Le médecin de Madame X lui a dit de le rappeler rapidement s'il y avait un pépin. Le cas bien précis est survenu au début d'août. Depuis, elle tente en vain de le rejoindre.

Au son du bip, laissez un message

CHRONIQUE / Madame X essaye depuis un mois et demi de voir un médecin au CHUL, le médecin lui a dit de l'appeler s'il y avait un pépin.
Il y a eu un pépin.
En fait, le médecin lui a dit de l'appeler dans un cas bien précis, qu'il devait la revoir rapidement si untel problème survenait. Ledit problème est survenu début août, madame X a pris le combiné pour appeler le médecin.
Elle est tombée sur un répondeur.
En passant, madame X ne veut pas être identifiée parce qu'elle a peur que le médecin ne la rappelle pas s'il apprend qu'elle m'a raconté son histoire. Pour la même raison, elle m'a demandé de ne pas préciser la spécialité du médecin ni le département où il travaille. À moi, elle a donné les détails.
Elle a laissé un premier message, donc.
Et elle a attendu. Quelques jours, une semaine. Elle a rappelé, encore le répondeur. «J'ai essayé un autre numéro. À ce numéro-là, on me disait d'appeler à un numéro... mais c'était le même numéro! J'ai rappelé plusieurs fois pour être certaine que je ne m'étais pas trompée... mais c'était vraiment le même numéro.»
On avance par en arrière.
Elle a appelé à différents endroits, elle a fini par parler à une dame qui lui a suggéré d'aller au CLSC. Mais la consigne du médecin était claire, la dame devait le rappeler. La dame écoute la consigne de son médecin. «C'est lui qui me connaît, qui est au courant de ce qu'il faut faire.»
Elle a rappelé au premier numéro, a laissé un autre message.
J'ai déjà vécu ce même cirque, cette impression d'être dans la maison des fous d'Astérix. J'appelais à un numéro, on me dirigeait à un autre numéro. J'appelais ce second numéro, on me dirigeait au premier.
Des heures de plaisir. 
Madame X s'occupe de son mari à la maison, elle ne peut pas s'absenter souvent. Elle a multiplié les appels au CHUL. «J'ai bien dû appeler une vingtaine de numéros en cinq ou six jours. Je laissais des messages, je demandais à voir mon médecin, en disant qu'il m'avait donné la consigne de le rappeler.»
Elle a attendu.
Madame X n'est pas très techno, elle n'a pas accès à Internet. Elle a juste son téléphone. Elle en a assez de se cogner le nez partout. «Ce n'est pas normal de se faire barouetter comme ça, d'un bord et de l'autre, de laisser des messages et que personne ne rappelle! Et puis il y a les menus, appuyez sur le 1, sur 4, sur 6, entrez le poste...»
Des fois, elle se retrouvait dans un cul-de-sac. «Il fallait tout recommencer!»
Il y a à peine quelques jours, le téléphone a finalement sonné. «La dame qui m'a rappelée m'a dit que j'avais laissé beaucoup de messages, sur un ton réprobateur... Bien oui, j'ai laissé des messages, personne ne rappelait!»
Elle pensait bien être au bout de ses peines. 
«La femme à l'autre bout du téléphone m'a dit que j'avais un rendez-vous prévu dans quelques mois, elle m'a demandé si je pouvais attendre jusque-là... ben non, je ne peux pas attendre jusque-là. Je lui ai dit que je devais voir mon médecin bientôt, qu'il a précisé que c'est lui qui devait me voir.»
Madame X n'a pas eu de rendez-vous. «La femme m'a dit que quelqu'un me rappellerait.»
Madame X attend toujours.
Et pendant tout ce temps, elle prend son mal en patience. 
Elle a songé porter plainte à l'hôpital et au ministère de la Santé. Elle hésite. «Est-ce qu'ils vont me rappeler?»