Tout le monde peut aller combattre les incendies de forêt. Ils appellent ça la «main d'oeuvre auxiliaire», réquisitionnée quand les pompiers ne fournissent plus comme ce fut le cas à Fort McMurray, en mai.

Comme un sentiment d'urgence

CHRONIQUE / C'est un ami à moi, il est revenu d'Asie fin janvier, il était à Vancouver quand il a vu aux nouvelles la tuerie.
Il s'est dit qu'il fallait faire quelque chose.
Il est allé en Asie pour être envoyé où il y a des catastrophes naturelles, c'est ce qu'il fait dans la vie, aider dans l'urgence. Et des catastrophes, il y en a de plus en plus. «Il y en a plein. Tellement qu'elles ne sont même pas toujours annoncées. On passe d'une catastrophe à l'autre, on aide.»
Il repartira bientôt en Asie pour aider encore, il reviendra à temps pour la saison des feux de forêt. Il passe tous ces étés sur la ligne de front pour combattre les incendies qui embrasent la province. Avec lui, il y a toute sorte de monde, des gens qui sont là contre un ennemi commun, le feu.
«C'est un trip puissant. Tout le monde travaille à quelque chose de commun, on ne se préoccupe pas d'où les gens viennent, ni de ce qu'ils font. Il y a des personnes qui sont sur l'aide sociale, il y a des jeunes en difficultés. Tu devrais les voir après, comment ils sont fiers.»
Ils se sentent utiles.
Ils n'ont pas d'étiquette, ils sont one of the boys, ça vaut pour les filles aussi. C'est la même chose chaque fois, il voit des gens qui se trouvent une raison de se lever le matin, une raison de vivre.
Carrément.
Tout le monde peut aller combattre les incendies de forêt, ils appellent ça la «main d'oeuvre auxiliaire», réquisitionnée quand les pompiers ne fournissent plus. Quand il faut plus de bras. «On se sent à la fois petit et grand. On est petit, humble, devant les éléments et on sort grandi, parce qu'on a de la reconnaissance.»
Pour certaines personnes, c'est nouveau.
Mon ami a eu une idée, une idée qui existe ailleurs, il aimerait que le Québec se dote d'un «service civil, une organisation qui regrouperait toute sorte de monde, toute sorte de professions. Tu veux travailler une semaine, deux semaines, un mois? Plus? Viens-t'en, on t'envoie donner un coup de main.»
Ici, à l'étranger. Il y a toujours une catastrophe quelque part, ou juste des gens qui ont besoin de bras. 
«Mon rêve, ce serait que ce soit créé et géré par le Bureau de la protection civile au Québec, qui pourrait coordonner les actions. Disons qu'il y a des inondations en Beauce, nous, on arrive en deuxième ligne, en renfort. On aide les gens avec leurs maisons, on aide à nettoyer, à réparer.»
Un peu comme l'armée, «mais sans le côté militaire».
Des modèles existent déjà, «je cite souvent la Suisse, c'est le modèle qui est le plus fréquemment cité. C'est vraiment une organisation qui relève de l'État, les gens ont le choix entre l'armée ou le service civil.»
Là-bas, c'est obligatoire.
Ici, ce serait sur une base volontaire. «Mais il ne faut pas que ce soit du bénévolat. Il faut que t'aies les moyens pour faire du bénévolat. Il y aurait un salaire, pas une fortune, mais un certain montant pour le travail accompli. Un peu comme pour les feux, où tu es logé, nourri, blanchi et tu reçois un montant.» 
Il est conscient que ça coûte cher, mais voit ça comme un investissement.
Mais il y a plus, et c'est là que j'en arrive à la tuerie du 29 janvier. «En faisant ça, ça permettrait à du monde qui vient de plein d'univers différents de travailler ensemble. Il y aurait des autochtones, des immigrants, des jeunes qui ont des difficultés, des gens de tous les horizons. Je le sais pour l'avoir vécu, quand tu te retrouves avec plein de monde sur les lieux d'une catastrophe, tout le monde est égal, tout le monde est pareil, parce qu'on a un objectif commun.»
L'union fait l'union.
Quand il va en Asie, mon ami voit bien que le monde ne tourne pas rond. «Je les vois, depuis 25 ans, les effets des changements climatiques, et de l'immigration aussi. Et on n'a rien vu encore. Les gens, s'ils avaient le choix, ils resteraient chez eux, mais ils ne peuvent plus, ils doivent partir.»
Raison de plus pour aller leur donner un coup de main. «Ça fait réaliser que, au fond, la Terre, c'est un gros village...»