Pour sa nouvelle bibliothèque, l'école Saint-Fidèle rêve de grands cercles percés dans les murs dans lesquels les enfants pourront s'installer pour lire.

Le pari de la beauté

CHRONIQUE / «Dans un environnement réussi, les gens sont plus beaux, plus généreux, plus heureux. L'espace, pour moi, ça sert à mettre la vie en valeur, à rendre la vie plus agréable.»
C'est Pierre Thibault qui a dit ça au collègue Normand Provencher en juin; le célèbre architecte parlait de l'importance de la beauté, il disait aussi qu'il aimerait avoir une école pour y appliquer sa théorie.
Il pourrait aller faire un tour à l'école Saint-Fidèle, dans Limoilou.
L'école où vont mes deux gars.
Il pourrait demander à voir les croquis de la nouvelle bibliothèque que la direction veut aménager : rien à voir avec l'actuelle enfilade d'étagères. L'école rêve grand, elle rêve beau, avec de grands cercles percés dans les murs dans lesquels les enfants pourront s'installer pour lire.
Des couleurs vives.
De la lumière.
Le projet prévoit un coin musique et une estrade dans laquelle les enfants pourront s'installer pour lire. Ou pour écouter quelqu'un leur raconter une histoire, un spectacle de marionnettes ou de poésie. Le projet a commencé par un simple besoin de rénover les lieux, jusqu'à ce qu'on se mette à rêver de beauté.
«La bibliothèque actuelle a été faite en 2000, mais l'école grandit, on a de plus en plus d'élèves», explique la directrice de l'école, Danièle Turgeon.
Et, tant qu'à faire une si jolie bibliothèque, elle veut en faire profiter d'autres enfants. «L'idée d'une bibliothèque communautaire est venue de deux enseignantes, il y a cinq ans. Nous souhaitons ouvrir notre bibliothèque aux CPE du quartier afin que les petits vivent une première expérience scolaire positive tout en développant un intérêt pour la lecture. Huit CPE ont déjà confirmé leur participation. C'est formidable!»
Mais l'école est une école primaire, publique, avec un budget d'école publique, que la directrice administre selon les priorités.
Et la beauté, eh bien, ça cadre mal dans une gestion serrée des ressources. «C'est certain qu'une belle bibliothèque comme ça, ça ne peut pas être notre priorité; on va réparer les planchers des classes avant.» 
Cela dit, au lieu de se dire que ça coûte trop cher, l'école a décidé de ramasser de l'argent. 
Il faut 50 000 $.
Jusqu'à maintenant, 5000 $ ont été amassés. «Il y a deux, trois ans, on a fait des marche-o-thons pour l'Halloween, ça a bien fonctionné. Mais, si on veut y arriver, il faut mettre les bouchées doubles pour financer le projet.» La directrice ira frapper à quelques portes pour vendre l'idée.
Littéralement.
Le comité de la bibliothèque, tous des bénévoles, planifient des événements; le prochain est le 1er décembre, un encan silencieux avec Webster et une conférence de Bibi, sur des histoires de gens heureux. Voilà pour la promotion. «On a vraiment plein de trucs pour l'encan, des oeuvres d'art, entre autres de Fred Jourdain, des chèques-cadeaux...»
Webster a fait son primaire à Saint-Fidèle.
La directrice aurait voulu lancer les travaux à la fin de l'année, mais elle doit repousser l'échéancier. «On est plus en 2018...» Le financement est plus ardu que prévu. «Des fois, on me répond que c'est l'État qui devrait payer, mais je dois me rendre à l'évidence, comme société, on n'a pas les moyens de projets comme ça.»
On devrait.
On se rappelle tous de l'ineffable Yves Bolduc, à l'époque où il était ministre de l'Éducation, qui avait dit qu'aucun enfant ne mourrait de n'avoir pas eu accès aux livres. La directrice de l'école fait le pari inverse : que la beauté d'une bibliothèque peut redonner vie à un enfant.
Qu'elle peut faire la différence entre aimer ou pas l'école.
Réparer un plancher ne fait pas ça.