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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
On dit qu’il vaut mieux tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Parfois, c’est comme si mon cerveau était étourdi de ce manège lingual et que ce qui sortait de ma bouche était le fruit de plusieurs pensées qui se bousculent vers la sortie.
On dit qu’il vaut mieux tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Parfois, c’est comme si mon cerveau était étourdi de ce manège lingual et que ce qui sortait de ma bouche était le fruit de plusieurs pensées qui se bousculent vers la sortie.

Quand la langue me fourche

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CHRONIQUE / Billie-Anne a levé un sourcil et m’a regardée droit dans les yeux. Elle était assise à l’autre extrémité de la table de travail de la salle de rédaction, qui doit bien faire trois mètres de long, et les écrans de nos postes de travail respectifs avaient beau interférer dans notre champ de vision, je pouvais percevoir toute la confusion qui l’habitait en cet instant bien précis.

Puis, ça m’a frappé.

Je venais de lui dire qu’il fallait faire attention à ne pas avoir « la langue dans le tapis ».

En fait, ce que je voulais réellement lui dire, c’était qu’à force de toujours travailler « la pédale dans le tapis », on était à risque d’avoir « la langue à terre ».

C’est plutôt ma langue qui s’est enfargée dans les fleurs du tapis, à ce moment-là!

C’est l’histoire de ma vie. Il arrive que mon enthousiasme me fasse parler en lettres attachées, mais aussi que je mélange, bien involontairement, certaines expressions dont le sens est similaire... ou pas toujours.

On dit qu’il vaut mieux tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.

Parfois, c’est comme si mon cerveau était étourdi de ce manège lingual et que ce qui sortait de ma bouche était le fruit de plusieurs pensées qui se bousculent vers la sortie.

Jean Perron était bien connu pour ses perronnismes; il en a fait un art.

Au travail, mes boutades verbales sont baptisées les martelinades, dixit Jérôme.

Mon collègue Olivier me rappelait en milieu de semaine que ce samedi marque la Journée internationale de la Francophonie, lui qui vous présente un florilège des plus belles expressions de sa région natale en France.

Ça m’a donné envie de vous partager quelques martelinades qui ont donné lieu à plusieurs fous rires autour de moi ces dernières années.

À mon père, auprès de qui je voulais me faire rassurante, je voulais lui dire qu’il pourrait dormir tranquille ou sur ses deux oreilles. Je lui ai plutôt suggéré de « dormir les oreilles tranquilles ».

Pour l’anecdote, je ne sais pas s’il a réussi...

À un ami avec qui j’avais une discussion enflammée sur un sujet dont j’ai oublié la nature, j’ai dit qu’il valait mieux ne pas « se faire fourrer dans la farine », contraction de se faire rouler dans la farine et se faire four...

Pour dire que quelque chose était trop onéreux, j’ai déjà dit que « ça coûtait les yeux du cul » plutôt que les yeux de la tête ou la peau du cul. Pour ceux qui se posent la question, oui, ça m’a valu de drôles de regards!

Faut dire qu’hormis Monsieur Patate — pardon, Tête de Patate, qu’il faut dire maintenant — avec son rangement assez bien placé, peu d’individus peuvent avoir la prétention d’avoir eu une paire d’yeux là où le soleil ne brille jamais...

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À une autre occasion, j’ai fait allusion à la fameuse « poule aux yeux d’or ».

Et, parlant de l’oiseau, j’ai déjà affirmé que « c’était de la poule aux yeux » pour qualifier une situation qui à mon avis n’était que subterfuge...

Des fois, mon esprit a le don de faire une gymnastique dont je ne m’explique pas la mécanique.

Mes pirouettes verbales ont probablement atteint leur apogée, l’an dernier ou l’année d’avant, quand j’ai lâché cette perle: « se faire lécher le poil dans le dos », version hybride de « se faire lécher le cul », « se faire flatter dans le sens du poil » et « une tape dans le dos ».

Difficile, parfois, de croire que je gagne ma vie avec mes mots!

La beauté de la chose, c’est qu’aussi loufoques soient ces expressions de type Frankenstein, elles réussissent la plupart du temps à être comprises par mes interlocuteurs. Même qu’une fois sur deux, environ, elles passent inaperçues jusqu’à ce que je réalise ma bourde.

À ceux qui croient que je ferais exprès de mélanger ces expressions pour me rendre intéressante, je vous le dis: prenez votre pilule égale. Ou sinon, beurrez, mais beurrez égal. Une hirondelle ne fait pas le moine, après tout.

Notre langue est si riche en expressions, les unes aussi imagées et colorées que les autres. Pas besoin que j’en invente d’autres, n’est-ce pas?

De toute façon, je suis convaincue qu’il arrive à pratiquement tout le monde de déformer involontairement certaines expressions..

L’autre fois, c’est mon fiancé qui en a sorti une bonne... Il jugeait que ce qu’il dégustait avait un petit goût de « revenez-en pas ».

Je pense qu’il est prêt à intégrer la famille.

Mais bon, comme je ne suis pas du type à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir mis devant les bœufs, j’attendrai la noce avant de crier victoire.