Katou, 13 ans, a pu fêter Noël pour vrai, pour la première fois de sa vie.

De la suite dans les idées

Voilà venu le temps de revenir sur certaines histoires que je vous ai racontées cette année, parce que la vie continue, tout simplement.

Le premier (vrai) Noël de Katou

Vous vous souvenez de Katou? Cette belle fille née avec un syndrome dont elle seule a le secret, que les médecins n’ont à ce jour pas réussi à identifier. Ses parents l’ont simplement baptisé le syndrome Katou, ils ont appris à vivre avec.

Leur fille a 13 ans, elle est un «bébé géant d’amour».

Les mots sont de sa mère Chantal, qui alimente un blogue où elle raconte comment ça se passe avec leur fille, qui a un âge mental entre 8 et 10 mois et moteur de 18 mois. 

Je vous ai parlé d’eux la première fois parce qu’ils voulaient faire adapter leur maison, ils devaient ramasser 20 000 $ pour obtenir la même somme d’un programme gouvernemental. 

Je vous ai parlé d’eux une deuxième fois parce qu’ils avaient ramassé les 20 000 $, mais que c’était tellement compliqué avec le programme d’adaptation de domicile (PAD) qu’ils avaient dû laisser tomber. «Les plans n’avaient rien à voir avec ce qu’on s’était entendu, ils les avaient modifiés sans nous en parler. Il n’y avait plus d’agrandissement, même s’ils avaient dit oui, il fallait utiliser l’espace du salon, on n’aurait plus eu de salon. Il n’y a plus de bain non plus, c’était une douche. J’en pleurais...»

De très généreuses personnes ont, de façon anonyme, donné assez d’argent pour qu’ils puissent faire les travaux.

Et voilà, maintenant, les travaux sont pratiquement terminés. Katou a sa chambre au rez-de-chaussée, son bain. Et la famille a pu passer Noël au salon. 

Le plus beau depuis longtemps.

Chantal l’a raconté sur Facebook. «Pour la première année depuis qu’elle est née, Katia a vécu cette belle féerie de Noël!!!!! Elle était belle à voir! Elle a fait le party avec nous jusqu’à 4h du matin. Elle riait, elle dansait! […] Elle était heureuse de tous ses jouets, elle les emmenait dans son lit pour jouer avec. Pour nous, ça a été notre cadeau de la voir si vivante, consciente et heureuse! Elle faisait partie de la fête, c’était vraiment différent des autres années.»

Elle a fini ça par «merci la vie».

J’avais pris des nouvelles d’eux la semaine passée, Chantal me racontait comment leur quotidien était plus doux. «Katia est tellement belle à voir je te dis! Elle dégage la joie et le bonheur depuis septembre! On ne l’avait pas vue expressive comme ça depuis des années. Je ne sais pas si elle ressent notre plénitude, car c’est certain qu’on est beaucoup moins stressés et préoccupés! 

Elle mange à nouveau aussi et ça aussi c’est revenu du jour au lendemain sans raison particulière. On en est bien heureux. 

Elle rit tout le temps, elle est rendue qu’elle court presque! Et elle dit des «bbbbbbbb» elle est mignonne. Quand je pense qu’on avait plus d’espoir de s’en sortir, que je pensais la placer et que je vois maintenant le chemin parcouru, de voir combien elle est heureuse, j’ai le cœur qui déborde de gratitude.»

Pour tous ces gens qui ont fait une différence.

Et redonné le sourire à Katou.

Les lutins de David Philippe sont particulièrement malcommodes!

Les lutins de David

J’ai connu David Philippe grâce aux lutins de Noël, ceux qu’ils avaient piégés étaient particulièrement imaginatifs, jusqu’à enlever tous les panneaux des armoires de la cuisine… et lui raser le poil de chest.

Le Noël avant, David pensait que c’était son dernier avec ses enfants.

Une récidive de cancer.

Des chances de survie nulles selon les pronostics, jusqu’à ce qu’un médecin lui propose un tout nouveau traitement. Il avait des métastases aux os, au cerveau, elles sont toutes disparues. Ça fait maintenant quatre ans, et il est plus vivant que jamais. Comme il dit, «je ne suis pas guérissable, mais je ne suis pas tuable.»

Je vous avais parlé de lui une première fois, parce qu’il avait décidé d’adapter l’esprit du film La vie est belle à sa propre vie, quand on lui a dit qu’il n’en avait plus pour très longtemps à vivre. Un exemple, il allait à ses traitements avec son fils, chacun avec un nez de clown, pour provoquer des sourires. 

Il faisait des tours de magie aux infirmières, aux autres patients.

Dans son coin, on l’appelle l’homme magique.

