Les filles ont été placées une semaine dans une famille d’accueil, puis replacées dans un centre de réadaptation, qui accueille généralement des enfants avec de graves problèmes de comportement. C’est le dernier recours. Jamais la DPJ n’a cherché un milieu près des enfants.

Pas de repas de Noël cette année

CHRONIQUE / Cette année, ce sera le quatrième Noël que les deux filles de François* et Sylvie* ne passeront pas à la maison. Elles le passeront dans le centre de réadaptation de la DPJ où elles sont placées depuis 2015.

Je vous ai parlé d’eux deux fois, la dernière le mois dernier pour vous dire que leur fille aînée a été hospitalisée d’urgence, qu’ils n’ont pas pu aller la voir.

Ni lui parler.

Je vous racontais aussi qu’au printemps 2017, les filles passaient quatre jours par semaine chez elles, qu’un intervenant qui avait fait une visite-surprise n’avait que de bons mots pour les parents. Mais, comme ça allait moins bien à la ressource, la DPJ a coupé les séjours, invoquant un «conflit de loyauté».

On a du même coup enlevé à François et à Sylvie leurs droits parentaux.

Leurs filles sont retournées vivre à temps plein au centre de réadaptation, ils ont le droit de les voir seulement une heure et demie par semaine, sous la supervision de deux intervenantes qui encadrent les discussions. Les parents n’ont pas le droit, entre autres, de leur demander «comment ça va».

Ils peuvent lire une histoire ensemble, faire une petite activité.

Depuis un bon bout de temps, les visites ont lieu le mardi, de 11h30 à 13h, François et Sylvie apportent le repas, les plats préférés de leurs enfants. Bel adon, Noël et le Jour de l’An tombent un mardi cette année. 

François et Sylvie s’attendaient donc à manger avec elles le 25 décembre. 

Surtout que les autres années, même si Noël ne coïncidait pas avec le jour de visite, ils avaient un repas de Noël avec leurs filles le 25 décembre, pour passer un peu de temps en famille.

Pas cette année.

On les a avisés le mardi 27 novembre que les rencontres avec leurs enfants étaient déplacées les 28 décembre et 4 janvier, de 8h30 à 10h. Les filles passeront donc Noël sans voir leurs parents.

C’est d’une tristesse.

La veille — difficile d’y voir un simple adon —, je vous racontais que l’aînée avait été transportée d’urgence à l’hôpital une semaine plus tôt pour un problème respiratoire, que François et Sylvie n’avaient pu ni la voir ni savoir où elle était. On leur avait d’abord dit qu’elle était sortie le lendemain, mais ils ont su qu’elle était restée hospitalisée une journée de plus. Ils ont réussi à savoir ce qu’elle avait, une laryngite virale.

Sylvie a eu le temps d’imaginer le pire.

Au CISSS des Laurentides, qui gère le centre de réadaptation, on m’a expliqué que le protocole a été respecté. «Si un enfant placé sous sa garde doit recevoir des soins médicaux, la DPJ informe tout de même les parents dans un délai raisonnable, selon la gravité de la situation.»

Du cas par cas.

Quand ils ont revu leur aînée, le 27 novembre, ils n’ont pu lui parler de son séjour à l’hôpital. Selon le résumé que m’en a fait François, la visite a été plus expéditive. Les «deux intervenantes au dossier» ont supervisé la rencontre, au lieu de celles qui le font habituellement. «D’habitude, on peut commencer les visites quand nos enfants arrivent en avance, mais pas cette fois. On a dû ramasser les jeux, les plats et la vaisselle 30 minutes avant la fin de la visite alors qu’à toutes les autres visites on le fait à la fin pour passer plus de temps avec nos filles.»

Il est où, l’intérêt des enfants?

C’est pour ça que je reviens sur cette histoire. Parce que les enfants n’ont pas à faire les frais des chicanes d’adultes. 

Et que ça ressemble à des représailles.

Et il faut rappeler que tout a commencé par le signalement de la commission scolaire des Laurentides. Sylvie faisait l’école à la maison, elle avait été convoquée en mars pour présenter les porte-folios, a demandé à ce que la rencontre soit repoussée un peu, plus près de la fin de l’année scolaire.

Le signalement avait été retenu, la DPJ avait suggéré que les filles restent dans leur milieu familial, avec du soutien pour la scolarisation. Tout a basculé le 19 juin 2015 quand l’avocate de la DPJ a convaincu le tribunal d’envoyer les policiers intercepter les filles, alors que François était parti les chercher pour revenir avec elles en cour. 

On a évoqué les risques qu’ils s’enfuient.

Les filles ont été placées une semaine dans une famille d’accueil, puis replacées dans un centre de réadaptation, qui accueille généralement des enfants avec de graves problèmes de comportement. C’est le dernier recours. Jamais la DPJ n’a cherché un milieu près des enfants.

Ça dure depuis trois ans et demi.

Le conflit s’est cristallisé autour d’une question de diagnostics d’autisme, et surtout sur l’insistance de la DPJ à obliger les parents à signer des rapports d’évaluation. Pour ce qui est des services, les parents ont entre autres proposé d’être accompagnés par un centre de pédiatrie sociale, ce qui leur a été refusé.

C’est une partie de bras de fer.

Avec deux filles, de 10 et 11 ans, qui se retrouvent au milieu de tout ça. Que la DPJ ait un contentieux contre les parents, et vice versa, passe encore. Ce qui ne passe pas, c’est que ce sont les enfants qui écopent.

Au point de passer Noël sans leurs parents.