Comme ses précédentes moutures, le nouveau Guide alimentaire canadien tient aussi compte des changements survenus dans notre mode de vie au cours des dernières années.

Pas de quoi en faire tout un plat

CHRONIQUE / « Livret de granoles » visant à nous « faire toute[sic] virer végane » et à « tuer l’industrie laitière » ; œuvre du « lobby végétalien », « concocté[e] par des herbivores » et j’en passe : ils étaient plusieurs à lancer des tomates à Santé Canada après le dévoilement du nouveau Guide alimentaire canadien, en milieu de semaine.

Il n’y a pourtant pas de quoi en faire tout un plat : augmenter la quantité de fruits et légumes, délaisser la viande au profit des protéines végétales, favoriser les grains entiers et limiter notre consommation d’aliments transformés, tout en évitant les abus de boissons sucrées et d’alcool.

Le tout s’inscrit dans la lignée environnementaliste dans l’air depuis quelques années déjà. Des études démontrent que la consommation de viande est nocive pour la biodiversité mondiale et le climat, notamment en raison de la déforestation et des gaz à effet de serre provoqués par l’élevage à grande échelle.

Comme ses précédentes moutures, le nouveau Guide alimentaire canadien tient aussi compte des changements survenus dans notre mode de vie au cours des dernières années. En raison de nos emplois et de nos passe-temps qui se déroulent devant un écran, bon nombre d’entre nous sommes beaucoup plus sédentaires que nos parents, et notre alimentation doit en tenir compte pour contrecarrer les effets néfastes de notre inactivité.

Cette sédentarité explique en partie la proportion croissante de personnes obèses : selon l’Institut national de santé publique du Québec, elle serait passée de 15 % à 25 % de la population en dix ans. Il en va de même de l’augmentation des maladies cardiovasculaires et du diabète, l’organisme Diabète Canada prévoyant que la prévalence de cette maladie augmentera de 44 % d’ici 2025.

D’autres recherches ont conclu qu’une consommation exagérée de viande rouge est liée à plusieurs maladies, dont le cancer, les maladies cardiovasculaires, les maladies du foie et les maladies respiratoires. C’est sans compter les antibiotiques qu’on retrouve dans certaines viandes et dont on ne connaît pas encore tous les effets sur notre santé.

Tous ces facteurs finissent par grignoter les deniers publics : en pesant plus sur la balance, on augmente aussi le poids des soins de santé dans les budgets gouvernementaux.

Bref, pour tenter de renverser ces tendances, Santé Canada devait commencer quelque part. Après tout, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

À prendre avec un grain de sel

Ceux qui perdent déjà l’appétit à l’idée de consommer moins de viande devraient se préparer aux prochaines versions du guide. Qui sait s’il finira par inclure les protéines à base d’insectes, dont le grillon qui, semble-t-il, pourrait devenir bien plus que la saveur du mois...

De plus, le lait ne disparaîtra pas de sitôt de nos habitudes de consommation. Ceux qui n’en buvaient pas n’en boiront pas davantage, mais il n’est pas dit que ceux qui aiment bien commencer la journée ou accompagner le dessert d’un grand verre de lait frais cesseront de le faire. De quoi rassurer nos producteurs qui, déjà éprouvés par la renégociation de plusieurs ententes commerciales internationales, digèrent mal l’intégration des produits laitiers au groupe des aliments protéinés.

D’ailleurs, les industriels de l’alimentation ont été écartés au profit d’études scientifiques pour déterminer les nouveaux critères du manger mieux. Plus question pour un lobby d’y vendre sa salade pour en faire ses choux gras sous le couvert de recommandations gouvernementales.

Qu’on se le dise : le Guide alimentaire canadien est un outil de référence qu’on peut se permettre de prendre avec un grain de sel. Il n’est pas accompagné d’une police de la nutrition qui scrute nos assiettes à la loupe. La Gestapo de la malbouffe n’existe pas, du moins pas encore, et personne ne vous jettera au cachot si vous mangez du pain blanc ou ne renoncez pas à boire de boisson gazeuse.

N’empêche, ceux qui tenteront de se coller davantage à ces nouvelles orientations alimentaires pourraient en avoir moins à se mettre sous la dent pour leur argent. Rappelons que le plus récent Rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation, publié par l’Université Dalhousie et l’Université de Guelph, prévoit que le panier d’épicerie coûtera en moyenne 400 $ de plus cette année pour une famille moyenne. Une hausse qui sera plus prononcée du côté des fruits et légumes que du côté des viandes et substituts.

Une facture de 400 $ pour deux adultes et deux enfants, ça semble quand même beaucoup, même pour 12 mois. Pour le plaisir de la chose, comparons des pommes et des oranges.

Selon la National Retail Federation, les Américains dépenseront, en moyenne, entre 80 et 150 $ chacun, uniquement en nourriture et boissons, pour la seule soirée du Super Bowl, la semaine prochaine.

Gageons qu’il ne s’y trouvera pas beaucoup de luzerne et de tofu...