Depuis, il s’est impliqué dans la commission scolaire, il a aussi été élu conseiller municipal aux dernières élections, dans son village de Maria. Il s’est associé récemment avec le député de sa circonscription pour que le Québec se dote d’une véritable politique pour la prévention du cancer.

Et les lutins ont encore sévi chez lui cette année.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, cette nouvelle tradition des Fêtes veut que les familles capturent des lutins au début décembre, lutins qui profitent de la nuit pour faire des mauvais coups dans la maison. Ils retournent au Pôle Nord dans la nuit du 24 décembre pour donner un coup de main au père Noël.

Au grand soulagement des parents.

David, lui, fait contre mauvaise fortune bon cœur. Et il a très bon cœur. Des deux lutins qu’ils avaient capturés quand je l’ai connu, il est rendu à huit… Et les tours pendables qu’ils imaginent seraient impensables dans bien des chaumières.

Dont la mienne.

Voyez, le 9 décembre, David a publié sur Facebook une photo de lui couché dans le lit de son garçon avec, tenez-vous bien, le réservoir à eau chaude à côté de lui! 

Du grand David.

Comme il dit, «la magie c’est d’y croire».

Godelieve, 80 ans, a été choisie pour représenter le Québec au comité des relations internationales de la Fédération canadienne des femmes diplômées, qui a un statut consultatif aux Nations Unies.

De l’importance de la lecture

L’idée était toute simple — et très belle —, faire la lecture à des personnes qui habitent en CHSLD. Godelieve était seule au début, elle a commencé en 2007 par un centre d’hébergement, je l’ai rencontrée quand elle en visitait trois.

Elle voulait des renforts.

Elle en a eu. Des liseuses, surtout, qui se sont jointes à Liratoutâge, le nom de son projet, et qui font depuis la lecture à raison d’une heure ou plus chaque semaine. Ce sont elles qui choisissent ce qu’elles lisent, ça va du journal au roman, à la poésie en passant par la lecture de l’horoscope.

L’idée, vous l’aurez compris, c’est la présence.

Le contact humain.

Pour certaines personnes qui habitent en résidence, cette heure de lecture est la seule activité à laquelle elles participent. Leur seule «sortie» de la semaine. J’avais assisté à une «prestation» de Godelieve, entourée de son attentif public, qui écoutait dans un silence presque religieux.

Je vous écrivais l’an passé que sa brigade compte une quarantaine de liseuses — les liseurs sont rares — qui vont dans autant d’endroits, ils ont d’ailleurs tenu récemment leur assemblée annuelle. Godelieve se fait un devoir de les réunir tous au moins une fois par an pour se voir en chair et en os.

Et pas seulement par courriel.

«C’était ma septième rencontre. Au début, je la faisais chez moi, mais maintenant, nous sommes trop. J’ai un ordre du jour et chacune raconte comment cela se passe là où elle va. On se fait des suggestions de lectures qui sont appréciées. C’est ma 11e année et ça continue. Moi, je vais encore à trois endroits. Il n’y a pas une journée où je n’ai pas une offre de bénévole ou une demande.» 

Elle a encore besoin de renfort. Elle aimerait avoir des liseurs de la grande région de Québec, elle a eu une demande récemment pour aller lire à l’île d’Orléans.

Elle est allée à Montréal, où la formule fait des petits.

Elle offre aussi la lecture pour une seule personne, une formule plus flexible pour les gens qui ont des horaires variables, comme les étudiants.

Clément Gravel a peint 306 tableaux, tous signés Papy.

Les pinceaux de Clément

J’avais rencontré Clément Gravel chez lui, dans sa maison de la Rive-Sud, presque un musée. Des dizaines de toiles sur les murs.

Les siennes.

Chaque tableau est un «je t’aime» qu’il a créé pour l’amour de sa vie, Pauline, avec qui il a passé 60 ans. Elle a passé les trois derniers mois de sa vie à l’hôpital, il allait lui rendre visite au moins une fois par jour, parfois même la nuit, juste pour la regarder dormir. Et il repartait chez lui.

Un jour, Pauline lui a tendu un paquet, quelques toiles, des pinceaux, des tubes de peinture. Clément s’est mis à peindre.

Chaque nuit.

«C’est mystérieux, je n’ai jamais peint de ma vie. J’ouvre ça, je donne des coups de pinceau, je me mets à peindre, à vouloir faire son visage.» 

Pauline est décédée le 1er mars 2016. «J’ai continué à peindre après. À travers chaque tableau, j’échangeais avec elle, je racontais une partie de notre histoire, je replongeais dans un souvenir. Il y a de l’âme dans mes tableaux, c’est un pinceau qui écrit. Mes tableaux parlent d’elle, ils parlent à elle. Je peux refaire un tableau plusieurs fois, jusqu’à ce que ce soit ce que je veux lui dire.»

