Mylène Moisan

L’humour au temps du corona

CHRONIQUE / Sur Facebook, j’ai vu passer la photo d’un paquet de huit rouleaux de papier hygiénique, j’ai lu les quelques mots au-dessus.

«Échangerais contre un terrain au bord de l’eau.»

J’ai ri.

L’heure est grave, on le sait, le nombre de personnes atteintes de la COVID-19 grimpe inlassablement chaque jour, nous sommes sur un pied de guerre pour ne pas l’attraper, et plus encore, ne pas le transmettre. Les médias nous bombardent d’informations sur ce qui se passe ici, sur ce qui se passe ailleurs dans le monde, comme en Italie où l’armée a été appelée en renfort pour disposer des corps.

On nous répète de ne pas paniquer, mais on a bien vu ces images de clients qui se bousculent et s’invectivent dans les grandes surfaces devant les présentoirs de papier de toilette, comme si c’était le tout dernier rempart de notre civilisation, voire de notre humanité. 

Mais il y a mieux que le papier cul.

Il y a l’humour.

Et c’est une des belles choses que nous apportent les médias sociaux en ces temps de pandémie, ces traits d’esprit qui nous permettent de relativiser un peu, le rire étant un des meilleurs antidotes à la peur, une soupape à la vie qui s’est arrêtée d’un coup sec et qui continue autrement.

J’ai adoré celle-ci. «Si les écoles restent fermées trop longtemps, les parents vont réussir à trouver un vaccin bien avant les scientifiques...» Ou celle-là. «Plusieurs parents sont en train de découvrir que ce n’est pas le professeur qui était le problème.»

Ha ha.

Une autre, que je traduis librement de l’anglais. «Vous vous sentez coupables que vos enfants regardent trop de télé? Vous avez juste à couper le son, à mettre les sous-titres et… boum! Ils lisent.»

On a aussi parlé de ce commerce en Belgique qui vend de la bière et qui a fait une promotion originale, «achetez deux Corona et obtenez une Mort subite», une célèbre bière belge. Mais le détaillant a dû se raviser, la chaîne n’a pas apprécié l’initiative, qui avait pourtant déridé bien des internautes.

L’humour reste évidemment une question de goût, c’est ce que je me suis dit en voyant passer une publicité d’une demi-page dans un hebdo, un concessionnaire annonçant que «le Corolla-Virus est chez Toyota Sainte-Agathe».

Ouch.

Il y a aussi, sur les réseaux sociaux, des gens qui proposent des façons de garder ses habitudes, comme cet homme qui s’est pris en photo dans sa salle de bain comme s’il était dans l’autobus, une main tenant la barre de métal où on accroche le rideau de douche, l’autre pitonnant sur son téléphone.

Il y a cet autre qui a reproduit la classique photo prise du hublot d’un avion, il s’est posé devant une lunette de toilette, avec un fond d’écran derrière.

L’illusion est parfaite.

Une page Facebook a même été créée pour «Horacio, notre héros», on peut y lire que le directeur de la santé publique du Québec, devenu une figure populaire – et réconfortante – dans cette pandémie, est «le seul médecin qui nous conseille de rester sur notre sofa pis manger des galettes portugaises pour notre santé».

On y trouve une pétition pour qu’il partage ses recettes.

Et un Horacio à colorier.

Trop de temps libres? Essayez ceci. «On ne s’ennuie pas trop à la maison, mais il est étrange que dans un paquet de riz d’un kilogramme il y ait 7759 grains et dans un autre du même poids et de la même marque il y en ait 7789. Bizarre.»

Il y a aussi de beaux gestes de solidarité dans tout ce branle-bas de combat mondial, comme en Espagne, en Italie et en France où des gens sont sortis sur leur balcon en même temps le soir à 20h pour manifester leur appui envers ceux qui travaillent dans la santé, qui sont sur la ligne de feu.

Ça a inspiré une blague, particulièrement réussie, parce qu’elle rappelle l’importance de rester planqué chez soi.

— Papa, pourquoi il y a des supporters à 20h sur les balcons?

— C’est pour soutenir le corps médical.

— Ils jouent contre qui?

— Le coronavirus.

— Ils vont gagner??

— Uniquement si on joue à domicile. 

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