La Maison Ouverte est un clone de la première maison du genre qui a vu le jour à Paris dans les années 70. Il existe au Québec une seule autre maison comme celle-là, la Maison Buissonnière à Montréal.

La maison des enfants

CHRONIQUE / De l'extérieur, la maison n'a pas pantoute l'air d'une maison, c'est un édifice anonyme en tôle beige et bleue, au milieu d'un stationnement.
Une petite affiche dans la porte: Maison Ouverte, troisième étage.
La maison est un étage.
Et quand on monte l'escalier menant au troisième, quand on ouvre la porte, on comprend qu'une maison, ça n'a rien à voir avec l'extérieur.
C'est entre les murs que ça se passe.
Et entre les murs décorés de la Maison Ouverte, ce qui se passe est magnifique. Je dois l'imaginer, parce que ce matin-là, il n'y a pas d'enfants. Il y en est venu six la veille. Il peut y en avoir une vingtaine. 
Et parfois, comme ce matin-là, aucun.
On ne s'annonce pas à l'avance, on sonne simplement avant de monter. Deux «accueillants» sont sur place, du mardi au vendredi de 9h à 12h, ils s'adressent d'abord à l'enfant. Comment tu t'appelles? On lui pose la question, même s'il a juste trois semaines. Il comprend qu'il est quelqu'un.
On inscrit son prénom sur le tableau blanc.
Après? On laisse l'enfant aller où il souhaite, prendre le jouet qu'il veut. Si le jouet qu'il veut est dans les mains d'un autre enfant, on observe comment ils gèrent la situation. Et le conflit. L'objectif de la Maison Ouverte est de permettre aux enfants de moins de quatre ans de faire ce dont ils ont envie, mais en tenant compte des autres.
Apprendre à vivre en société, en somme. 
Quand je suis passée, Danielle Boutet et Jean-Michel Cautaerts étaient sur place, prêts à accueillir les enfants qui ne sont jamais venus. Ça nous a permis de jaser de la maison, qui a pignon sur rue depuis 1993. Danielle y est accueillante presque depuis le début. Elle en a vu passer des enfants.
Du lot, cette petite fille. «Elle ne jouait pas avec les autres, elle criait chaque fois qu'un enfant s'approchait d'elle. J'ai remarqué qu'une des seules choses qui attirait son attention, c'était les jouets qui faisaient de la musique. J'ai commencé par donner un instrument à un bébé près d'elle, et elle s'est intéressée au bébé. J'ai parlé avec elle de loin, j'ai mis un instrument proche de moi, et elle est venue à moi. Elle a joué de la musique, son père a chanté. Elle a pris confiance en elle.»
Elle a commencé à jouer avec les autres enfants.
Les accueillants sont formés pour être à l'écoute des enfants. Et des parents, qui doivent rester sur place avec leur enfant. «Ici, ils peuvent tout dire, tout est fait dans la confidentialité. Il y a quelque chose qui se passe ici, c'est un espace d'expression, un espace où les choses peuvent se dire. On n'organise aucune activité, ce n'est pas une garderie.»
C'est un microcosme.
Si certains enfants sont référés par le CLSC, les autres viennent d'un peu partout. «Tout le monde peut venir. Ça peut être une mère seule qui vient avec son enfant, un père, une gardienne, ou bien un grand-parent. Les gens peuvent venir tous les jours ou une fois par six mois, c'est comme ils veulent.»
Ils laissent, avant de partir, une contribution volontaire dans la petite boîte.
La Maison Ouverte est un clone de la première maison du genre qui a vu le jour à Paris dans les années 70. Il existe au Québec une seule autre maison comme celle-là, la Maison Buissonnière à Montréal. L'idée vient de la psychanalyste française Françoise Dolto, pour qui les enfants étaient des personnes à part entière.
On lui a reproché d'être la mère des enfants rois.
Danielle m'a servi une phrase de Dolto. «L'éducation, c'est aider l'enfant à se sentir un être humain de plein droit parmi d'autres humains.» J'en ai trouvé une autre, je l'aime bien. «L'important c'est qu'un enfant puisse toujours dire ce dont il a envie, mais pas toujours le faire.»
Il y a, quelque part, une ligne à ne pas franchir.
À la Maison Ouverte, c'est la ligne rouge entre les deux pièces. «Il y a des camions dans une pièce, les enfants n'ont pas le droit de rouler dans l'autre pièce pour ne pas blesser les autres enfants. Le parent doit faire respecter cette règle, il doit trouver une façon de se faire écouter. C'est très important aussi, il y a des parents qui ont besoin d'apprendre ça.»
Il y a des mères aussi, qui ont besoin d'apprendre à se faire confiance. «Il y a beaucoup de parents qui sont pris dans les exigences parentales qu'ils s'imposent, ils sont parfois perdus à travers tout ce qu'on attend d'eux. Nous, on fait confiance aux parents, ils le sentent. Et quand ils se font confiance, ils trouvent des solutions.»
Tout le monde sort gagnant.
La Maison Ouverte aussi, elle vient de recevoir une subvention supplémentaire du ministère de la Famille pour les deux prochaines années, presque 50 % de plus de son budget de fonctionnement. «On pense à ouvrir le samedi, peut-être ouvrir un point de service dans un quartier défavorisé. Ce qu'on fait, ça entre dans la nouvelle approche du ministre Proulx. On travaille en amont, pour prévenir d'éventuels problèmes.»
Qui sait, tout se joue peut-être avant quatre ans.
***
La Maison Ouverte est située au 111, 58e Rue Est, à Québec.