Simone Bussières avait mis au point une méthode innovatrice pour enseigner la lecture au primaire. Elle a fait un manuel pour chaque année, «Je veux lire» en première année, «Je sais lire» en deuxième et «J’aime lire» en troisième année.

La méthode Bussières

CHRONIQUE / «Votre texte me rappelle des souvenirs de p’tite école à Québec. J’ai six ans, nous sommes en 1961, et j’apprends à lire et à écrire selon la “méthode Bussières”… En quatre mois, je lis un livre toute seule sans aide!»

Et elle n’était pas la seule. À partir du début des années 1960, la méthode Bussières, était utilisée dans les écoles de la Commission scolaire catholique de Québec, puis de Montréal à partir de 1966, même jusqu’au Japon. 

Et qui est le père de cette méthode? 

Plutôt une mère, Simone Bussières, dont je vous parlais lundi, cette femme qui est décédée le mois dernier à 100 ans passés, aussi discrètement qu’elle a vécu. Et pourtant. Elle a consacré sa vie à l’enseignement et à la pédagogie, a été la première femme à être directrice de l’enseignement au Québec.

Et, je l’ai appris par des lecteurs qui m’ont écrit, elle avait mis au point une méthode innovatrice pour enseigner la lecture au primaire. Elle a fait un manuel pour chaque année, Je veux lire en première année, Je sais lire en deuxième et J’aime lire en troisième année.

Non seulement les enfants apprenaient à lire, ils apprenaient à aimer lire.

Tout est là.

À l’époque, soit on apprenait à lire à partir de la phrase vers les lettres, soit on partait des lettres vers la phrase. Simone partait des mots. Dans un article du Soleil de 1966, elle explique comment elle emmène l’enfant à apprendre à lire en associant des images qu’il connaît à des mots qu’il découvre. «À cause de l’image qui supplée au mot, dont l’orthographe est encore inconnue, mais qui permet à l’enfant d’utiliser un vocabulaire qu’il connaît déjà, il n’est pas rare qu’un élève, après la première journée de classe, soit tout fier de dire à sa mère : “Je sais lire!”.»

Le pas le plus important est alors franchi, il se sait capable. «Il lui reste beaucoup à apprendre, mais au moins on ne l’aura pas découragé au début par l’étendue de la tâche à accomplir.»

À partir de là, plus la méthode avance, plus il y a de mots et moins il y a de dessins. Et plus l’enfant lit.

Le 3 novembre 1965, dans la rubrique «Femme de raison» de L’Action catholique, on apprend que six disques, des 45 tours, ont été enregistrés au Japon à partir de manuel de première année. «La grande qualité de cette méthode de lecture spontanée est de miser sur la spontanéité naturelle de l’enfant qui ne peut demeurer passif, l’amenant à découvrir le sens des mots par un heureux mariage de lettres et de dessins.»

Une révolution à l’époque.

On y apprend aussi que ça fonctionnait. «Une enquête menée l’an dernier auprès des professeurs de première année révèle qu’avec cette méthode les enfants apprennent à lire beaucoup plus vite, plus facilement et d’une façon plus naturelle.»

Mais qu’est-il arrivé à la méthode Bussières? 

Elle est passée à la trappe comme les autres vers la fin des années 1970, quand on a réformé l’enseignement de la lecture.

Et fait table rase.

Même chose pour la méthode Forest-Ouimet avec Mon premier livre de lecture et Mon deuxième livre de lecture, conçue par deux femmes aussi, qui a été utilisée dans les écoles du Québec de 1935 à 1972.

L’amour des mots a été le fil conducteur de la vie de Simone, autant dans cette détermination à transmettre l’amour de la lecture, mais aussi dans les nombreux contes qu’elle a imaginés et ses 17 ouvrages, le premier publié en 1951. Cela en plus de ses échanges épistolaires, entre autres avec Gabrielle Roy.

Les derniers mots de Simone, écrits juste avant de tirer sa révérence, sont surtout allés aux enfants à qui elle a consacré sa vie.

Des enfants devenus adultes.

«Merci à vous qui, enfants, écoutiez à la radio de CHRC les contes de Tante Colette, merci à vous qui, au cours de votre septième année de scolarité, avez participé aux émissions radiophoniques et télévisées des Jeunes Talents. Merci à vous qui veniez jouer avec nous en répondant à la question Que désirez-vous. Merci à vous qui avez lu mon premier roman L’Héritier et peut-être les autres; merci à vous qui avez été heureux d’apprendre à lire avec Je veux lire, Je sais lire et J’aime lire.

Merci à ceux et celles qui ont adouci les souffrances de ma dernière maladie, merci à ceux et celles qui m’ont aimée, merci à la vie pour ce qu’elle m’a donné.»