Une alarme s'est déclenchée le 23 juin à 21h30 dans une résidence de personnes âgées, suscitant tout un brouhaha.

Il y a de la fumée sans feu

CHRONIQUE / La veille de la Saint-Jean, Mark et sa femme vont voir les parents de madame dans une résidence de Charlesbourg, on y a une vue magnifique des feux d'artifice.
Ils font ça chaque année.
Les beaux-parents de Mark y habitent depuis trois ans. «Ils ont fait une couple de résidences avant et celle-ci est vraiment excellente. Ils mangent bien, on ne les a jamais vus aussi heureux que depuis qu'ils sont là.»
Le problème n'est pas là.
Le 23 juin, donc. Le soleil, de guerre lasse, se couche sous la flotte. «Tout à coup, il doit être autour de 21h30, l'alarme part, me raconte Mark. On attend un peu, ça n'arrête pas, on réalise qu'il y a quelque chose qui ne va pas. On doit sortir, tout le monde doit sortir. On doit évacuer.»
Environ 150 logements sont touchés. Les ascenseurs sont arrêtés, ce qui est normal, il faut utiliser les escaliers. 
Ses beaux-parents sont au quatrième étage, le dernier, ils sont encore autonomes. Ce n'est pas le cas de tous leurs voisins. «Il y avait des personnes qui ne pouvaient pas marcher, il y en a qui ne comprenaient pas ce qui se passait, il y avait un monsieur qui cherchait sa femme, un autre avec un cathéter qui disait «occupez-vous pas de moi, je vais mourir ici...» Il y avait une madame qui descendait les marches sur les fesses. Je me sentais comme sur le Titanic.» Mark et sa femme ont donné un coup de main comme ils ont pu.
Et là, vous vous demandez à quel moment le personnel intervient. Les quatre employés présents ce soir-là en ont plein les bottes. Ils sont surtout au rez-de-chaussée, à localiser et à identifier la cause de l'alarme.
La cloche sonnait sans arrêt.
L'appel d'urgence venant de la compagnie du système d'alarme est entré à la caserne à 21h43. Dans le bref rapport rédigé par le service d'incendie, il est indiqué que la compagnie  n'a pu joindre aucun responsable à la résidence. La compagnie a ensuite contacté la personne-contact, qui s'est rapidement pointée.
Les pompiers sont arrivés à travers le brouhaha, ils se sont vite dirigés vers la cuisine du rez-de-chaussée. «Ils ont vu que c'était un dégât d'eau, l'eau tombait de l'étage au-dessus, de l'eau était tombée sur le système d'alarme, qui s'était déclenché.»
Fausse alarme, donc.
Mais la panique, elle, n'était pas moins vraie. «On a demandé à la réceptionniste d'annoncer au télévox que c'était correct, de dire aux résidants qu'ils pouvaient regagner leur appartement, elle disait qu'elle n'avait pas l'autorisation... on a rassuré des gens, on leur a dit que c'était une fausse alarme.»
Une dame s'est laissée tomber dans les bras de la femme de Mark. «Elle pleurait, elle disait «j'ai tellement eu peur, je ne peux pas marcher.» Mais qu'est-ce qu'elle fait au quatrième étage? Une autre a demandé d'aller avec elle dans son logement, elle avait peur, elle voulait qu'on vérifie s'il n'y avait personne de caché.»
Je parie qu'elle n'a pas dormi de la nuit, qu'elle ne doit pas être la seule.
Le responsable de l'entretien est parvenu à rétablir les ascenseurs, les résidants ont commencé à regagner leur logement. Les pompiers sont repartis à 21h55, Mark et sa femme sont partis un peu plus tard, une fois le calme revenu.
Ils ont eu chaud, au propre et au figuré. «Je n'ai jamais vu une telle désorganisation. Il y avait un sentiment de panique et on se sentait vraiment laissés à nous-mêmes. Est-ce qu'ils ont un protocole? S'il y en avait un, ça ne paraissait pas. S'il y avait eu de la fumée qui était montée, ou une fuite de gaz, ça aurait été une catastrophe.»
Oui, il a pensé à L'Isle-Verte.
J'ai appelé à la résidence, j'ai discuté avec la directrice. Elle m'a parlé du protocole qui, jure-t-elle, a été suivi à la lettre. En fait, qui aurait été suivi à la lettre s'il y avait eu un feu. Elle m'a parlé du cahier dans lequel les résidants sont «codés» selon leur condition, pour établir l'ordre d'évacuation.
Elle m'a parlé de la liste des employés qui habitent près de la résidence pour les appeler en renfort, au besoin.
Elle m'a parlé de tous les efforts que déploie la résidence pour assurer la sécurité des résidants, des normes de certification, des rencontres qui sont organisées avec les pompiers, «qui va au-delà des normes», des affiches posées derrière les portes d'entrée des logements avec les consignes en cas d'urgence.
Elle m'a également dit que, maintenant, les exercices d'incendies se font en silence, «pour éliminer les personnes âgées des pratiques. C'est ce que prône le Regroupement des résidences pour aînés». Selon l'organisme, les exercices avec l'alarme causent un gros stress chez les résidants, en plus des risques de blessures.
Ils l'ont échappé belle, le 23 juin.
N'aurait-il pas fallu que les résidants soient pris en charge dès les premières minutes? Que les gens ne soient pas laissés à eux-mêmes, dans le désordre total, à se ruer dans les escaliers? N'aurait-il pas fallu pouvoir compter sur un système de communications plus efficace?
Il ne faut pas attendre un drame pour se poser ces questions.
Et ça vaut pour toutes les résidences.