les deux tourtereaux s'échangent les rôles de victime, de bourreau et de sauveur.
Échec assuré à 100 %.
Et pourquoi on reste dans une relation comme ça? «Parce que c'est plus compliqué de partir. On endure, on s'habitue. C'est comme la grenouille qui s'habitue à l'eau de plus en plus chaude,  jusqu'à ce qu'il soit trop tard...»
C'est encore pire quand il y a des enfants.
Quand ils arrivent chez Autonhommie, les hommes sont en colère. «Ils arrivent juste avant que l'élastique pète. Ça nous arrive d'entendre "je vas la tuer, la tabarnak!" Ils sont en réaction et nous, on veut les emmener en action. De quoi je suis responsable? Sur quoi j'ai du pouvoir?»
Des fois, ça commence par choisir la couleur de leur nouvel appartement.
«Il y a des gars qui ont totalement perdu le contact sur eux, même sur des choses très simples, comme leur couleur préférée. On leur demande "c'est quoi ta couleur préférée?" Il y a un silence... Le gars doit se rendre devant le présentoir Sico. C'est un moment clé, il prend en charge sa réorganisation.»
Pas à pas.
Le premier pas, c'est de demander de l'aide. «Quand une femme demande de l'aide, on trouve ça normal. Mais un gars, il passe pour quelqu'un de faible. Notre société est responsable de cette bullshit. On dit que ça prend un village pour élever un enfant. Nous, on est sur le bord du précipice et on retient les hommes qui veulent se jeter en bas. Mais qu'est-ce qui se passe dans le village?»
Il se passe qu'«on ne montre pas aux gars à accepter l'échec».
***
Qui se ressemble s'assemble
«Certaines femmes finissent par s'oublier complètement. Elles ne répondent plus à leurs propres besoins.»
Leur besoin devient de répondre aux besoins de l'autre.
Coach en relations de couple, Marie-Soleil Cordeau se spécialise dans les amours toxiques. Depuis sept ans, elle a aidé plus de 300 femmes à comprendre pourquoi elles s'enlisent dans les échecs amoureux. «La première chose qu'il faut qu'elles comprennent c'est que ce qui les amène à ce type de relations, ce sont des manques. Le but principal de la relation devient de combler ces manques.»
Et qui se ressemble s'assemble. «On attire ce que l'on est, presque comme des aimants. L'autre aussi a des manques, lui aussi cherche à les combler. Ça fait des relations extrêmement malsaines. Certaines femmes vont prendre soin de leur conjoint plus que d'elles-mêmes, elles se sentent utiles.»
Elles se sentent aussi, parfois, des moins que rien. «Elles ont peur de ne pas être à la hauteur, elles sont souvent anxieuses. Ça les emmène à texter beaucoup. [...] Ça devient de la dépendance affective, elles ne se sentent pas aimables, elles ont toujours peur de ne pas plaire à l'autre.»
Plaire totalement à quelqu'un, «c'est une utopie».
Certaines femmes vont masquer leur insécurité en devenant des mégères. «On voit surtout ça quand il y a des enfants. La femme en fait énormément pour les enfants et le conjoint perd sa place. Il doit suivre les règles qu'elle établit. Ça vient de la peur et de l'insécurité, ça ne part pas d'une mauvaise intention.»
Pourquoi on ne s'en sort pas? «Il y a beaucoup d'espoir. Il n'y a pas juste de la souffrance, il y a de beaux moments aussi. La fille se dit, «ça va revenir». Les femmes s'accrochent à un moment où elles se sentent aimées, elles ont peur de passer à côté de l'homme de leur vie. Et il y a le sevrage du regard de l'autre...»
On se laisse, on reprend.
«C'est comme une drogue, c'est difficile de s'en passer. Quand le couple est dans une dynamique de rupture-reprise, il y a un isolement. À la première rupture, les gens autour vont dire «on le savait, ce n'était pas un gars pour toi». Mais parfois, c'est plus fort, elle retourne. Elle développe la honte, elle s'isole de sa famille et de ses amis pour ne pas qu'ils la voient souffrir. C'est dur de mettre fin à ça...»