Pour viser une «sécurité relative» dans les résidences pour aînés, les spécialistes en sécurité recommandent de faire souvent des exercices avec les résidents, pour que les mesures d'urgence deviennent un automatisme, qu'elles fassent partie du quotidien pour le personnel et eux.

Il y a de la fumée sans feu, la suite

CHRONIQUE / Entre 8 et 11 minutes. C'est le temps maximal que doit prendre l'évacuation d'un immeuble à logements. Dans les résidences pour personnes âgées, c'est un double défi.
J'écrivais la semaine dernière l'histoire d'une fausse alarme qui aurait pu être vraie, où des résidents se sont sentis laissés à eux-mêmes. Où des gens, habitant au quatrième étage, n'avaient pas la mobilité nécessaire pour descendre tout seuls. Un mouvement de panique qui aurait pu mal tourner.
On s'entend. Il est normal, quand l'alarme sonne, de paniquer.
Charles Gauthier est relationniste pour l'Association des techniciens en prévention des incendies du Québec, il en connaît un bail sur le sujet. Il est arrivé à notre rencontre avec un gros cahier à anneaux.
Dedans, la théorie.
Il m'a expliqué les normes de certification, l'exercice minuté par les pompiers qu'il faut réussir une fois tous les quatre ans. 
Une fois tous les quatre ans.
Le reste du temps, «on suggère aux exploitants de faire deux exercices par année». Les exploitants décident de la forme que ça prend, s'ils font des exercices complets ou seulement pour le personnel. «Il faut faire l'exercice quand il y a le moins de personnel, dans les pires conditions.»
Question de déjouer la loi de Murphy.
Parce que Murphy aime mettre le feu la nuit, la veille du jour de l'An. Murphy s'amuse aussi à faire des fausses alarmes. «Plusieurs alarmes sont causées par des dégâts d'eau», qui mettent le feu aux poudres pour rien. C'était le cas dans l'histoire que je vous ai racontée la semaine passée.
Un robinet oublié, ploc, ploc, qui dégoutte dans un détecteur.
Une lectrice m'a écrit pour me signaler qu'à la résidence où habite sa mère, on a installé des robinets à arrêt automatique et d'autres dispositifs pour réduire les risques de fausses alarmes. Mais ça coûte des sous ce genre de bidules, même si ça peut régler des problèmes à la source.
Ce n'est pas obligatoire.
Ce qui le sera, ce sont les gicleurs, date butoir le 2 décembre 2020, dans trois ans. Charles m'a appris que 20 % des résidences sont actuellement munies de gicleurs. «Il y en a qui vont attendre au 2 décembre...» Le problème est plus préoccupant pour les petites résidences, qui n'ont pas les moyens. «Il faut compter environ 3000 $ par porte...»
Le gouvernement ne paye-t-il pas la note?
Noui. «Un des problèmes pour les gicleurs, c'est que l'accès au financement reste difficile. Le gouvernement rembourse 60 % de la facture avec une preuve de paiement final, et le remboursement est fait sur cinq ans, à raison de deux versements par année.» Il faut avoir les reins très solides.
Faute de gicleurs, il faut se croiser les doigts.
Et ne pas se croiser les bras. Pour viser une «sécurité relative», Charles ne parle pas de sécurité totale, «il faut que les mesures d'urgence deviennent un automatisme. Il faut que ça fasse partie du quotidien pour le personnel».
Et pour les résidents, surtout.
D'où l'importance de faire de vrais exercices d'incendies, avec tout le monde. Pas des exercices silencieux pour ne pas stresser - ou blesser - les résidents inutilement, comme le suggère le Regroupement des résidences pour aînés. La pratique se répand, elle a d'ailleurs été adoptée à la résidence de Charlesbourg dont je vous ai parlé. Dorénavant, on pratique l'évacuation à l'insu des locataires.
Charles sonne l'alarme. «Il est important que les exercices ne se fassent pas sans faire pratiquer les résidents. Ils doivent pouvoir pratiquer. C'est pour eux un test pour savoir s'ils entendent toujours bien l'alarme ou s'ils sont encore en mesure de se rendre à la cage d'escalier. En l'espace de quelques années, leur mobilité peut changer. Cet exercice permet de mettre à jour leurs capacités.»
Et de déménager au rez-de-chaussée s'ils ne peuvent plus descendre les marches.
«Plus il y a de vraies pratiques, plus on augmente les chances que ça se passe bien le jour où il y aura une véritable évacuation. Quand il y a un exercice, les gens doivent être tous informés de la date, de l'heure, ils doivent savoir quoi faire et où aller.» Ça reste le meilleur antidote à la panique.
Mieux vaut mettre de l'eau sur le feu que de l'huile, non?