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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Si on se fie au sondage Léger, c’est au Québec où les pères sont les plus nombreux à penser qu’ils doivent d’abord être une source d’inspiration.
Si on se fie au sondage Léger, c’est au Québec où les pères sont les plus nombreux à penser qu’ils doivent d’abord être une source d’inspiration.

Les bons papas

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CHRONIQUE / J’ai demandé il n’y a pas très longtemps à mon petit dernier, qui n’est plus vraiment petit du haut de ses 11 ans, s’il voulait des enfants. Il a été catégorique.

-Non. Les couches, en partant, c’est non.

S’il ne change pas d’idée là-dessus, il est effectivement aussi bien d’oublier le projet, parce que les pères québécois, a-t-on appris cette semaine, sont ceux qui s’impliquent le plus pour leurs enfants dans tout le Canada. Tellement que ça devient normal, j’imagine mal un couple parler d’avoir des enfants et le futur paternel lancer, à brûle-pourpoint : «moi, les couches, c’est non».

De bonnes chances qu’il ait son bleu.

C’est par un coup de sonde de Léger auprès de 2000 pères qu’on a su que le Québec est aussi une société distincte par rapport à la paternité. Et pas rien qu’un peu. La différence est telle qu’elle a même étonné Raymond Villeneuve, directeur général du Regroupement pour la valorisation de la paternité, à qui ma collègue Émilie Pelletier a parlé. «Ça fait 15 ans que je suis dans le domaine et ce qui frappe le plus, c’est vraiment de voir que pour les pères québécois, contrairement au reste du pays, c’est vraiment le rôle de modèle et d’éducateur auprès des enfants qui passe en premier.»

Dans le reste du Canada, 43 % se perçoivent d’abord comme des pourvoyeurs.

C’est 12 % au Québec.

Pour ce qui est de changer les couches et de s’occuper des enfants, un Québécois sur cinq s’en lave à peu près les mains, c’est un sur trois dans les autres provinces. Et si un Québécois sur cinq ne sait pas faire une brassée de lavage, c’est un sur quatre ailleurs au pays.

On n’y est pas encore, mais il y a du progrès.

On rigole beaucoup quand on tombe sur un bon vieux manuel de la femme au foyer, dans lequel madame est ni plus ni moins une servante. Elle ne doit jamais parler avant monsieur, s’assurer qu’il est de bonne humeur, qu’il mange à sa faim.

Même chose pour les enfants.

On rigole, mais c’était encore comme ça il n’y a pas si longtemps. Une couple de générations, pas plus, où l’homme était un figurant dans la maison. On l’oublie, mais le papa québécois est parti de loin. Il n’y a qu’à regarder la série de 1956 — et les 14 saisons — des Belles histoires des Pays d’en haut pour prendre la mesure du chemin parcouru.

Ou encore l’excellente version, plus récente, où on a juste gardé Les Pays d’en haut pour le titre, parce que ce n’était pas toutes de belles histoires.

Essentiellement, à l’époque, on s’attendait du papa qu’il ramène de l’argent et qu’il soit le préfet de discipline. C’est lui qui avait le dernier mot sur sa femme et sur ses enfants. C’est Sartre qui a dit : «mon père était officier en Indochine, il est mort très jeune, j’ai eu de la chance : il n’a pas eu le temps de m’écraser».

Alors les couches, c’était non.

À cette même époque, on s’attendait de la maman qu’elle s’occupe des enfants et de la maison, qu’elle popote, fasse la lessive, le ménage, qu’elle sache coudre, recevoir, qu’elle soit belle, qu’elle se taise. Si elle est aujourd’hui plus émancipée, reste qu’elle est encore celle qui, majoritairement, voit à la bonne marche de la maison.

C’est au début du siècle dernier qu’on a eu l’idée de consacrer une journée pour les mamans, la première aurait eu lieu en 1906 à Artas en France où on a eu l’idée de célébrer pas n’importe quelles mères, seulement les mères de familles nombreuses. Ainsi, le 10 juin de cette année-là, deux mères de neuf enfants se sont vues remettre, attention, le prix du Haut mérite maternel.

Des mères de compétition.

Et les pères, eux? À part des fêtes religieuses en l’honneur de Joseph le père de Jésus, on ne voyait rien à célébrer dans la paternité. Et, ironie de l’histoire, c’est à une femme, une Américaine, qu’on doit la première fête des Pères, en 1910. On avait créé deux ans plus tôt la fête des Mères aux États-Unis, elle trouvait injuste qu’il n’y ait rien pour les pères.

Sonora Smart Dodd a voulu leur rendre hommage.

D’abord au sien. L’institutrice avait vu son père s’occuper seul de ses six enfants après la mort de sa femme. 

L’idée a fait tranquillement son chemin, et c’est à partir des années 30 qu’on a commencé à donner des cravates et des boutons manchettes aux papas pour leur dire merci, pour souligner qu’ils ne font pas partie de la famille juste pour avoir raison. Il faudra attendre 1972 avant que Richard Nixon en fasse une fête officielle.

Woodrow Wilson l’avait fait pour les mères en 1914.

Pendant que la femme prenait sa place à l’extérieur de la maison, l’homme a commencé à prendre sa place à l’intérieur. Ce modèle de père n’existait à peu près pas, il a fallu le créer de toutes pièces, faire une refonte complète. Le papa de 1920 n’a plus rien à voir avec le papa de 2021.

Et, si on se fie au sondage Léger, c’est au Québec où la refonte a eu le plus de succès, c’est ici où les pères ne se voient plus d’abord comme pourvoyeurs, mais comme un modèle pour leurs enfants. C’est ici qu’ils sont les plus nombreux à penser qu’ils doivent d’abord être une source d’inspiration. 

Et pour être un modèle, il faut montrer l’exemple. 

C’est rassurant pour la suite, plus il y aura de bons modèles, plus il y aura de bons pères, c’est la logique des saucisses Hygrade. Un garçon qui a eu un bon père, un père bienveillant, a plus de chances de l’être aussi.

Les bons papas font les bons papas.

Et ça, ça se fête.