Vivre en CHSLD n'est pas gratuit, chaque résident doit payer un «loyer» selon ses revenus.

Les babines et les bottines

CHRONIQUE / Alors oui, apparemment, ça réfléchit fort au ministère de la Santé.
«Les équipes travaillent là-dessus.»
C'est que m'a répondu Julie White, attachée de presse du ministre de la Santé, quand je lui ai demandé ce que Gaétan Barrette pensait du fait que, depuis plusieurs années, des gens voient leur loyer en CHSLD augmenter plus que leurs revenus. Parce que la RAMQ applique les «paramètres» du Ministère.
Et qu'elle attend que le Ministère change les paramètres.
La Régie a même proposé une solution.
Je vous exposais dimanche le cas de Michel Fauteux, qui a tenté en vain de faire modifier l'augmentation de la contribution de sa mère, qui est plus grande que la hausse de sa pension de vieillesse. La pension a augmenté de 9 $, son loyer de 11 $. On lui a expliqué que c'était comme ça parce que c'était comme ça.
Une grille de calcul, ça ne réfléchit pas.
Ceux qui l'appliquent non plus.
À la Régie de l'assurance-maladie, on avait expliqué à Michel que la même grille était appliquée depuis 1999, qu'on était au courant des problèmes. Même chose au Protecteur du citoyen, où le problème est bien connu.
La balle est dans le camp du Ministère. 
Michel s'était donc tourné vers le Ministère pour en savoir plus. «Je vous confirme que la RAMQ nous a présenté un nouveau calcul à la contribution des adultes hébergés, des analyses sont toujours en cours et se poursuivront dans les prochains mois. Nous désirons ajuster cette contribution de façon équitable et juste pour tous.»
J'ai donc voulu savoir ce que le ministre de la Santé en pensait et s'il avait l'intention de faire accélérer la réflexion.
Son attachée de presse ne m'a pas dit ce que Gaétan Barrette en pensait, mais elle m'a appris quelque chose. «Les paramètres de contribution des personnes hébergées en CHSLD sont les mêmes depuis plusieurs années, soit depuis les années 80.»
Ça fait presque 40 ans.
C'est arrivé en 1988, à la maman de Claude, qui m'a raconté son histoire. Copiée-collée de Michel. «Juste pour vous faire sourire... Je fus jadis témoin de la même absurdité. À l'époque, ma mère venait d'entrer en "centre d'accueil". Elle aussi recevait l'augmentation de loyer à chaque augmentation de sa rente du supplément de revenus du gouvernement fédéral. Donc, si vous croyez les dires que l'on vous fournit, bonne chance!»
Claude avait aussi rouspété, en vain. «Les personnes à qui j'ai parlé me disaient que c'était la loi.»
Depuis tout ce temps, donc, ce sont des centaines de personnes qui s'appauvrissent un peu plus chaque année. Parce que, évidemment, les hausses de contribution viennent s'additionner les unes aux autres. Ceux qui contestent, comme Michel et Claude, reçoivent une fin de non-recevoir.
Les paramètres sont imperturbables.
Et là, on réfléchit à tout ça. «Nous sommes effectivement en réflexion sur la révision de ces paramètres, renchérit Julie White. Ceci dit, des modifications peuvent avoir différents impacts sur plusieurs catégories d'usagers. Il faut donc prendre le temps de faire ce travail correctement. Et c'est ce que nous faisons actuellement.»
Il serait pourtant simple, dans un premier temps, d'interdire une hausse de contribution plus grande que les revenus.
À quoi ressemble l'échéancier? «Les équipes du Ministère travaillent cette question de concert avec la RAMQ. Ce n'est pas une réflexion qui est simple. Nous prendrons le temps de la faire correctement.»
On n'est plus à une année près, non?
Impossible de savoir combien de personnes planchent sur le dossier ni depuis quand. L'heure, madame, est à la réflexion.
J'ai relancé l'attachée de presse une troisième fois pour en apprendre plus. «J'essaye simplement d'avoir un peu plus de détails. Combien de personnes au Ministère travaillent sur ce dossier? Depuis quand?»
J'ai fait chou blanc. «Je vous ai déjà signifié que les équipes du Ministère travaillent sur ce dossier avec la RAMQ et que nous prendrons le temps de faire le travail correctement car ce n'est pas simple.»
Ça, ça s'appelle une ligne de presse. Je n'en saurai pas plus.
J'en comprends que ça ne presse pas.