Walmart a congédié tous ses employés qui étaient embauchés grâce à un programme d’intégration des personnes atteintes de déficience intellectuelle ou d’un trouble du spectre de l’autisme.

Les employés jetables

CHRONIQUE / Quelle est la différence, chez Walmart, entre un employé et une assiette de carton?

Aucune.

Les deux sont jetables.

On l’a vu la semaine dernière quand ils ont annoncé à des dizaines d’employés de 26 succursales, par un beau matin, que c’était leur dernière journée de travail. Certains sont partis en pleurant, ils portaient encore leur veste de travail que des collègues avaient signée. 

Une veste qu’ils étaient fiers de porter.

On a aussi appris que Walmart embauchait des gens vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme depuis 20 ans, ce qui est une très belle chose, et que la compagnie payait seulement 6 $ par jour pour ces employés, ce qui est dérisoire.

J’aurais bien aimé savoir pourquoi la compagnie a mis fin aussi abruptement à son programme, on ne le saura pas. À un journaliste du Nouvelliste, la compagnie s’est contentée d’un amas de mots qui ne veulent pas dire grand-chose. «Ces vérifications tiennent compte des changements à la législation, de nos propres politiques et visent à nous assurer de travailler de façon efficace et pertinente.»

Au pire, on comprend que ces employés n’étaient considérés qu’en termes comptables, en efficacité et en pertinence.

Au mieux, on dira que les affaires sont les affaires.

Ce que cette histoire a aussi montré, c’est que les travailleurs qui vivent avec une déficience ont des conditions de travail moyenâgeuses, ils n’ont aucune protection ni sécurité d’emploi, ce qui permet comme on l’a vu, d’en disposer en claquant des doigts. Sans aucun préavis ni 4 %.

Il est là le vrai problème, que les entreprises qui embauchent ces personnes puissent faire ça.

C’est d’ailleurs arrivé il y a quelques années à un de mes voisins, il s’est présenté au boulot un matin, comme il le faisait depuis 15 ans, est reparti 20 minutes plus tard sans boulot. Son employeur lui a fait le même coup que Walmart, ça n’a pas fait les manchettes, mais ça lui a fait autant de peine.

Il s’est senti comme une vulgaire assiette de carton.

Il n’est pas allé aux normes du travail, parce qu’il ne peut pas, il n’a pas contesté son congédiement, parce qu’il ne pouvait pas non plus. Ne lui restait qu’à se croiser les doigts pour qu’on lui trouve un autre «plateau de travail».

Il a été chanceux.

Si je me fie aux commentaires entendus depuis une semaine, tout le monde s’entend pour dire que les employés qui ont été mis à la porte par Walmart étaient appréciés. Par les collègues, par les clients. On a beaucoup parlé de leur sourire, de leur dévouement, de leur ponctualité.

On a parlé «d’employés modèles».

Pas de plantes vertes.

Parce que peu importe qu’ils soient là en vertu d’un programme gouvernemental ou non, ces gens étaient des employés. Ils travaillaient. La caissière trisomique faisait le même boulot que la «neurotypique». Peut-être un peu moins vite, mais avec des étincelles dans les yeux et un sourire grand comme ça.

C’est bon pour l’expérience client, non?

À 6 $ par jour, je ne comprends pas comment Walmart pouvait perdre au change.

Elle a, en tout cas, perdu la face.

La compagnie a été prise de court par le tollé qu’a soulevé sa décision, ce qui confirme la froideur de l’exercice comptable. Visiblement, personne n’avait vu venir un tel élan de solidarité envers ces travailleurs. 

Envers ces personnes.

Clairement dépassée par les événements, Walmart est depuis en mode contrôle des dommages. «Nous travaillerons avec toutes ces personnes, leurs familles et les organismes de services sociaux locaux pour trouver de nouveaux arrangements qui offriront du soutien aux participants, et cela inclut la possibilité d’embaucher directement ces personnes», a-t-on pu lire dans un communiqué de l’entreprise.

Et, contrairement au tweet de Gaétan Barrette, j’ai le goût d’y croire.