Il a peint 306 tableaux, tous signés Papy. 

Sa fille Nicole m’a écrit récemment, Clément a été hospitalisé une dizaine de jours, il ne remontait pas la pente. «Une amie a pensé lui apporter une de ses toiles en se disant que si elles avaient été thérapeutiques et aidantes pour son épouse, elles le seraient tout autant pour lui.»

La magie a opéré. «C’est exactement ce résultat heureux que cela a eu auprès de Papy» et, surtout, «des autres patients, des visiteurs et des membres du personnel.» Il a repris du poil de la bête. «Papy a oublié son statut de malade et a retrouvé le temps de l’hospitalisation son statut d’artiste peintre. On entrait dans sa chambre en disant : mais il est où l’artiste?»

Nicole a fait le lien tout de suite avec cette nouvelle qu’elle avait lue, des médecins québécois qui peuvent désormais prescrire des visites gratuites au musée. À l’instar du sport, l’art a des vertus thérapeutiques.

Papy en est la preuve.

L’amie a continué à lui apporter des toiles, sa chambre prenant l’allure d’une salle d’exposition. «Papy a reçu de nombreux mots de félicitations, il a répondu aux questions qu’on lui posait avec sollicitude.»

Pas seulement à celles des médecins.

Et un petit miracle en prime. «Il a redonné le sourire à une dame âgée qui ne parlait presque plus. En voyant une des toiles, elle a dit, en souriant : Oh c’est beau!»

Laurette et Monsieur Plume

Laurette Dulac est entrée dans ma vie par une belle histoire de Noël. En 1942, le petit Jean-Louis Blouin avait répondu à l’invitation du journal Le Soleil d’écrire au père Noël, il lui avait dit que les pauvres aussi devraient avoir des cadeaux.

Pas juste les riches.

Le père de Laurette Dulac était traducteur au journal, elle a lu la lettre de Jean-Louis, 10 ans, et lui a répondu. Elle a signé «père Noël» pendant des années, a envoyé à la famille des bonbons, des biscuits, des vêtements, du matériel scolaire. Elle a révélé sa véritable identité des années plus tard.

Elle faisait ça presque en secret.

C’est la fille de Jean-Louis, Nancy, qui m’a raconté cette histoire, elle garde depuis des années toutes les lettres que son père avait reçues et celles qu’il avait écrites, qu’une amie de Laurette lui a remises. 

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non. 

Depuis que je vous l’ai racontée, j’ai reçu des messages d’un peu partout, des gens qui ont connu Laurette. Une de ses nièces, Louise Poudrette, m’a appris qu’elle avait été une chapelière réputée à Québec. Sa tante lui avait glissé un mot sur la famille de Jean-Louis. «Je savais qu’elle faisait ça. Je devais avoir 15 ou16 ans, on roulait sur la 20, on est passées devant une maison. Elle m’a simplement dit “c’est ici la famille que j’aide”. Elle n’a jamais donné de détails.»

Une chapelière aussi m’avait contactée, Mireille Racine a fait une exposition sur la chapellerie, n’avait jamais trouvé d’informations sur Laurette, à part qu’elle était chapelière. Je suis allée chez elle, nous avons parlé de Laurette, de ce que j’en savais.

Dans sa maison, il y a des centaines de chapeaux.

Aucun avec la griffe de Laurette.

Une autre lectrice, Berthe, m’a écrit pour me raconter un vieux souvenir. «Un jour, un homme m’a raconté qu’à son premier emploi, il était commissionnaire et faisait la livraison des plumes chez les chapelières de la ville de Québec. Ses proches le surnommaient «plume». Cela m’a fait rire, car il était un adulte assez costaud. Il n’est malheureusement plus de ce monde, mais les chapelières ont peut-être le souvenir de ce maillon de leur travail.»

Mireille n’avait jamais entendu parler de Monsieur plume. 

Et puis, l’improbable s’est produit. Le 22 octobre, un message de Madeleine. «Je me souviens très bien de Laurette, elle a confectionné en 1966 le chapeau de mon ensemble, comme on disait à l’époque, de voyage de noces. J’ai encore ce chapeau dans la boîte originale de la boutique de Mme Dulac.»

Elle l’offrait à Mireille.

Les deux femmes se sont rencontrées, Madeleine a remis le précieux chapeau à Mireille, qui a tout de suite remarqué un autocollant coloré sur la boîte, le «logo» de Laurette. 

Au-dessus de son nom, un coq en veston.

Monsieur Plume.