Depuis sept ans, le troubadour Alexandre St-Hilaire fait le tour de tous les départements du CHSLD Paul-Gilbert pour chanter et pour raconter des histoires.

Monsieur Alexandre

Alexandre St-Hilaire a passé sa vie dans les chiffres. À la retraite, il est devenu troubadour.
Originaire de Saint-Romuald, il est allé frapper à la porte du CHSLD Paul-Gilbert. «J'ai proposé à la récréologue de faire des contes, des contes de Grimm, d'Andersen, adaptés à la Rive-Sud, avec des lieux connus.»
Ils l'ont mis à l'essai.
Depuis sept ans, donc, monsieur Alexandre - c'est comme ça qu'il se fait appeler - fait le tour de tous les départements pour chanter et pour raconter des histoires. Il visite aussi un autre CHSLD, Chanoine-Audet. «Je les fais chanter, je fais des chansons connues, comme Plaisir d'amour, ils aiment les vieilles chansons.»
Il est accompagné au clavier par une amie, il apporte tout son attirail, son équipement de son et s'installe dans la salle à manger, juste avant les repas. «Je m'en vais quand la soupe arrive, je suis comme l'apéro!» Il fait aussi la tournée des chambres. «Je chante aussi pour ceux qui n'ont jamais de visite.»
Ou qui ne veulent pas sortir de leur chambre.
«Je frappe sur le cadre de la porte, «toc, toc, toc», je leur demande s'ils veulent une chanson. Je chante a capella, je fais maximum trois chansons pour pouvoir aller voir le plus de gens possible. S'ils sont dans leur fauteuil ou alités, je mets un genou par terre pour être à leur hauteur. J'ai toujours un chapeau avec un tournesol.»
Les chapeaux, c'est sa marque de commerce. «Je me suis fabriqué des chapeaux et des chemises spéciales pour qu'ils puissent me reconnaître. Ils m'appellent monsieur Alexandre. Je leur parle de l'extérieur, des fleurs, des oiseaux, de la température, de ce qu'ils peuvent vivre encore, des choses positives.»
Il a même enregistré quelques CD contenant 24 chansons, une des résidentes écoute le sien pour s'endormir, jusqu'à la fin.
C'est son calmant.
Alexandre s'est inspiré de ses expériences pour écrire un roman, Le Manoir des pas perdus, les personnages sont inspirés des gens qu'ils rencontrent. La trame est simple, rappeler que chaque personne a eu une vie avant d'emménager dans une résidence. Et que la vie continue, autrement.
Réconfort
À 74 ans, Alexandre n'a pas l'intention d'arrêter ses tournées, ne serait-ce qu'en souvenir d'une dame. «Elle avait le visage de la couleur de votre papier, dans son lit, les yeux fermés. Je m'approchais doucement, je lui chantais Schubert. Elle ouvrait les yeux, de beaux yeux bleus... Je lui chantais deux ou trois berceuses et, à la fin de chacune, elle disait : "C'est beau, merci." Ce sont les seuls mots que je l'ai entendue prononcer. Elle était un ange pour moi...»
Alexandre sait que ces visites font une différence. «Tout le réconfort que ça apporte, ça vaut bien quelques médicaments...»