Zoé et 27 autres jeunes de 13 à 19 ans de l'école Champagnat Guillaume-Couture ont eu la chance de se faire coiffer, maquiller, bichonner, et prendre en photo par une vraie photographe, avec des éclairages et tout.

«Je me sens comme une rockstar»

CHRONIQUE / Ce qui rend Zoé heureuse? «Me lever tous les matins et dire bonjour aux gens que je connais.»

Ça, et manger de la pizza.

Zoé fréquente l’école Champagnat Guillaume-Couture où, lundi et mardi, on a célébré la différence des élèves qui la fréquentent. Elle et 27 autres jeunes de 13 à 19 ans ont eu la chance de se faire coiffer, maquiller, bichonner, et prendre en photo par une vraie photographe, avec des éclairages et tout.

Pendant deux jours, on n’a pas parlé de spectre de l’autisme ou de déficience intellectuelle, on a jasé beauté.

Et passions.

Zoé fréquente l’école Champagnat Guillaume-Couture où, lundi et mardi, on a célébré la différence des élèves qui la fréquentent.

Le projet en est à sa deuxième année, il porte un nom tout désigné, La beauté dans la différence. Il est né de la rencontre de la photographe Amélie Boucher et d’une enseignante au cœur grand comme la Terre, Andréann Gilbert, qui a convaincu plein de gens, et les autres profs, d’embarquer dans cette folle aventure.

Juste de voir comment les profs aiment leurs élèves, c’est beau.

Cette année, tous les jeunes étaient accompagnés de la personne la plus importante pour eux, il y avait des mères, quelques pères, des sœurs, des frères, un beau-frère, une tante. Tommy, lui, est venu avec Frédéric, son superviseur de stage chez Cycles Lambert. Tommy adore le vélo.

Il y avait même une équipe de tournage, pour un documentaire.

Andréann m’a aussi convaincue, j’ai rencontré les 28 élèves l’un après l’autre, une «entrevue de journal» comme pour les vedettes. Ils se sont tous prêtés au jeu, même si pour certains, le simple fait de parler à une personne qu’ils ne connaissent pas, à travers les cloches, le brouhaha et les messages au télévox, relève de l’exploit.

Ils ont fait ça comme des champions.

Même chose pour se faire maquiller. Les enseignants ont «pratiqué» leurs élèves à se faire toucher, ce qui n’est pas une mince affaire pour certains. Tous les vendredis, on faisait semblant de les maquiller avec un pinceau pour qu’ils s’habituent à la sensation. Ils ont tous réussi.

Un pas de géant sur fond de teint.

Les jeunes m’ont parlé de leurs passions, beaucoup de partisans du Canadien, qui veulent tous que P.K. Subban revienne. Tommy ne pense pas qu’échanger Claude Julien est la solution. «C’est Bergevin qui doit partir.» Marc-Antoine, lui, fait des dossiers statistiques sur le hockey.

Ira ou pas en série, la Sainte-Flanelle?

«Je ne sais pas.»

Les jeunes m’ont parlé de roses, de trains, de chevaux, de Lego, de Pokemon. Ils m’ont parlé de mots cachés, des symphonies de Mozart, du Colisée de Rome.

Et des galettes de riz au popcorn.

Je leur ai tous demandé ce qu’ils feraient avec un million de dollars, certains n’arrivaient pas à imaginer qu’on puisse avoir autant d’argent. Quelques-uns s’achèteraient une maison, une voiture.

Jérôme, lui, «achèterait des billets pour aller voir Marc Dupré». Il emmènerait toute sa famille.

- Et avec le reste de l’argent? 

- Je n’ai pas d’idées.

Pas de voyage, pas de dépenses extravagantes. Jérôme est bien chez lui, avec les gens qu’il aime.

Tant qu’il rit, il est heureux.

Jérémie le donnerait au complet aux autres, il n’a «besoin de rien», et Thomas, lui, en «donnerait la moitié à Opération Enfant Soleil. L’autre moitié je l’investirais pour plus tard, pour mes enfants.»

Shannon s’achèterait un trombone, une trompette et un tuba. «J’aime les cuivres.» 

Sur la liste de cadeaux de Noël? Thomas veut aller faire du ski avec sa famille, Ashley veut jouer aux quilles, Marc-Antoine aimerait avoir des pantoufles de hockey et Agathe, un cahier pour y écrire ses chansons. Olivier, lui, a juste hâte au souper de famille. «J’aime tout. Sauf le poisson».

Et Kevin?

– Que toute ma famille soit réunie.

– Et comme cadeau?

– Ce serait ça, mon cadeau.

Je vous dis, ça vous remet la folie du magasinage des Fêtes à sa place, ça monsieur. Ça ramène à l’essentiel, du temps avec les gens qu’on aime, un bon souper, «du steak et des patates rondes, pas pilées», pour Kevin. 

Et une rose pour Clara.

Et deux journées toutes spéciales, à se sentir beau au milieu des regards portés sur soi. Il fallait les voir, tout sourire, comme Zoé, qui a choisi avec soins ses vêtements. «Un gilet avec une tête de mort et une jupe en cuir.»

Pourquoi? «Parce que je me sens comme une rockstar.»