Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gaétan Barrette, depuis qu’il est à la tête du ministère de la Santé, ne s’est pas illustré comme un parangon de diplomatie.

Le Trésor en cadeau

CHRONIQUE / Gaétan Barrette n’a pas accepté à n’importe quel prix de céder sa place à la prétendante Gertrude Bourdon. Le premier ministre lui a donné, sur un plateau d’argent, le poste qu’il convoitait à la tête du Conseil du trésor.

Pierre Arcand occupe actuellement ce poste.

En conférence de presse vendredi, Philippe Couillard a fait ce qu’il n’a jamais fait en campagne, assigner deux portefeuilles, et pas les moindres, advenant l’élection des libéraux le 1er octobre. 

«Ne vous attendez pas à d’autres désignations au cours de la campagne», a-t-il prévenu, devant les journalistes présents.

Saluant la «saine gestion des finances publiques» de celui qui dirige le ministère de la Santé depuis avril 2014, le premier ministre a promis que M. Barrette jouera «un rôle clé» dans les «sorties et les entrées de fonds» de l’État «pour rendre notre État encore plus réactif aux besoins des citoyens».

Philippe Couillard a surtout salué la «grande contribution» de son ministre au réseau de la Santé et c’est d’ailleurs pour cette raison, explique-t-il, qu’il lui promet ce ministère prestigieux advenant la victoire. «Les Québécois devraient lui être reconnaissants pour ce qu’il a fait.»

Il le récompense, en somme.

Et pourquoi?

En quoi Gaétan Barrette, pour que Philippe Couillard puisse le remplacer à la Santé, obtient une telle garantie?

Pierre Arcand, lui, n’a pas droit à un tel traitement, seulement un vague engagement qu’«il continuera à jouer un rôle important dans notre équipe, dans notre prochain gouvernement. J’ai parlé à Pierre, c’est un grand professionnel, il va certainement être appelé à contribuer.»

Ce n’est pas la première fois que Philippe Couillard tente de déloger son ministre au «caractère bouillant». Lors du dernier remaniement ministériel, le 11 octobre, le premier ministre a voulu déplacer M. Barrette en lui proposant le ministère des Transports. 

Le ministre de la Santé a opposé un refus catégorique.

Cette fois, la perspective de voir son ministère confié à une personne au diapason de ses idées aurait mis Gaétan Barrette dans de meilleures dispositions. Si elle chausse ses souliers, Gertrude Bourdon marchera dans les traces de son prédécesseur, dont elle appuie les décisions, incluant l’entente avec les médecins spécialistes.

Elle promet d’amener la réforme «un step plus loin».

Et pour le faire, elle pourra compter sur un président du Conseil du Trésor gagné d’avance à ses arguments et à sa cause. S’il est vrai que Gertrude Bourdon a exigé de la CAQ l’augmentation de 8% du budget pour se joindre à l’équipe de François Legault, son appétit pourrait déranger ses futurs collègues au Saint des Saints.

Déjà que la santé accapare presque la moitié du budget du Québec.

Mais il y a plus.

Gaétan Barrette se retrouverait aussi, tel que décrit sur le site du Conseil du trésor, «régulateur et de coordonnateur des négociations dans le secteur de la fonction publique ainsi que dans les réseaux de la santé et des services sociaux, et de l’éducation». Une fonction qui, globalement, demande du doigté et du tact.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gaétan Barrette, depuis qu’il est à la tête du ministère de la Santé, ne s’est pas illustré comme un parangon de diplomatie. 

Philippe Couillard n’est pas de cet avis. «Il fait preuve de beaucoup plus de tact et de diplomatie que ce qu’on en dit. Ceux qui le rencontrent et qui interagissent avec lui peuvent en témoigner. C’est quelqu’un qui est très à l’écoute, qui écoute très bien, autant la population que les gens du réseau.» 

Vraiment?