Quand une vapoterie reçoit une contravention pour avoir placé des embouts de plastique dans un bol, le constat dit qu’on a «exposé du tabac à la vue du public».

Entretenir le flou

CHRONIQUE / Une chose d’abord, je ne vapote pas.

J’ai fumé.

J’ai commencé ça à 20 ans. Je faisais de la télé, et, niaiseux de même, il y avait juste les fumeurs qui prenaient des pauses. Je me suis mise à fumer des Benson’s 100, plus longues que les autres, pour avoir une pause plus grande.

Je vous l’ai dit, niaiseux de même.

J'ai toujours fumé à temps partiel, j’ai arrêté le jour, j’ai continué à griller des cigarettes quand je prenais un verre, en me disant que je pourrais arrêter n’importe quand. Évidemment, je me contais des histoires, j’étais accro, même avec quelques cigarettes par jour. 

Arrêter de fumer a été une des choses les plus tough de ma vie.

J’ai arrêté seule, mais j’aurais pu faire comme bien des gens et essayer les timbres de nicotine, le Zyban, l’hypnose, la gomme et tous les autres trucs qui peuvent aider à écraser. J’aurais pu vapoter.

Qu’on aime ou pas, inhaler de la nicotine, en réduisant la dose graduellement, peut être une solution. 

C’est tellement vrai que Nicorette a concocté un inhalateur de nicotine, qui est en vente libre en pharmacie. La forme ressemble à une cigarette, c’est voulu, tel qu’il est expliqué sur le site de la compagnie, pour conserver le rituel du geste.

Et ça fonctionne.

La cigarette électronique découle de cette même logique. Cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, Martin Juneau est de ceux qui la recommandent. «Globalement, c’est 80 % de mes patients irréductibles qui ont arrêté de fumer avec la cigarette électronique. Ce que je n’ai jamais vu avec les traitements habituels, a-t-il confié à Radio-Canada en 2014. [...] On fume pour la nicotine, mais c’est le tabac qui nous tue.»

Entre deux maux, dit-on, il faut choisir le moindre.

En janvier 2015, en marge d’une commission parlementaire, le ministre Gaétan Barrette avait dit ceci : «La cigarette électronique, pour cesser de fumer, est un moyen qui clairement, est d’une efficacité extraordinaire».

Ça a le mérite d’être clair.

Ceci étant dit, même si un certain consensus scientifique semble se dégager en faveur du vapotage, certaines inquiétudes demeurent, notamment sur le risque que les jeunes passent de la cigarette électronique à la «vraie» cigarette. 

C’est pour cette raison que le gouvernement québécois a décidé, en novembre 2015, d’assujettir les vapoteries à la loi sur le tabac.

Même s’il y a zéro tabac.

Le problème, ce n’est pas d’avoir légiféré. Parce que la nicotine est une drogue, le gouvernement se devait de mettre des balises. Ça aurait pu s’appeler Loi encadrant l’usage et le commerce des produits de la vape.

Pas plus compliqué que ça.

Le gros problème, c’est d’avoir fait du copié-collé, c’est d’appliquer les articles sur le tabac à des produits qui n’en sont pas. Ainsi, quand une vapoterie reçoit une contravention pour avoir placé des embouts de plastique dans un bol, le constat dit qu’on a «exposé du tabac à la vue du public».

Mais un briquet au dépanneur, c’est OK.

Nos enfants peuvent facilement voir un paquet de cigarettes si le client avant nous en achète un, ils peuvent nous accompagner à la SAQ, ils peuvent même voir, dans les vitrines de certaines boutiques de la rue Saint-Joseph et Saint-Jean, bien exposés aux regards, des pipes à eau et des pipes à hasch.

De toutes les couleurs.

Dans une vapoteries, les vitres doivent être givrées.

Je vous ai raconté lundi que certains inspecteurs de la police du tabac ont une interprétation plutôt large de la loi, ils ont le beau jeu. Les chiffres du ministère confirment que les 381 vapoteries font l’objet de deux fois plus d’inspections que les 7500 points de vente du tabac.

Appelée mercredi à commenter le dossier, la ministre Lucie Charlebois a dit qu’elle n’y voyait aucun problème. «On a des inspecteurs qui vont sur le terrain et qui font leur travail. Dans quelle mesure ils font quoi, ils vont où, ce n’est pas du ressort de la ministre. [...] Pourquoi ils vont là plus spécifiquement qu’ailleurs? Je ne peux pas vous répondre. Il faut leur demander à eux.»

Elle pourrait s’en informer, quand même.

Le Québec a-t-il l’intention d’emboîter le pas à la Grande-Bretagne où on prescrit et rembourse depuis un an la cigarette électronique? «Il n’y a pas de recherche concluante en prévention de santé. Je discute régulièrement avec différents chercheurs, il n’y a rien qui nous dit que ce genre de produit là n’est pas du tabac, ou des dérivés du tabac. [...] Il n’y a rien qui ne nous dit pas que ça ne va pas faire en sorte qu’on a des jeunes qui vont commencer à fumer avec ça.»

Le même argument que servent les opposants à la légalisation de la marijuana.

Et alors, pourquoi trouve-t-on en vente libre en pharmacie, les «fausses» cigarettes de Nicorette? «Nicorette, c’est reconnu comme un médicament, réplique la ministre. C’est bien différent, ce n’est pas de la nicotine. On ne parle pas pantoute de la même chose.»