Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
«Dans le lot d’informations disponibles, vous faisiez le choix de me lire, de me faire confiance, de confronter votre opinion à la mienne», écrit Brigitte Breton.  
«Dans le lot d’informations disponibles, vous faisiez le choix de me lire, de me faire confiance, de confronter votre opinion à la mienne», écrit Brigitte Breton.  

Merci de m’avoir lue

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Le syndrome de la page blanche, je l’ai vécu intensément cette semaine. Non par manque de sujets dans l’actualité. Mais bien parce que ce texte est le dernier que je rédige pour Le Soleil, mon employeur depuis plus de 38 ans. 

Je n’ai pas l’habitude d’être le sujet de ma chronique et d’écrire au «je». 

Je fais aujourd’hui exception pour pouvoir parler de vous.

La décision de quitter le journal a beau être la mienne, vous pouvez deviner l’émotion que je ressens à rompre le lien qui m’unit à vous, lecteurs, ainsi qu’aux personnes croisées au fil de toutes ces années à titre de journaliste, d’éditorialiste et de chroniqueuse du quotidien de la capitale.

Je ne peux tourner la page sur près de quatre décennies au Soleil sans vous remercier d’avoir été présents, d’avoir commenté mes écrits et mes prises de position, d’avoir enrichi ma réflexion, d’avoir proposé d’autres angles, d’avoir porté à mon attention des enjeux négligés, d’avoir partagé vos expertises ainsi que vos expériences de vie et de travail.

À ceux et celles qui m’adressaient des courriels de remerciement ou de félicitations, je répondais souvent «merci à vous». 

Une réponse qui peut sembler bien succincte, mais qui dit tout. 

Merci d’abord de m’avoir lue. Dans le lot d’informations disponibles, vous faisiez le choix de me lire, de me faire confiance, de confronter votre opinion à la mienne.

J’ai écrit pour informer, pour éclairer, pour faire connaître de nouvelles réalités et solutions, pour relever des incohérences, pour mettre des éléments en perspective, pour exposer les conséquences de décisions politiques ou économiques que les décideurs et les dirigeants préfèrent parfois éluder.

Merci aussi d’avoir pris le temps de me faire part de votre point de vue. Qu’il soit différent du mien importait peu pourvu qu’il soit formulé de façon respectueuse et basé sur des arguments, sur des faits, sur des données. Cet échange était précieux. 

Merci également aux experts, aux universitaires et à tant d’autres qui ont accepté de m’éclairer sur des sujets complexes et délicats. Votre apport est nécessaire, voire indispensable pour juger de la pertinence ou des écueils d’une politique, d’une décision.

Votre contribution permet d’aller au-delà des coups de gueule, de la saveur du mois, des émotions, de la partisanerie. Elle fournit une vue d’ensemble, une vision.

Expliquant un jour dans une école en quoi consiste mon métier, une élève m’a dit que j’étais chanceuse de pouvoir dire et écrire ce que je pense. 

J’ai fait «de l’opinion» la moitié de ma carrière au Soleil. C’est à la fois une chance, un privilège, mais aussi une responsabilité. La première, celle de demeurer fidèle à ses valeurs. Celles d’équité, de justice, de respect et de partage sont les miennes.

Je suis arrivée au Soleil en 1982, à l’âge de 20 ans, fière d’intégrer un quotidien d’envergure nationale.

Je voulais un emploi qui ne serait pas routinier et qui me permettrait d’apprendre continuellement sur différents sujets. J’ai été comblée. 

J’ai ajouté un temps quelques charges d’enseignement à l’Université Laval, mais toujours en lien avec l’écriture et l’information. 

Être journaliste, éditorialiste et chroniqueuse m’a permis d’être témoin d’événements marquants, de participer à de grands débats de société, d’avoir accès à différents milieux, de côtoyer des personnes engagées, de grandes compétences et de divers horizons.

Après plus de 38 ans au Soleil, il est temps pour moi d’explorer d’autres avenues. 

Pour terminer, j’emprunte une formule utilisée par des lecteurs à la fin de leur courriel : merci de m’avoir lue.