Vincent Boutin et Victor Légaré ont traversé le Canada à vélo cet été et ont amassé de l’argent pour la Fondation Élan, qui aide les personnes avec des déficiences physiques.

De l’importance d’être entêté

CHRONIQUE / La Fondation Élan m’a appelée pour me parler de deux jeunes de 18 ans qui ont traversé le Canada à vélo pour une bonne cause.

Ouin, pis?

C’est un exploit en soi, je sais, mais il y a de plus en plus de personnes qui pédalent les milliers de kilomètres qui séparent le Pacifique de l’Atlantique, comme il y en a de plus en plus qui courent des marathons. 

Simple constat.

Sauf que, dans ce cas-ci, un des cyclistes aurait pu ne jamais faire de vélo de sa vie, les médecins n’auraient misé un brun là-dessus. Victor Légaré est atteint de dyspraxie visuo-spatiale, un trouble qui affecte sa coordination.

Une condition essentielle pour pédaler.

Il partait de loin. «À cinq ans, je n’étais pas capable d’attacher mon manteau et à sept ans, je ne laçais pas mes souliers.» Le verdict de dyspraxie est tombé, il a eu besoin d’aide, à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ), pour faire ces gestes, somme toutes, très simples.

«Il y en a qui pensaient que je ne ferais jamais de vélo.»

Pas lui, ni ses parents. «Pour moi et mes parents, ça a toujours été clair, la dyspraxie n’allait pas m’empêcher de rien. Ça demande juste plus d’efforts. C’est un niveau de difficulté de plus, mais je ne le vois pas. Il y en a qui s’apitoient, mais moi j’ai préféré me battre pour que ça marche.»

Il a buché. «J’étais fasciné par le vélo, mais je n’étais pas capable d’en faire. Je tombais, je recommençais, jusqu’à ce que ça marche.»

Même chose pour le ski.

Et une fois que son cerveau connait la marche à suivre, le dossier est réglé. «Une fois que c’est appris, c’est appris.» Il pédale aujourd’hui comme n’importe qui, en fait bien mieux que n’importe qui. 

Il a pédalé 6000 kilomètres cet été avec son meilleur ami, Vincent Boutin.

J’ai rencontré les deux en début de semaine, dans les nouveaux locaux de la Jeune Coop Roue-libre, au cégep Garneau. Vincent est président et Victor, vice-président. Visiblement, le périple n’est pas venu à bout de leur amour du vélo.

Ni de leur amitié, qui dure depuis 10 ans.

À peu près depuis que Victor a appris à pédaler. «Quand j’ai finalement réussi à faire du vélo, j’en faisais tout le temps!»

L’idée de traverser le Canada en bécane est donc venue naturellement. «À 12 ans, je m’étais dit que je le ferais un jour.» Et le jour est venu. «On venait de finir notre été l’an passé, on avait travaillé. Moi j’avais deux emplois, raconte Vincent. On s’est rendu compte qu’on n’avait rien réalisé.» 

Ils ont planifié leur projet pendant l’année, se sont préparés comme ils ont pu. «On faisait des 30, des 40 kilomètres. Mais c’est sûr le terrain, au tout début, qu’on s’est vraiment entraînés. Partis de Victoria le 28 mai dernier, ils ont fait leurs derniers tours de pédales le 6 août à Halifax.

En cours de route, ils ont amassé de l’argent –5000 $– pour la Fondation Élan, qui aide les personnes avec des déficiences physiques.

Avec Victor et Vincent, on n’a pas tant jasé de dyspraxie que de leur périple, du vent qu’ils ont eu en pleine face, des rocheuses qui ne sont pas si escarpées que l’on pense, des prairies qui ne sont pas aussi plates que l’ont dit. «C’est sûr qu’on a eu des problèmes, confirme Victor, mais on a toujours trouvé des solutions.»

Et ils ont vu du pays. «C’est sûr que les paysages étaient super beaux, mais ce qui m’a marqué le plus, ce sont les gens. C’est incroyable comment les gens sont gentils. Il y en a qui nous ont offert à manger, ou une bière, ou qui nous invitaient à dormir chez eux. On a vraiment fait des rencontres incroyables.»

Ça m’a rappelé ma traversée sur le pouce, j’avais 25 ans, Victor et Vincent n’étaient pas encore nés.

Ils ont eu leur lot d’aventures et de mésaventures, comme Vincent qui s’est fait voler son bicycle au quatrième jour, à Vancouver. Comme cette pièce qui a cassé sur son vélo, un morceau qu’on trouve juste dans un magasin de vélo. «On était dans le milieu de nulle part. On a fait du pouce, un camionneur s’est arrêté. Il avait juste une place...»

Victor l’a rejoint en vélo, 400 kilomètres plus loin. 

Allez savoir pourquoi, ce genre de choses arrive toujours quand on est dans le milieu de nulle part.

Ils ont parfois eu le goût d’abandonner, mais ils ont persévéré. Comme l’a fait Victor il y a 10 ans. «Quand j’ai appris à faire du vélo, j’ai mis tous les efforts qu’il fallait, je n’ai pas abandonné. J’étais entêté. Je le suis encore. Et il faut être entêté pour traverser le Canada en vélo.»

C’est ce que j’ai retenu. 

Il faut être entêté.