Depuis six mois, des frais accessoires sont imposés aux patients dans les hôpitaux, contrevenant ainsi à l'interdiction décrétée le 26 janvier, écrit notre chroniqueuse.

Des frais accessoires à l'hôpital

CHRONIQUE / Depuis six mois, des frais accessoires sont imposés aux patients dans les hôpitaux, contrevenant ainsi à l'interdiction décrétée le 26 janvier.
Voici comment je l'ai découvert.
Fin avril, une partie de mon épaule droite a été remplacée par une prothèse en métal. Le chirurgien, Stéphane Pelet, a fait un petit miracle, il avait prévu 45 minutes pour me rafistoler, il en a mis le double, il était très content du résultat. Quand il a eu fini de tout recoudre et de tout nettoyer, il a placé mon bras dans une attelle, pour que rien ne bouge.
Normal.
Je me suis réveillée amochée, le coeur sur le bord des lèvres, le bras calé dans mon attelle. J'ai dû reprendre rapidement mes esprits, on ne s'éternise pas dans le département de chirurgie d'un jour. À 22h, tout le monde doit être parti. Je suis partie l'avant-dernière, juste après avoir vu l'infirmière pour les consignes.
Elle m'a remis des papiers, une photocopie des recommandations après la chirurgie, une prescription de Dilaudid.
Et une facture.
Dans les «vaps», je n'ai pas porté attention.
J'ai examiné la chose le lendemain, il s'agissait d'une facture de Prothèse Savard pour l'attelle, 29,50 $, payable le plus tôt possible. 
Et là, j'ai tiqué. 
Comment se fait-il que l'attelle soit en extra? Je ne dis pas si j'avais exigé un modèle dernier cri avec fonction de massage intégré, mais là, je suis devant le fait accompli. Pendant que j'étais endormie, j'ai acheté une attelle. Attelle dont j'ai absolument besoin, cela dit, là n'est pas la question.
J'ai réglé la facture, perplexe.
De retour au boulot il y a trois semaines, j'ai appelé le CIUSSSCN, attention retenez votre souffle, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale nationale, pour en avoir le coeur net.
Ça fait longtemps que les patients se réveillent avec une facture?
La fille des communications m'a dit que ça se passe comme ça depuis des lunes, que «l'hôpital ne fournit pas les aides techniques», que c'est la RAMQ qui doit rembourser la facture. 
J'ai trouvé ça un peu niaiseux, vu que ça reste de l'argent public pareil. Mais bon. J'ai appelé la RAMQ pour savoir comment ça marchait pour se faire rembourser, la fille des communications ignorait que les attelles étaient aux frais de la RAMQ. Elle a fait ses petites recherches.
Très efficace, la dame.
Elle m'est revenue rapidement avec une réponse, les attelles ne sont pas une aide technique, non remboursable donc. Elle m'a envoyé la liste des articles remboursés, j'y ai vu la prothèse qui est dans mon épaule, mais pas d'attelle.
Retour au CIUSSSCN, j'explique que l'attelle n'est pas une aide technique pour la RAMQ, la fille ne sait pas trop quoi répondre, elle me suggère d'appeler au CHU, Centre hospitalier universitaire de Québec, pour savoir ce qu'il en est exactement.
Pendant que j'étais endormie, j'ai acheté une attelle. Ça fait longtemps que les patients se réveillent avec une facture?
Je commence à me sentir comme dans la maison des fous.
Au CHU, la fille des communications n'est pas au courant que les attelles sont facturées aux patients. Elle me rappelle, elle a élucidé le mystère de la Caramilk. En menant ses recherches, elle a appris que lesdites attelles sont considérées comme des frais accessoires. Elle m'a dit que les béquilles entraient aussi dans cette catégorie. Même si elles sont absolument essentielles pour quelqu'un qui vient de se casser le fémur, mettons.
Et là, j'ai tiqué encore.
Je suis allée voir sur le site de la RAMQ. Et vlan. «Le 26 janvier 2017 marque l'abolition des frais accessoires. Désormais, seuls les frais liés au transport d'échantillons biologiques peuvent être facturés aux patients par les médecins et les professionnels de la santé qui offrent des services couverts par la Régie.»
Pour mémoire, rappelons que les frais accessoires ont été abolis à la suite d'une poursuite déposée l'an dernier par l'avocat Jean-Pierre Ménard parce qu'ils contreviennent à la Loi canadienne sur la santé. Devant la menace de la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, de réclamer à Québec les montants perçus en frais accessoires, le ministre Gaétan Barrette avait fait volte-face et annoncé leur abolition. 
Soit le message ne s'est pas rendu dans les hôpitaux, soit on contourne la règle en passant par Prothèse Savard.
Allô la RAMQ, il y a quelqu'un? Rebelote, je demande à la fille des communications des précisions sur la facturation des attelles. «Effectivement, depuis l'abolition des frais accessoires en janvier dernier, certaines fournitures comme les plâtres de base, les tapings et certaines attelles doivent être gratuites lorsqu'on consulte en clinique. Il faut que je m'informe à savoir si cela s'applique aussi aux établissements hospitaliers.»
Depuis, silence radio.
J'ai laissé presque deux semaines pour lui donner le temps d'apporter les nuances, en la relançant presque chaque matin. J'ai eu droit à «nous avons une équipe qui travaille là-dessus», à «il nous reste des éléments à analyser».
Quels éléments? Pas de réponse.
Ce qui semble clair, c'est que des centres hospitaliers contreviennent depuis six mois à l'interdiction de facturer aux patients des frais accessoires. Ce qui reste à déterminer, c'est l'ampleur de la facture qui a été illégalement refilée aux patients. Combien d'attelles, de corsets, de béquilles?
Est-ce qu'on remboursera tout ce beau monde?
À suivre.
Public contre privé
Fin juin, tout juste avant mon retour au travail, plus de deux mois après la chirurgie, le téléphone sonne chez moi.
- Madame Moisan, on aurait une place pour votre résonnance magnétique à l'hôpital Saint-Sacrement?
- ...
- Madame Moisan?
- Ça va être correct, merci.
Il y a un bon bout de temps déjà, je m'étais tournée à contrecoeur vers le privé, 665 $ pour un rendez-vous en 48 heures, parce que j'ai la chance d'avoir une assurance avec mon employeur. Ceux qui n'en ont pas endurent leur mal, des mois et des mois, jusqu'à ce que le téléphone sonne.
Et ça non plus, ce n'est pas accessoire.