Les autorités ont dressé un périmètre de sécurité près de la station de métro de Maalbeek, après les attentats de mardi, à Bruxelles.

Ce n'est pas une bonne nouvelle

CHRONIQUE / J'ai sursauté, comme je sursaute chaque fois, lorsque l'animateur de radio qui parlait des attentats de Bruxelles a présenté l'information qu'il venait tout juste de recevoir comme une «bonne» nouvelle.
«Nous apprenons qu'il n'y a pas de Canadiens parmi les victimes.»
C'est un simple fait, pas une raison de se réjouir. Il n'y a aucune raison de se réjouir, comme chaque fois qu'il y a un attentat. Comme il y a 10 jours, à Ankara, capitale turque, lorsqu'un attentat à la voiture piégée a fait 36 morts et 125 blessés. Et aussi la semaine passée, Istanbul, 5 morts, 36 blessés.
Tous revendiqués, à l'instar de Bruxelles, par l'État islamique.
La grande différence? Il n'y avait ni Canadien, ni Français, ni Belge, ni Américain, à peu près juste des Turcs. Ainsi est modulé l'écho des bombes.
Il y en a d'autres, je vais juste vous donner des attentats survenus depuis le début de l'année, revendiqués par l'État islamique. Mais sachez qu'il y en a plus encore, d'autres groupes terroristes comme Boko Haram multiplient les tueries, mais encore là, remarquez, aucun Canadien dans le lot des victimes.
Alors voici, pour le mois de janvier, la liste n'est pas exhaustive :
7 janvier 2016, Zilten en Libye, un kamikaze se fait exploser dans un camion-citerne : 80 morts, 150 blessés.
11 janvier, Bagdad en Irak, voiture piégée et fusillade : 32 morts
12 janvier, Istanbul, attentat-suicide : 10 morts, 15 blessés
14 janvier, Jakarta en Indonésie : 4 morts
17 janvier, Jalalabad en Afghanistan : 14 morts
22 janvier, Le Caire en Égypte, attentat à la bombe : 9 morts, dont 6 policiers
26 janvier, Homs en Syrie, double attentat à la bombe : 24 morts
27 janvier, dans le Sinaï en Égypte, attentat à la bombe : 4 militaires tués
29 janvier, Al-Ahsa en Arabie Saoudite, un kamikaze se fait exploser dans une mosquée : 4 morts, 18 blessés
31 janvier, Sayeda Zeinab, banlieue sud de Damas en Syrie, triple explosion dans un complexe religieux chiite: 70 morts, 110 blessés
Et avant le début de l'année 2016, l'État islamique - ou Daesh - avait déjà perpétré presque 50 attaques dans 14 pays, tuant plus de 1200 personnes. Et ça ne comprend même pas les assauts commis en Irak et en Syrie. L'attentat de mardi à Bruxelles vient allonger cette liste, trop longue.
Et chaque fois, il y a des gens qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment, d'autres qui ont frôlé la mort, qui ont vu l'horreur de près, qui ont pris les jambes à leur cou dans le chaos, qui ont porté secours aux victimes. Il y a des pères, des mères, des amoureux qui ne sont jamais rentrés à la maison.
Comme à Paris, l'année dernière, deux fois plutôt qu'une.
Comme à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 15 janvier. On a parlé de cet attentat revendiqué par Al-Quaida, il y avait des Québécois parmi les victimes, des gens de Lac-Beauport. Une famille décimée par les terroristes. Sans ça, cet attentat-là serait passé sous le radar, comme les autres, avec d'anonymes victimes.
On n'aurait jamais parlé du restaurant Le Capuccino, devant lequel trois terroristes, habillés en bergers peuls, ont fauché 30 vies.
Le philosophe Jean-Jacques Rousseau a bien décrit nos élans sélectifs de solidarité. «Ce sont nos misères communes qui portent nos coeurs à l'humanité. Il suit de là que nous nous attachons à nos semblables moins par le sentiment de leurs plaisirs que par celui de leurs peines.»