Mylène Moisan
En 2009, la course à la vaccination battait son plein, le Québec visait une campagne d’immunisation généralisée et on s’inquiétait d’une pénurie appréhendée de Tamiflu pour traiter les gens atteints de la H1N1.
En 2009, la course à la vaccination battait son plein, le Québec visait une campagne d’immunisation généralisée et on s’inquiétait d’une pénurie appréhendée de Tamiflu pour traiter les gens atteints de la H1N1.

La menace fantôme

CHRONIQUE / J’étais en quelque sorte au cœur de la tempête de la H1N1 en 2009, j’étais directrice de l’information au Soleil, des gens du ministère de la Santé étaient venus nous voir pour nous dire quoi faire.

C’est depuis ce temps qu’on a des distributeurs de Purell.

On devait être une dizaine autour de la table, de tous les départements, on trouvait ça un peu irréel, cette nouvelle souche d’influenza A détectée le 15 avril en Californie avait vite traversé au Mexique, où on avait recensé la semaine suivante plus d’une centaine de personnes infectées, une vingtaine de morts. 

En trois mois, 120 pays étaient infectés.

Je m’en rappelle comme si c’était hier, j’étais enceinte de mon deuxième garçon, mon premier n’avait pas encore deux ans, et ce nouveau virus avait justement un faible pour les enfants et les jeunes adultes, plus que pour les personnes âgées, qui sont habituellement plus vulnérables.

C’est ce qui rendait le virus si menaçant.

Le 26 avril dans Le Soleil, on indiquait que le Mexique avait mis en place des mesures d’isolement pour contenir ce qui n’était alors pas encore une pandémie. «Des écoles, des musées, des bibliothèques et des théâtres ont été fermés, et de nombreuses activités, dont plusieurs centaines de rencontres sportives et des spectacles, ont été suspendues jusqu’à nouvel ordre. Aujourd’hui, les deux rencontres de première division de football professionnel prévues à Mexico seront disputées à huis clos.»

Tous les restaurants, les bars et les cafés de Mexico, avec ses 20 millions d’habitants, avaient été fermés.

Un premier cas avait été confirmé au Québec le 1er mai, une quinzaine à l’échelle du Canada, mais les autorités de la santé publique ont vite identifié des facteurs atténuants : le réchauffement du printemps allait aider et il restait à peine un peu plus d’un mois d’école, réduisant ainsi les risques de propagation.

Au CHUQ, on demandait aux employés masculins de raser leurs barbes et leurs moustaches pour augmenter l’efficacité des masques.

Au Soleil, on avait fait installer des distributeurs de solution antiseptique, on avait mis sur pied un plan sans trop savoir si on allait devoir l’appliquer. On se préparait au pire, on suivait les nouveaux cas ailleurs dans le monde. La Russie qui mettait en quarantaine les voyageurs qui revenaient d’Amérique, les écoles qui fermaient aux États-Unis.

Un cas a été confirmé à la polyvalente de Charlesbourg. L’école n’avait pas fermé, on avait procédé à un grand nettoyage et demandé aux parents d’être vigilants si leur enfant présentait des symptômes, auquel cas de le garder à la maison pendant sept jours, le temps qu’il ne soit plus contagieux.

Air Transat avait suspendu ses vols vers le Mexique.

Début mai, on a laissé entendre que le virus tant redouté n’était pas si vilain. «Nous nous sommes préparés pour un virus d’une virulence modérée et avec un certain taux d’attaque, une certaine proportion de la population infectée, expliquait alors le Dr Alain Poirier, directeur national de la Santé publique du Québec. Donc tous nos outils qu’on a mobilisés, c’est pour un virus qui [aurait affecté] plus de gens et de façon plus sévère [que maintenant].»

L’OMS avait pourtant décrété qu’il y avait une pandémie à l’échelle mondiale, ce qui n’empêchait pas les voyagistes d’offrir des aubaines pour des voyages au Mexique, à peine deux mois après le début de la crise, Ottawa ayant levé à la mi-mai l’interdiction pour les voyageurs d’aller au Mexique.

La porte-parole de CAA parlait de «prix très extraordinaires».

Alors que les morts étaient plus nombreux, on en comptait déjà une vingtaine en juillet 2009 au Québec, la course à la vaccination battait son plein, la province visait une campagne d’immunisation généralisée et on s’inquiétait d’une pénurie appréhendée de Tamiflu, le médicament utilisé pour traiter les malades.

On craignait une deuxième vague à la fin de l’été.

Plus forte.

Des commissions scolaires avaient envisagé la fermeture d’écoles, le gouvernement a jugé que ce n’était pas utile. Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, avait reproché aux autorités de banaliser la situation. «Je tiens à le souligner. Ce n’est pas une maladie bénigne», avait-il confié à La Presse.

Selon une analyse de la professeure Esther Versluis publiée sur le site Web du London School of Economics, la pandémie de grippe A [H1N1] a officiellement pris fin en août 2010, elle a touché 219 pays, fait 18 449 morts.

Depuis l’apparition du coronavirus en Chine en décembre, 120 000 personnes ont été infectées dans 110 pays, 4351 en sont mortes.

Et le virus ne s’essouffle pas.

Les autorités québécoises, une fois encore, doivent contrer une menace qui reste encore théorique, bien que le virus soit bien installé chez nous, mais dans des proportions qui n’ont rien à voir avec des pays comme l’Italie où le système de santé est submergé au point de «sacrifier» certains malades.

Aux possibles grands maux, le Québec et le Canada appliquent cette fois-ci les grands remèdes, en fermant les écoles, annulant à peu près tous les événements festifs et sportifs, limitant au maximum les contacts entre les gens. On préfère clairement prendre le risque d’être accusé, plus tard, d’avoir péché par excès.

Tous aux abris, on verra après.