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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Le rapport final de la commission, présidée par Régine Laurent, a été rendu public lundi, près de deux ans après le lancement de la commission.
Le rapport final de la commission, présidée par Régine Laurent, a été rendu public lundi, près de deux ans après le lancement de la commission.

La DPJ doit vouloir changer

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CHRONIQUE / Il y a une semaine à peine, je vous racontais l’histoire de ce jeune de 12 ans qui a été violé en 2016 dans les douches trois jours après son arrivée dans un centre de réadaptation et de tout ce que la DPJ a fait pour étouffer l’affaire.

Et de ce qui n’a pas été fait pour aider l’enfant.

Dans son jugement rendu il y a une dizaine de jours, le juge Jean-François Noël a été cinglant, les responsables de ce centre de Gatineau ont «caché pendant quatre ans» ce qui s’est passé ce jour-là et tout ce qui s’est passé après, entre autres les mauvais traitements que le jeune a subis. 

Le juge Noël a écrit ceci : «Les lésions sont graves et répétitives et elles méritent d’être dénoncées avec vigueur, sous la forme d’un blâme adressé à la DPJ.»

Évidemment, pendant ce procès en lésion de droits, les responsables du centre de réadaptation et de la DPJ de l’Outaouais ont été appelés à témoigner pour donner leur version des faits, pour expliquer comment il avait géré la situation. Sous serment, ils ont juré qu’ils n’avaient rien à se reprocher. En introduction de la décision rendue, le juge indique que «la Directrice [de la protection de la jeunesse] considère avoir agi avec diligence et transparence».

La DPJ a effectivement fait preuve de diligence, dans son empressement et son zèle à protéger ses arrières, plutôt que l’enfant.

J’ai regardé la conférence de presse sur le dépôt du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, j’ai écouté Régine Laurent nous proposer un «projet de société» pour qu’il y ait «un cercle de bienveillance» qui soit formé autour des enfants. 

Ils sont 1,6 million au Québec.

J’ai lu les 126 pages du résumé du rapport, on y parle de l’importance d’offrir de véritables services aux enfants et aux familles qui en ont besoin pour éviter que les problèmes s’enveniment et qu’ils aboutissent à la DPJ, on y parle aussi d’arrêter de travailler en silo et de toujours agir dans l’intérêt de l’enfant.

Les commissaires ont bien vu, pendant les mois où ils ont entendu et lu des centaines de témoignages, que ce n’était pas toujours le cas.

On y parle des centres de réadaptation justement, on note que les jeunes y sont sous-scolarisés, qu’ils n’ont à peu près aucun service psychologique, que les mesures de contrôle comme la contention physique et mécanique sont trop courantes et qu’elles leur causent des dommages.

Ces mesures ont augmenté de 22,7 % en cinq ans, on en a rapporté 14 000 l’an dernier au Québec, plus de la moitié sur des enfants de 6 à 11 ans.

Ce sont celles qu’on a rapportées.

Dans leur rapport, les commissaires sonnent l’alarme. «Nous sommes donc très préoccupés par les conditions de vie des enfants et des jeunes placés dans ces centres de réadaptation et nous croyons que certains enjeux commandent d’agir à court terme pour que ces milieux de vie répondent à leurs besoins et respectent leurs droits.»

En fait, ce que la Commission a constaté, ce que d’autres ont déjà constaté avant, c’est que certains problèmes sont causés par la DPJ elle-même, qui va parfois à l’encontre de sa mission de protéger les enfants. On aura donc beau peaufiner la loi sur la protection de la jeunesse et y ajouter un joli préambule, ça ne changera pas grand-chose.

Vous vous rappelez ce qu’avait répondu le Directeur de la protection de la jeunesse de l’Estrie au lendemain du décès de la fillette de Granby? «Avant de retirer un enfant de son milieu, ça prend des faits vérifiables, avait alors répliqué Alain Trudel. C’est la dernière chose que l’on veut, retirer un enfant de son milieu. Il peut y avoir un impact sur la vie de l’enfant. […] Il ne faut pas que la solution soit pire que la conséquence actuelle.»

La conséquence a été la mort. 

«J’invite les gens au calme», avait ajouté M. Trudel devant le déluge de critiques et d’indignation. «Le danger, c’est de prendre cette situation qui est hautement émotive, mais il faut tenir compte que nous protégeons bon nombre d’enfants au Québec de façon très efficace.»

Il aurait fallu le féliciter?

Il y a une chose que j’aurais aimé lire dans le rapport de la commission, j’aurais voulu qu’on invite la DPJ à reconnaître ses erreurs, à admettre qu’elle fait parfois fausse route. À s’excuser, même. À arrêter de s’acharner, de s’entêter, de vouloir avoir raison toujours et à tout prix.

Pour changer, il faut d’abord vouloir changer.