Andrée Béchard, dont la fille Marilyn Bergeron est disparue depuis 2008, aimerait que le Québec s'inspire de l'Alberta, qui planche sur une loi permettant aux policiers de faire certaines vérifications lors de disparition d'adultes.

Avis de recherche pour pépé

CHRONIQUE / Je posais une question dans ma chronique de dimanche, je me demandais pourquoi il n'existait pas d'équivalent de l'alerte Amber pour les vieux.
Ça existe.
Ça s'appelle l'alerte Silver, alerte Argent en français, c'est déjà en fonction depuis des années dans une trentaine d'États américains. Quand une personne âgée manque à l'appel, souvent à cause de l'alzheimer, l'avis de recherche est diffusé partout. Sur les autoroutes, dans les médias, sur les réseaux sociaux.
Comme une alerte Amber.
Dans l'État américain de Géorgie, le système fonctionne depuis plus de 10 ans, à la suite de la disparition de Mattie Moore en 2004, une dame de 68 ans atteinte d'alzheimer retrouvée morte huit mois plus tard à 500 mètres de chez elle.
L'alerte Mattie est née en 2006.
Et ça marche. Au Wisconsin, seulement pour les cinq premiers mois d'implantation en 2015, les autorités estiment que 15 personnes ont été retrouvées saines et sauves grâce à la mobilisation du public. En Floride, sur plus d'une centaine d'alertes Silver chaque année, la presque totalité des histoires finissent bien.
Comme pour un enfant, les premières heures sont cruciales.
Le Manitoba est sur le point d'emboiter le pas, le projet de loi a franchi en mai l'étape de la troisième lecture au parlement. Aux yeux du député conservateur qui l'a présenté en mars, Len Isleifson, l'idée est toute simple. «Il suffit de reproduire presque entièrement, en l'adaptant, l'alerte Amber.»
Ce n'est pas sorcier, donc, presque du copier-coller.
Ceux qui ont des réserves ont toujours la même, que la multiplication des avis de recherche finisse par créer un effet de lassitude. Je vais vous dire, si on se lasse de chercher des personnes en danger, on a un sacré problème. Surtout que, à l'instar de l'alerte Amber, des critères précis préservent le caractère d'exception.
Et au Québec? On réfléchit.
Quand j'ai demandé au ministère de la Sécurité publique si le Québec envisageait d'implanter la formule, on m'a d'abord gentiment renvoyée à la Sûreté du Québec pour avoir la réponse.
À la SQ, on m'a gentiment renvoyée au ministère.
Rebelote. L'attachée de presse de Martin Coiteux a finalement répondu à ma question. «Nous sommes toujours ouverts à de nouvelles façons de travailler. D'ailleurs, le ministre a demandé au ministère de faire une analyse de l'alerte Silver afin d'évaluer son potentiel d'application au Québec.»
Il semble qu'on sera fixés plus tôt que tard. J'ai demandé à l'attachée de presse si nous allions avoir le résultat de cette analyse en jours, en semaines ou en mois. «Ça ne sera pas des mois.»
Des semaines, donc.
Et entre 17 et 65 ans, on fait quoi? Tant qu'à analyser, il faudrait aussi réfléchir à la possibilité d'élargir l'alerte quand Amber souffle ses 18 bougies. Le ministère étatsunien de la Justice a noté cette tendance, au moins 11 États ont déjà implanté un système d'alerte pour les adultes vulnérables.
Comme Marylin Bergeron, disparue à Loretteville le 17 février 2008.
Elle avait 24 ans.
Sa mère, Andrée Béchard, m'a écrit dimanche, elle cherche encore à savoir ce qui s'est passé. Dix mois après sa disparition, les policiers de Québec lui ont confié qu'ils penchaient vers la thèse du suicide sans toutefois exclure les autres scénarios. Les demandes de transférer le dossier à la SQ sont restées sans réponses.
Comme le reste.
La mère de Marilyn aimerait que le Québec s'inspire de l'Alberta, qui planche sur une loi permettant aux policiers de faire certaines vérifications lors de disparition d'adultes. «Il est vrai de penser qu'une disparition d'adulte touche beaucoup moins la population que celle d'un enfant. Mais la vie humaine n'a-t-elle pas autant de valeur pour une famille peu importe l'âge de celle ou de celui qui est concerné?»
Poser la question c'est y répondre.
«Il ne devrait pas avoir de différence aussi marquée pour les protocoles à suivre dans les cas de disparition. Cela devrait être du cas par cas, puisqu'un adulte qui disparaît peut être dans certaines conditions aussi vulnérable qu'un enfant. Marilyn était dans cet état de vulnérabilité. Depuis, à travers nos pénibles recherches et une enquête qui n'aboutit pas, nous l'attendons toujours.»
Marilyn n'était pas une enfant.
Elle est son enfant.