Sur les réseaux sociaux, après le passage de Dorian, les Madelinots se passaient le mot pour s’entraider ou annoncer des objets retrouvés, comme ce kayak rouge.

De petites choses, comme un lilas

CHRONIQUE / Dorian est parti comme il est arrivé, les Madelinots sont sortis dehors, difficile à croire en voyant le ciel bleu qu’un cyclone post-tropical venait de passer. L’heure était au bilan.

Les Îles y ont goûté, ça aurait vraiment pu être pire, pas de morts, pas de blessés, c’est le plus important. Les Bahamas n’ont pas eu cette chance. Les Madelinots, comme les habitants de la côte de la Nouvelle-Écosse, s’en sont tirés avec une bonne frousse et de gros dégâts.

On l’a regardé monter vers le nord, on observait les prévisions des vents surtout, Météo Média donnait à un certain moment des rafales dépassant les 160 kilomètres à l’heure. On parlait d’un ouragan qu’on faisait alterner entre les catégories un et deux et puis, ce que nous avions souhaité est arrivé, Dorian s’est essoufflé en chemin.

Le pire n’est pas arrivé.

Pas cette fois.

Le lendemain, les Madelinots ont fait le tour de leur maison, de leurs îles. Le chemin des Chalets a été magané, un chalet s’est retrouvé dans l’étang; une partie du quai à la marina de Havre-Aubert a lâché, des voiliers sont venus se fracasser dans la baie; des portions de route ont été brisées, des arbres arrachés.

Le lilas de Denise a ployé.

Un peu comme les Madelinots, il n’a pas cassé. Sur le groupe «J’annonce aux îles» sur Facebook, Denise a demandé s’il y avait quelque chose à faire pour son lilas «pas cassé, pas déraciné», pour qu’il se relève de la tempête lui aussi. France lui a répondu qu’elle connaissait un ami qui pouvait l’aider, Denise l’a remerciée.

«C’est ma fleur préférée, le lilas», a écrit France.

Catheryne, elle, a mis une photo d’un repas qu’elle mitonnait, «ceux dans la misère soyez pas gênés, on se serre, venez nous voir! […] On a des cartes aussi!»

Pour les arbres arrachés un peu partout, le festival Contes en îles a fait un appel à tous, c’est la 18e édition fin septembre avec la traditionnelle la Grande nuitée, où on se raconte des histoires autour d’un grand feu de camp. Le bois est arrivé, tant et tellement que la cour est pleine.

Mais les flammes, cette année, ne feront pas danser l’ombre des conteurs sur les falaises rouges de la plage de Dune-du-Sud, la plage a été mangée par les tempêtes de l’hiver.

On ira à Gros cap.

Dorian a soufflé comme aucune autre tempête avant, assez pour renverser des roulottes, emporter un chalet. Il a attrapé au passage un kayak rouge que Lise a aperçu le lendemain, elle a lancé un avis de recherche. «Tu as survécu à Dorian, mais t’es pas certain que ton beau kayak rouge a fait de même? J’ai une super nouvelle pour toi... Il est embourré tight dans l’arboutarde en face de chez Hélène des Îles du côté de la Baie, mais semble pas magané, juste sale un ti-peu...»

Arboutarde, pour herbe à outardes.

Le mot s’est passé, le propriétaire du kayak a contacté Lise quelques jours plus tard, il a dit merci à Lise.

Chez Attention Fragîles, un organisme dédié à la protection de l’archipel, Dorian a même inspiré une chanson, écrite d’une traite par les membres de l’équipe pendant l’heure du lunch, le lendemain de la tempête. Comme un pied de nez à Dame nature, sur l’air de Le Vent nous portera, de Noir Désir. Ils se sont filmés la chantant dehors avec la mer derrière, la chanson a passé à CFIM, la vidéo vues presque 17 000 fois.

«Si t’as une grosse job à faire

Ta toiture avant l’hiver

Dorian est un fier-à-bras

Il t’la débardot’ra

Le vent les portera

[…]

Pendant que la marée monte

Et que les quais se démontent

Les bateaux en hécatombe

On s’relèv’ra demain

Dorian l’emport’ra pas

Nous on restera là

Demain on r’construira

Ah! Cette pauvre Madeleine

Quelques dunes devenues plaines

Cap écarlates qui s’éclatent

Escaliers pulvérisés

Y’aurait de quoi pleurer

Mais on s’décourag’ra pas

Madeleine remportera!»

Les Madelinots vont se relever, comme le lilas de Denise.